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«J’ai épousé l’homme et l’exploitation»

18 femmes, associées de Gaec, ont passé à la loupe leur statut de femme, mère, épouse, agricultrice, associée… et échangé sur la vision de leur place dans leur métier.

Des agricultrices qui aiment leur métier et veulent affirmer leur statut et se faire une place.
Des agricultrices qui aiment leur métier et veulent affirmer leur statut et se faire une place.
© HLP

Elles s’appellent Isabelle, Laurie, Claire, Fabienne, Céline… elles vivent en couple, élèvent des enfants… et elles sont associées de Gaec et travaillent avec leur conjoint. Elles étaient 18 ce mardi matin réunies à Chaspuzac à l’initiative de la Commission Agriculture de Groupe de la FDSEA, autour du thème «Travailler en couple, projet ou fatalité ?». Séduites par le thème, par l’idée de se retrouver entre femmes pour parler de leur métier, de leur quotidien, de leurs difficultés, de leurs envies, de leurs aspirations… elles ont laissé de côté leur exploitation et leur famille pour la journée. Une journée animée par Anne Jais-Nielsen chargée de mission à Gaec&Sociétés qui leur a proposé de réfléchir sur le travail en couple mais aussi sur leur place et leur statut professionnel, et la participation de Céline Bernard coordinatrice de la Commission départementale, et Anne Robert juriste à la FDSEA.

Trouver sa place
Après un tour de table où chacune s’est présentée mettant en avant sa situation familiale et professionnelle, elles ont exprimé pêle-mêle au fur et à mesure de la discussion, la réalité de leur quotidien de femme, de mère, d’épouse, d’agricultrice, d’associée…
«On ne parle que d’agriculture, on ne s’arrête jamais, c’est un double mariage : j’ai épousé l’homme et l’exploitation, on est dépendante de notre métier et de notre conjoint…» voilà quelques réactions de ces agricultrices qui ont du mal à séparer l’exploitation de la maison, la vie professionnelle et la vie privée. Et pourtant, certaines y arrivent : «nous avons décidé avec mon mari de ne plus parler de vaches ou de tracteurs le soir à la maison, on fait la part des choses et on se libère du temps pour sortir de l’exploitation…».
De ces premières impressions, il ressort qu’il appartient à chacune de trouver sa place sur l’exploitation et de fixer des limites, de s’organiser pour ne pas laisser le travail prendre trop de place dans la vie de couple et la vie de famille.
Pas facile… Et pourtant, toutes ces femmes reconnaissent aussi que ce métier, et ce partage du travail entre conjoints peut être une chance. «C’est chouette de travailler ensemble, on est plus complice, on construit un projet professionnel à deux, on partage les tâches et les décisions…» soulignent-elles. Et elles mettent aussi en avant une réelle qualité de vie pour elles et pour leurs enfants.
Oui mais… travailler en couple, c’est aussi souvent transposer les problèmes professionnels à la maison ou le contraire. «Quand on s’est engueulés dans la journée à la ferme, le soir c’est difficile de passer à autre chose… Quand on rentre à la maison, mon fils demande comment ça s’est passé à la ferme, car de la réponse peut dépendre l’ambiance de la soirée».
Autre réflexion loin d’être anodine. «On est dépendant l’un de l’autre, sur l’exploitation et en dehors» disent-elles. Et derrière cette notion, se cache une inquiétude : «comment je ferais s’il arrive quelque chose à mon conjoint, je ne peux pas assumer seule l’exploitation». Une réponse, anticipation, organisation… Même si chacun a ses propres tâches, il est bon de noter, de montrer le travail à l’autre…

«Tout est imbriqué…»
Et plus globalement, ces 18 femmes, chacune avec son histoire, soulèvent la question de la place de la femme agricultrice dans une société où elles se sentent «mal-aimées», «isolées», «à part». Anne Jais-Nielsen pose explique alors : «chacun évolue dans 4 sphères : professionnelle, familiale, sociale et personnelle. Chez vous tout est imbriqué, dans l’espace et dans le temps. Reste alors à trouver comment vivre cette situation et comment arriver à en sortir un peu». Le groupe a alors réfléchi en ateliers sur l’organisation du travail en couple et la place de la femme sur l’exploitation, en ayant bien à l’esprit les “contrats“  qui lient d’un côté les époux et de l’autre les associés.
Les participantes à cette première journée sont ravies d’avoir pu échanger, sans tabous, sur la réalité de leur situation, prenant conscience que d’autres femmes ont les mêmes questions, les mêmes doutes, les mêmes envies… Elles souhaitent renouveler ce type de rencontre sur d’autres thèmes. À suivre…

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