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MARAÎCHAGE
Ils irriguent avec l'eau pluviale récupérée par... leurs voisins ?

Pour irriguer ses cultures maraîchères, la ferme de Sarliève, installée à Cournon-d'Auvergne dans le Puy-de-Dôme, a signé un accord pour pomper une partie des eaux pluviales récupérées par une entreprise voisine...
 

Une mare artificielle végétalisée
La réserve d'eau pluviale végétalisée de Movianto se trouve à 800 mètres de l'atelier maraîchage de la ferme de Sarliève.
© Ferme de Sarliève

Structurée sous la forme d'une société coopérative (SCIC), la Ferme de Sarliève a amorcé en 2021 son projet de productions bio vendues en circuit-court au sud de la métropole Clermontoise, sur 80 hectares de surface. Spécialisée dans la polyculture-élevage, la ferme a décidé en 2022 de créer un atelier maraîchage, sur 3,5 hectares situés au cœur de ses parcelles. « Depuis nos débuts, nous voulions produire et commercialiser des légumes » explique Bruno Corbara, co-fondateur et co-gérant de la ferme. Rapidement, les maraîchers se heurtent à la question de l'eau, indispensable à la croissance des pommes de terre, courges et autres choux. En effet, les rases qui quadrillent la plaine de Sarliève véhiculent une eau polluée, impropre à l'irrigation. L'équipe de la ferme décide alors de réaliser un forage à sept mètres de profondeur, mais de nouveau, l'eau sous-terraine s'avère inutilisable, à cause de sa salinité élevée, liée à la géologie locale. « Nous n'avons pas eu d'autre choix que d'arroser nos plants à l'aide d'une citerne tirée par un tracteur ». Pour la ferme bio et engagée dans une démarche de développement durable, hors de question d'avoir de nouveau recours à cette solution coûteuse en temps, en énergie et en gazoil, « aussi peu écologique que satisfaisante ». Mais sans bâtiment pour récupérer l’eau de pluie ou se relier au réseau, comment faire pour alimenter le futur système goutte-à-goutte qui serpentera entre leurs plants cet été  ?

 

Lire aussi -> Joël Mathurin : « L'eau, c'est notre problème à tous »


Aide entre voisins

 

« Nous leur avons demandé s'ils étaient d'accord pour que nous irriguions nos légumes avec l'eau de leur bassin, et ils ont accepté » - Bruno Corbara, Ferme de Sarliève.


Si la ferme de Sarliève ne possède pour le moment aucun bâtiment, elle entretient toutefois de très bons rapports avec l'entreprise voisine, Movianto, qui se trouve être l'employeur de plus important de la commune de Cournon. « Nous avons échangé sur nos projets respectifs et évoqué la possibilité de remettre en état quelques-uns de leurs hectares en friche afin de les transformer en aires de pique-nique pour leurs employés. Au cours de la discussion, ils nous ont présenté leur bassin d'orage végétalisé, véritable oasis de 5 mètres sur 6 pour les insectes et la petite faune, servant à purifier l'eau pluviale s’écoulant sur la toiture de leur bâtiment ». Or, la réserve est située à proximité des cultures de la ferme. « Nous avons donc demandé s'ils étaient d'accord pour que nous irriguions nos légumes avec l'eau de leur mare, et ils ont accepté, avant de nous faire signer une autorisation pour y installer une pompe solaire ». Si aucune contrepartie n'est spécifiée dans le contrat, les voisins ont conscience qu'un partenariat sur le long terme, basé sur l’entraide, leur sera bénéfique : quand l’un mettra à disposition ses ressources, l’autre pourra proposer sa main-d’œuvre. Un modèle « tout à fait reproductible à l’échelle d’une EARL ou d’un GAEC », d’après Bruno Corbara. « Discutée en amont d'une installation, et lorsque c'est possible, ce genre de collaboration peut s’avérer être un bon argument pour les porteurs de projet souhaitant s'implanter sur un nouveau territoire ! »


Un système économe et sécurisé

Une fois installée, la pompe permettra d'acheminer l'eau sur les 800 mètres qui la séparent de l’atelier maraîchage, grâce à des conduits enterrés à 80 cm de profondeur. Une citerne semi-enterrée et végétalisée d'une capacité de 400 mètres cube servira de réserve tampon, et alimentera le système de goutte-à-goutte destiné à irriguer les plants. « Pour sécuriser le remplissage de la cuve, nous prévoyons de la relier également au réseau d'eau, en cas d'urgence ». Par ailleurs, le panneau de la pompe de captage sera également relié au réseau électrique de Movianto en cas de besoin. « L’avantage d’installer la pompe sur un lieu sécurisé et gardienné, c’est qu’elle sera moins susceptible d’être vandalisée ». Si tout va bien, la mise en route se fera cet été, grâce à une installation provisoire : « pour cette saison, les tuyaux ne seront pas enterrés, faute de temps ».


Cagnotte

Engagée dans un contrat territorial avec l’Agence du bassin et de la métropole de Clermont-Ferrand, une partie de l’installation sera financée par ces acteurs, mais cela ne suffira pas. Pour le reste, la Ferme a lancé mi-mai une cagnotte citoyenne en ligne, accessible jusqu’au 25 juin sur le site Miimosa.com. « Nous avons fixé un premier pallier à 12 000 € pour la partie irrigation et commercialisation, indispensable pour sécuriser notre production et lui assurer un débouché »
Au moment où ces lignes sont écrites, la cagnotte a atteint 73% de son premier objectif. 

Lien vers la cagnotte -> Produire et vendre des légumes sur la plaine de Sarliève

Lire aussi -> Quelle procédure pour créer une retenue collinaire ?
 

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