GLBV : La filière bovine en Nouvelle-Aquitaine à la croisée des chemins
Vendredi 13 février — à Masseret, les acteurs de la filière bovine se sont réunis à l’initiative du Groupement Limousin Bovin Viande (GLBV) pour faire le point sur une situation devenue critique. La décapitalisation du cheptel, la pression des crises sanitaires et la concurrence internationale dessinent un paysage inquiétant pour l’élevage bovin régional. Pourtant, des solutions émergent pour préserver l’avenir de cette filière historique.
Vendredi 13 février — à Masseret, les acteurs de la filière bovine se sont réunis à l’initiative du Groupement Limousin Bovin Viande (GLBV) pour faire le point sur une situation devenue critique. La décapitalisation du cheptel, la pression des crises sanitaires et la concurrence internationale dessinent un paysage inquiétant pour l’élevage bovin régional. Pourtant, des solutions émergent pour préserver l’avenir de cette filière historique.
Une filière sous tension
Depuis plusieurs années, la filière bovine française, et plus particulièrement celle de Nouvelle-Aquitaine, subit une décapitalisation alarmante. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors que le cheptel européen devrait encore reculer de 2,5 % en 2026, la France a déjà enregistré une chute de 16 % de sa production de viande bovine sur la dernière décennie. Entre 2024 et 2025, ce sont près de 300 000 veaux qui ont disparu, dont 260 000 imputables aux crises sanitaires successives (FCO, MHE, et désormais la DNC).
À ces difficultés s’ajoutent les départs en retraite massifs, souvent non compensés par de nouvelles installations. Les conséquences de cette situation sont multiples et préoccupantes : la France, traditionnellement autonome en viande bovine, voit sa souveraineté alimentaire menacée, avec une autoproduction qui pourrait chuter à 67 % d’ici dix ans, contre 90 % aujourd’hui. Cette dépendance croissante se traduit déjà par une hausse des importations, notamment en provenance du Brésil et de l’Argentine, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les prix et la compétitivité des éleveurs locaux.
Des marchés contrastés, entre opportunités et défis
Malgré ce contexte difficile, certains segments de la filière parviennent à tirer leur épingle du jeu. Les broutards, par exemple, affichent une hausse de 5 % de leur activité et une progression de 1,50 € par tête, portée notamment par un marché espagnol en pleine expansion (+10 % d’exportations). Le secteur du maigre connaît également une dynamique positive (+6 %), grâce à l’adhésion de nouveaux éleveurs et à une demande soutenue.
En revanche, d’autres segments peinent à résister. Les veaux de lait et les jeunes bovins subissent des baisses respectives de 11 % et 8 %, concurrencés par des prix attractifs sur les broutards (+40 %). Les vaches de boucherie, quant à elles, voient leurs volumes s’effondrer, malgré des prix records. Cette situation expose les éleveurs à des risques financiers accrus, avec des trésoreries fragilisées par des volumes brassés multipliés par deux ou trois en seulement cinq ans.
La concurrence internationale aggrave encore ces tensions. L’Italie, où les taurillons se négocient à 8,58 €/kg(contre 8,10 € en France), et l’Espagne, qui bénéficie de coûts de production réduits, exercent une pression constante sur les marchés. Sans compter les pays d’Europe de l’Est, comme la Pologne ou la Tchéquie, qui rivalisent avec des prix encore plus bas.
Des stratégies pour inverser la tendance
Face à ces défis, les acteurs de la filière ne restent pas inactifs. Plusieurs pistes sont explorées pour redynamiser l’engraissement et sécuriser les débouchés :
- Contrats innovants pour encourager la production de génisses lourdes (360 kg en moins de 30 mois), avec des prix garantis pour limiter les risques.
- Financements à taux zéro proposés par le Crédit Agricole pour l’accroissement du cheptel.
- Diversification des clients pour limiter les risques d’impayés, avec une moyenne de quatre à cinq clients par camion.
- Export vers l’Espagne et l’Italie, malgré les contraintes sanitaires.
- Accompagnement des jeunes éleveurs : prêts à taux zéro pour la reprise de cheptel, quasi-fonds propres(capitaux non remboursables pendant 10 à 15 ans), et aides techniques (échographies, analyses d’eau, coprologies).
- Projets structurants comme Herbalie, pour relocaliser l’engraissement en Nouvelle-Aquitaine et développer des modèles résilients et durables.
La collaboration entre coopératives, banques et institutions locales est essentielle pour préserver les abattoirs régionaux, dont la viabilité est menacée par la baisse des tonnages.
Des enjeux qui dépassent l’économie
Au-delà des défis économiques, la filière bovine doit aussi répondre à des attentes sociétales croissantes. La demande en viande transformée (53 % de la viande bovine consommée sous forme de steak haché) et les préoccupations environnementales poussent les acteurs à innover. L’attractivité du métier, notamment pour les jeunes et les femmes, passe par l’introduction de nouvelles technologies (robotique, pâturage tournant) et une meilleure prise en compte de la pénibilité du travail.
Si la décapitalisation pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre, elle s’accompagne aussi d’une perte de production qui n’est pas sans conséquence pour l’équilibre de la filière.
Un appel à la mobilisation collective
Pour les éleveurs, il s’agit de profiter des aides disponibles et de sécuriser leurs débouchés. Les consommateurssont invités à soutenir les circuits courts et les labels locaux. Quant aux institutions, leur rôle est crucial pour simplifier les normes et soutenir des projets comme Herbalie, qui pourraient redonner un souffle à la filière.
Alors que la filière bovine de Nouvelle-Aquitaine se trouve à un tournant, une chose est sûre : c’est ensemble, en mobilisant tous les acteurs, qu’elle pourra relever les défis qui l’attendent et garantir un avenir durable à l’élevage régional.