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Fermeture administrative de la fromagerie Condutier

Depuis le 4 mars, la fromagerie Condutier à Pierrefort (Cantal) est sous le coup d’une fermeture administrative après que des lots de cantal se sont révélés positifs à la listéria.
 

Sans savoir, si demain elle pourra reprendre son activité, la fromagerie est entièrement nettoyée après avoir été débarrassée de l’ensemble de ses produits.
© B. Parret

Sur sa page facebook, la fromagerie Condutier, située à Pierrefort, faisait part le 24 mars de sa fermeture pour travaux et réaménagement de son outil de travail et son impossibilité de vendre ses produits. Depuis, certains des onze fournisseurs de lait se sont inquiétés de cette situation qui perdure avec, pour eux, une perte de trésorerie et un avenir qui s’assombrit. Par arrêté en date du 4 mars, le préfet du Cantal a ordonné la fermeture du site de production et la destruction de 50 tonnes de fromage soit la totalité des stocks de l’entreprise. Cela fait suite à un contrôle inopiné au cours duquel plusieurs lots de fromages ont été identifiés positifs à la listéria. C’est l’ensemble de la production qui est aujourd’hui interdite. 

Voir les lots concernés https://rappel.conso.gouv.fr/fiche-rappel/21865/Interne

Tous les produits détruits ou sous scellés

Créée en 1928 à Cézens, la fromagerie Condutier a construit sa réputation sur son cantal au lait cru, un procédé qui demande de la technicité et de l’exigence. «Je ne cache pas que nous avons notre part de responsabilité mais on nous interdit de vendre même les lots négatifs, tout comme le beurre, la tome, la crème ou le fromage au lait pasteurisé », déplore Jean-Luc Condutier, à la tête de l’entreprise familiale depuis 2006, dans la lignée de son grand-père et de son père. “Je ne peux même pas vendre du fromage de mes collègues pour assurer quelques rentrées financières. Nous nous étions lancés dans le lait en brique, ce qui ne se fait pas sur le département, le lait est stérilisé, les boîtes sont sur palettes et même cela je vais devoir le détruire.” Les derniers cantal encore présents sont en attente d’évacuation par camion d’équarrissage. Les caves et l’ensemble du site sont en cours de nettoyage, condition incontournable pour une potentielle réouverture.

«Même si je mange beaucoup d’argent, je ne veux pas lâcher des gens qui nous ont toujours été fidèles”, exprime Jean-Luc Condutier, 

Pour l’heure, la fromagerie collecte toujours le lait (17 000 litres par jour pour un total annuel de 5 millions de litres) auprès de ses onze agriculteurs fournisseurs. Le lait est revendu en Espagne à un prix bradé. «Même si je mange beaucoup d’argent, je ne veux pas lâcher des gens qui nous ont toujours été fidèles”, exprime Jean-Luc Condutier, très affecté par cette situation dont il ne voit pas l'issue. “Il nous faut repartir de zéro, attendre d’avoir du fromage affiné. Sans trésorerie, il est impossible de nous en tirer. Je pense que c’est la fin, nous ne célèbrerons pas le centenaire de notre entreprise, alors que mon fils et ma fille étaient prêts à prendre la relève.”  

 

Salariés et producteurs  sur la sellette

C’est également onze emplois qui sont en danger. Ce qui n’est pas négligeable sur le plan économique et social pour Pierrefort. Après le travail de nettoyage, sous contrôle d’un cabinet mandaté "qualité et hygièn" le solde des congés, les salariés sont suspendus à la décision de Jean-Luc Condutier, de pouvoir relancer ou pas la production. La conjoncture actuelle n’est pas non plus propice avec une abondance de lait. Cette situation rend d’autant plus difficile la possibilité pour Jean-Luc Condutier et les producteurs de se tourner vers d'autres opérateurs du secteur, même si des propositions ont été faites pour traiter une partie des volumes. 
“C’est très difficile pour nous et cela met en péril l’avenir de nos exploitations, déplore Guy Touzet, un des fournisseurs de la fromagerie Condutier. C’est dramatique pour nous avec une collecte de notre lait à un prix dérisoire. C’est dramatique pour l’entreprise mais, aussi, pour le pays avec le risque que nous disparitions à notre tour.” Pour son collègue Basile Fayon : “Nous avons été mis devant le fait accompli et il faut que la production reprenne au plus vite. Nous sommes chez Condutier parce que cela nous ressemble avec une petite structure, un cantal au lait cru, c’est ce qui fait vivre nos petites communes.” Dernièrement, une rencontre a eu lieu entre les producteurs, le sous-préfet de Saint-Flour et les élus du département.  

 

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