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« Etre maire devient une affaire d'expert ! »

Interview de Sébastien Gouttebel, président de l'Association des maires ruraux du Puy-de-Dôme (AMR63).

© CR

La loi portant sur la Nouvelle Organisation territoriale de la République (loi NOTRe) promulguée en août 2015, redéfinit les compétences attribuées à chaque échelon territorial et prévoit notamment la fusion des communautés de communes. Ce thème sera abordé le 9 septembre dans le cadre de l'assemblée générale de l'AMR63. L'occasion pour son président, Sébastien Gouttebel, de porter quelques messages.

 

La fusion des communautés de communes au 1er janvier 2017 est un gros dossier pour les élus. Comment cela se passe-t-il à l'échelon des communes rurales du Puy-de-Dôme ?

C'est effectivement un immense chantier qui s'est ouvert depuis plusieurs mois déjà. Un chantier d'autant plus singulier pour nous que le Puy-de-Dôme doit composer avec une vraie particularité géographique : celle d'être le premier territoire où il y a le plus d'habitants vivant au- dessus de 800m d'altitude...Il est donc très difficile de transposer un projet d'un territoire à un autre. Chaque projet est unique et chaque territoire doit se l'approprier et le mettre en place. Nous sommes à quatre mois du 1er janvier 2017, date à laquelle seront constituées les 14 intercommunalités qui vont remplacer les 44 communautés de communes du département... Les élus et leurs équipes travaillent donc à marche forcée pour que ces fusions se passent dans les meilleures conditions.

Quels sont les points de vigilance soulevés par l'AMR63 dans le cadre de cette réforme ?

Les élus ruraux devront être vigilants quant au respect de l'équilibre territorial. Nous veillerons par exemple à ce que les petites communes ne soient pas les oubliées de ces nouveaux Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Les élus devront par ailleurs communiquer davantage auprès de leurs concitoyens afin de les informer des décisions prises à l'échelon intercommunal. L'AMR accompagnera également les élus ruraux dans la mise en place des nouvelles compétences qui vont entrer en vigueur dès 2018 et jusqu'en 2020 : instruction des permis de construire, gestion des milieux aquatiques et leurs risques, compétences sur l'eau et l'assainissement etc... Les harmonisations devront se faire dans un délai très court ! Cette réforme oblige en fait les élus à repenser leur organisation sans en connaître aujourd'hui les effets induits, et intégrer de nouvelles compétences dans un contexte budgétaire restreint...une équation difficile à résoudre !

L'écriture d'un projet de territoire commun dans lequel se pose la question du «vivre ensemble» est donc essentielle pour pouvoir répondre aux priorités d'actions des communes : maintien des services publics, aide à la petite enfance et aux personnes âgées, déploiement du numérique et soutien au développement économique.

Et l'agriculture dans tout ça ?

Les élus ruraux connaissent les difficultés des exploitants agricoles que ce soit en Limagne ou en montagne. L'agriculture est un maillon important des territoires ruraux. Ce sont des familles, des jeunes, des enfants qui font tourner l'économie locale. Il n'y a aucune raison que le volet agricole ne soit pas traité par les futurs EPCI. Sur ce point aussi l'AMR sera vigilante.

 

Quel est l'état d'esprit des élus ruraux ?

La réforme territoriale a complexifié la fonction des élus ; être maire devient une affaire d'expert! Pour émarger à un fonds européen par exemple il faut s'appuyer sur des spécialistes ; seul vous ne pouvez rien ! Et puis tout va tellement vite aujourd'hui... on change d'interlocuteurs tous les 6 mois. On évolue dans un contexte instable dans lequel il est difficile de conduire de grands projets. Les normes sont excessives ; elles s'appliquent partout de la même façon que vous soyez dans une grande ou une petite commune. Je pense qu'il est urgent de revenir au bon sens et d'accepter une gestion en bon père de famille, adaptée au territoire. Je suis maire de Murol depuis 2008 et président de l'AMR63 depuis 2012, je mesure aujourd'hui l'évolution de la fonction et son train de difficultés. Il y a un risque de lassitude et

d'abattement des collègues élus qui, depuis 2014, connaissent la baisse des dotations et le bouleversement des fusions. Il faut être combatif aujourd'hui pour tenter de faire avancer les choses...

 

Qu'attendent les élus ruraux des prochaines échéances électorales ?

Nous souhaitons que tous les candidats et les partis proposent enfin des actions au profit de la ruralité. N'oublions pas que la ruralité c'est 70% du territoire et 30% de la population, soit quand même 25 millions d'habitants. Qu'en fait-on ? Des « No man's land » ? Avec le soutien de l'AMR France nous avons proposé des mesures choc pour une ruralité équitable et équilibrée. Souhaitons que les candidats s'en emparent !

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