"Ils attisent la haine contre la filière !”
Après une vidéo de l’association Canopée visant une coupe forestière à Saint-Simon dans le Cantal, propriétaires et entrepreneurs forestiers revendiquent des pratiques légales et responsables.
Après une vidéo de l’association Canopée visant une coupe forestière à Saint-Simon dans le Cantal, propriétaires et entrepreneurs forestiers revendiquent des pratiques légales et responsables.
Postée le 3 juillet sur les réseaux sociaux, la vidéo de Bruno Doucet, chargé de campagne Forêts françaises de l’association Canopée, a fait le buzz à la manière d’un autre activiste, Hugo Clément. Images de drone sur ces parcelles déboisées dans la vallée de la Jordanne, gros plan sur des plants de douglas morts, défilé à l’écran du rendu d’une “analyse satellitaire” de l’état de santé de la forêt laissée intacte sur les hauteurs (sans citer ni source ni référence)... “C’est la pire des coupes rases que j’ai jamais vue”, assène le militant(1), en parcourant le site, privé. Ses arguments : une coupe à blanc sur une “pente de 55 %” exposant le sol au ruissellement et aux coulées de boue, l’abattage d’arbres sains à 98 %, les pratiques coupables d’une filière où règneraient selon lui omerta et opacité totales...
“C’est de la désinformation !”, s’indigne Jamel Belaidi,
à l’initiative d’un point presse le 15 juillet sur site.
Ancien entrepreneur de travaux forestiers, Jamel Belaidi est aujourd’hui chargé d’affaires du groupement forestier et de la SARL Soubrier, auxquels appartiennent une partie des parcelles déboisées à Rouffiac de Saint-Simon (avec sept autres propriétaires). Comme lui, Pierre Soubrier, propriétaire du groupement et gérant de la société éponyme, condamne tout autant le fond que la forme de ce lynchage médiatique. “Ce qui choque, ce sont les mots employés, ce sont des gens qui attisent la haine contre les travailleurs, contre les bûcherons qui font déjà un métier pénible ; ce genre de vidéos crée un grand climat d’insécurité dans la filière bois, pointe le propriétaire-exploitant. Il arrivera un jour où il se passera quelque chose, c’est ce qu’ils cherchent !” Avant de démonter un à un les arguments de Canopée en précisant en premier lieu que cette coupe est légale et a reçu l’autorisation préalable de l’administration (DDT)(2), ... contrairement à l’introduction illicite de l’activiste sur des terrains privés, pointe-t-il.
A Rouffiac, une coupe légale
“Cette coupe s’inscrit dans le cadre d’une exploitation forestière classique, la forêt était arrivée à maturité et elle avait été fragilisée par d’importantes chutes de neige en 2021. Tout ce carré (du haut) a été sinistré, il ne restait quasiment plus que des chablis. Le moindre coup de vent ou de neige, et tout était par terre”, explique Jamel Belaidi, écartant la vision idyllique d’une forêt qui s’autogèrerait. La coupe forestière a concerné la moitié des
14 ha du site à l’automne 2025, la partie basse étant composée d’anciennes prairies laissées en friches. Les 4 000 stères environ abattues (majoritairement du hêtre, un peu de chêne et de frêne) sont destinées à devenir du bois de chauffage ainsi qu’à alimenter des réseaux de chaleur de proximité (Issoire, Aurillac dans une moindre mesure).
Parcelles intégralement reboisées
Au printemps, l’intégralité de la surface a été reboisée avec 35000 plants d’espèces jugées comme les plus résistantes au réchauffement climatique : chêne rouge, mélèze, douglas, pins et acacia en lisière. “Avant, le hêtre était l’essence la plus résistante, ce n’est plus trop le cas aujourd’hui, les chênes et les hêtres eux aussi sèchent”, constate Pierre Soubrier, dont le groupement est propriétaire de 800 hectares. Ce dernier reconnaît que le gel printanier tardif a eu raison d’un certain nombre de plants (ceux filmés par Canopée), qui ont été arrachés avant d’être remplacés. Certes, il n’imaginait pas que trois vagues de canicule et une sécheresse extrême allaient suivre. “La première année, il faudrait qu’il pleuve régulièrement pour que le système racinaire se développe, mais pour l’instant les plants résistent”, assure-t-il. Protégés de l’appétit des cervidés, la gaine qui les entoure leur sert aussi de protection anti-UV. “D’ici cinq ans, la végétation sera à hauteur d’homme et le repeuplement sera sorti de la concurrence avec d’autres végétaux”, abonde Jamel Belaidi.
La profession inquiète
“L’entreprise Soubrier, ce sont des amoureux de la forêt, ils coupent, reboisent, entretiennent, ce sont des gens responsables, qui travaillent pour l’avenir”, appuie Thibault Bilen, entrepreneur de travaux forestiers et représentant du secteur forêt au sein du syndicat des EDT 15. Une
profession inquiète des menaces qui pèsent sur les entreprises forestières. Pneus crevés, chantiers interrompus par occupation du site par des
activistes, balises GPS traceurs retrouvées sous des engins de coopératives forestières, abatteuse brûlée il y a deux ans... autant d’actes qui ont fait monter la pression depuis deux ans en Corrèze notamment. “La haine progresse et on a peur que ça nous tombe dessus aussi dans le Cantal”, soupire-t-il, évoquant le vol d’un pot d’échappement sur un véhicule d’un entrepreneur cantalien quelques jours plus tôt.
Discuter, expliquer le fonctionnement de la filière, les motivations de ces coupes ? “J’ai échangé via Instagram avec Bruno Doucet, j’ai proposé un débat public qu’il a refusé. Ça a été un dialogue de sourd. Leur force de frappe c’est la désinformation via des vidéos choc.” Une autre invitation, officielle, a été adressée par le groupement au préfet sur site, qui devrait, elle, être honorée prochainement.
(1) L’association aurait été alertée par un(e) habitant(e) de Saint-Simon.
(2) Cependant si la coupe n’avait pas été divisée en deux parties chacune inférieure à 4 ha, elle n’aurait pas été autorisée sur ce terrain pentu.
Déforestation ?
Le cas de Saint-Simon serait l’arbre qui cache la forêt d’une déforestation massive en France selon ses détracteurs. Or, les forêts françaises ne sont pas en perdition, bien au contraire ; leur surface a doublé depuis 1850 et couvrent environ 15 Mha, soit plus de quart du territoire (27 % dans le Cantal). Elles continuent à s’accroître de 40 000 ha environ chaque année(1), sous l’effet de reboisements et de la déprise agricole.
En revanche, elle est effectivement impactée par le changement climatique et les parasites dont le scolyte, mais aussi par un défaut d’entretien et d’exploitation qui l’expose davantage aux incendies. “À Landiras en 2022, ce sont nos entreprises qui ont été sollicitées pour réaliser de grandes bandes déboisées coupe-feu”, rappelle le représentant des EDT. La forêt française est par ailleurs chroniquement sous-exploitée : la moitié seulement de ce qui pousse dans l’année est prélevée.
Source : ministère de l’Agriculture.