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Foyer DNC du Doubs : ce que dit l’enquête épidémiologique

L’abattage d’un troupeau vacciné après l’apparition d’un cas de DNC suscite les interrogations. Les réponses épidémiologiques.

Des vaches dans un pré.
A ce jour, depuis son apparition en juin, la France compte 108 foyers de DNC.
© J. Petriaux

L’abattage à Pouilley-Français dans le Doubs d’un troupeau laitier vacciné après la confirmation qu’un des animaux était atteint de la DNC a suscité un vif émoi, donnant des arguments aux opposants à la vaccination et aux adeptes des théories complotistes, interrogeant aussi les convaincus de la stratégie d’éradication de la maladie. 
Dans ce contexte, et face à l’émotion et la compassion bien légitimes à l’égard des éleveurs touchés, informer sur la base des faits et données scientifiques devient une mission toujours plus ardue mais nécessaire.
Le point avec Olivier Debaere et Guillaume Gerbier, tous deux vétérinaires épidémiologistes à la DGAL (direction générale de l’Agriculture, ministère de l’Agriculture), en charge de la gestion des crises sanitaires.

L’apparition de ce cas positif sur des animaux vaccinés 36 jours auparavant remet-elle en cause la fiabilité de la vaccination ?
O. Debaere : “Les animaux ont effectivement été vaccinés le 22 octobre(1) et les éleveurs ont déclaré à leur vétérinaire des nodules sur une vache le 27 novembre. L’analyse des prélèvements réalisés sur ces nodules a confirmé dès le lendemain que la vache était infectée. Il y a donc bien 36 jours entre les deux, sauf que si la déclaration des nodules date du 27 novembre, la maladie était déjà dans  l’élevage depuis au moins trois semaines sans qu’elle ait été vue.”

Comment pouvez-vous l’affirmer ?
O. D. : “L’enquête épidémiologique que nous avons menée nous a permis de retracer la chronologie. Quand les services de l’État sont allés dans l’élevage, ils ont vu des nodules, et lors du dépeuplement, quatre bovins abattus présentaient des lésions qui n’avaient pas été signalées. Des nodules que l’on a photographiés avec la boucle de l’animal correspondant et qu’ont aussi vus les éleveurs présents pour accompagner les éleveurs à ce moment-là. L’analyse des ces modules a confirmé que trois autres animaux étaient infectés, là encore depuis longtemps, car ces lésions n’étaient pas récentes...”

Ce qui justifie l’abattage total ?
O. D. : “Oui. Si on n’avait abattu que la vache infectée, on aurait laissé prospérer la maladie dans l’élevage qui était déjà atteint et condamné, sachant que même si les nodules sont vieux, le virus est toujours actif. Encore une fois, le dépeuplement n’est pas une mesure de rétorsion à l’encontre des éleveurs mais de protection de tous les autres élevages autour. D’ailleurs, des recherches sont en cours autour pour identifier de potentiels autres foyers.”

Sait-on comment cet élevage, à 23 kilomètres du foyer du Jura le plus proche à Ecleux, a été contaminé ?
G. Gerbier : “Lors de l’enquête, on a appris qu’un veau, né le 31 octobre, était mort dans cet élevage le 6 novembre, sans que cela ait été signalé. Or la mère de ce veau était la vache infectée, déclarée le 27 novembre. Nous n’avons pas pu faire d’analyses sur ce veau, parti à l’équarrissage, mais on peut supposer qu’il s’est contaminé au pis de sa mère qui présentait des lésions. Le virus de la DNC se transmet en effet par les insectes mais aussi par la salive, les sécrétions lacrymales et le lait.” 
O. D. : “D’autres éléments conduisent aussi à l’hypothèse que la contamination de cette vache et les premiers signes cliniques remontent autour du 4 novembre, à une période où le virus circulait à Ecleux. Or les insectes vecteurs ne peuvent parcourir 23 km, la seule possibilité c’est un déplacement illégal d’animaux depuis le secteur d’Ecleux. C’est ce qui s’est passé pour le cas du Rhône, du Jura, de l’Ain, en Espagne... et comme à chaque fois que la maladie fait un saut important. Ces transports de bovins d’un point A où il y a des foyers à un point B dans un secteur encore indemne constituent le risque le plus important de transmission, c’est comme un cheval de Troie pour le virus.”

Pourquoi ne pas avoir davantage intensifié les contrôles de mouvements ?
O. D. : “On l’a fait quand la décision a été prise de les bloquer pendant 15 jours en octobre : il y a eu 10 000 contrôles routiers pour 8 infractions relevées, on en ferait 100 000 il y aurait toujours quelques irresponsables qui transportent des veaux dans des camions frigo parce que le gendarmes ne contrôlent que les bétaillères...”

En soutien aux éleveurs de Pouilley-Français et en opposition à l’abattage, plus de 300 personnes étaient présentes lors du dépeuplement. Y-a-t-il un risque de dissémination du virus ?
O.D et G.G. : “Dans un cheptel contaminé, le virus est présent sur les nodules, mais aussi sur les croûtes, les secrétions, dans la paille, les auges... où il peut survivre longtemps. Il y a donc un risque, certes faible, mais pas nul.”

Ne faut-il pas entreprendre une vaccination préventive à plus grande échelle ?
G. G. : “Si on lance une vaccination préventive, la question qui va se poser est : pour combien d’années ? Et la réponse : tant qu’il y a un risque, ce qui veut dire qu’on part pour plusieurs années. Et puis il y a la question commerciale. C’est une question sur laquelle se penche le Cnopsav(2).”

(1) Un animal vacciné est protégé à partir de 21 jours après l’injection d’une dose de vaccin.
(2) Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale.

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