Être jeune en milieu rural : entre tradition et urbanisation
L’écomusée de Margeride propose depuis 2023 aux lycéens du territoire de définir ce qu’est être jeune en milieu rural. Une enquête auprès de 191 d’entre-eux donne quelques pistes.
L’écomusée de Margeride propose depuis 2023 aux lycéens du territoire de définir ce qu’est être jeune en milieu rural. Une enquête auprès de 191 d’entre-eux donne quelques pistes.
Travailler avec les habitants
Depuis 50 ans, l’écomusée de la Margeride conçoit sa présence sur le territoire par un travail
permanent avec les habitants. Ses différents projets, objets d’autant d’expositions, appellent chacun à évoquer ses souvenirs, présenter ses savoir-faire... afin de remonter le fil du temps pour mieux cerner les contours sociologiques de la Margeride. Depuis 2023, l’écomusée mène un programme de “recherche-action” auprès des jeunes de 15 à 25 ans autour de la question “Qu’est-ce qu’être jeune aujourd’hui en milieu
rural ?” Les 17 et 19 mars, son équipe s’est rendue dans les classes de seconde du lycée de la Haute-Auvergne pour travailler sur ce sujet. Les lycéens réalisent en effet une exposition éphémère qui sera présentée dans l’établissement le 24 avril uniquement mais ouverte au grand public. L’an prochain, une exposition itinérante et participative conçue par l’écomusée de Margeride verra le jour avec les éléments collectés durant ces trois dernières années également auprès des élèves du lycée agricole Louis-Mallet.
Le choc des générations
Pour avancer et se prêter au jeu de cette étude ethnographique sur eux-mêmes, ils ont préalablement ciblé leurs centres d’intérêt, eux qui vivent sur le territoire et qui en seront les forces vives demain s’ils font le choix de rester dans le Cantal. Une deuxième étape a consisté à visiter la ferme de Pierre-Allègre à Loubaresse, un des sites de l’écomusée. Celle-ci présente la vie des Margeridiens à la fin du XIXe siècle, leur
quotidien, leur organisation sociale, leur attachement à la terre... et à l’école de Signalauze, lieu d’éducation, d’ouverture et peut-être pour quelques-uns d’émancipation. Les jeunes d’aujourd’hui ont ainsi découvert des objets parfaitement inconnus : la presse à fromage, la boule à dentelle, le couffin, le moulin à beurre, la blague à tabac... Bien loin de leurs téléphones portables obtenus en moyenne à l’âge de 13 ans, des réseaux sociaux et des codes vestimentaires désormais planétaires.
Rapport à la ruralité
Cette immersion a constitué le point de départ d’un travail annexe approfondi autour de la thématique du rapport à la ruralité avec l’idée d’une confrontation entre hier, aujourd’hui et demain. Avec leurs professeurs d’histoire-géographie et de français, les jeunes explorent ainsi différentes facettes du monde rural en
mobilisant leur sensibilité, leur créativité et leur vécu. Poèmes réalisés à partir des “sons de la ruralité”, théâtre, photographies, montages vidéo, écriture de textes sont autant de moyens d’expression. Les élèves travaillent actuellement sur différents supports autour de ces sujets, qui seront valorisés lors de l’exposition éphémère. Et, parallèlement, le lycée agricole produira aussi ses propres supports.
Portrait robot
Une autre étape a été de les questionner pour tirer le profil type du jeune rural. Mardi 17 mars, Léa Ternat, responsable des collections de l’Écomusée intervenait devant les élèves de seconde au lycée de la Haute-Auvergne pour partager avec eux les grandes lignes de ce portrait-robot en fonction de leurs réponses. Il ressort que s’il y a un glissement vers une forme d’urbanisation (culture, mode, études) par rapport aux générations précédentes, il reste ancré un attachement parfois relié à une forme d’identité rurale (attachement aux richesses du territoire (nature, sérénité, sécurité), à la famille (place des grands-parents et des parents, le père reste un modèle encore important, le souhait de mariage et d’enfants) ou encore la place de la religion même si on ne pratique que très peu. Si la tolérance envers les orientations sexuelles progresse, le racisme persiste. Aujourd’hui, les jeunes ruraux vivent avec leurs parents, principalement dans une maison individuelle, souvent agrémentée d’un potager. Contrairement à deux générations auparavant, il/elle ne parle plus l’occitan, ne danse pratiquement pas la bourrée, même s’il/elle continue d’apprécier les bals populaires où la fête s’accompagne d’alcool et non de drogue. Il/elle écoute aisément du rap et curieusement de la variété française. Sportif mais pas trop, parmi les loisirs en lien avec le territoire rural, l’initiation à la chasse est l’affaire du grand-père et celle de la pêche celle du père. Côté alimentation, la restauration rapide fait partie de l’espace vital et les lasagnes détrônent la truffade. Il/elle aime prendre soin de soi, avec le vœu d’être en bonne santé. Il/elle
envisage des études supérieures pour obtenir “un bon travail”. Et, surprise, le travail est encore pour il/elle bénéfique, gage d’une place importante dans la société et “d’épanouissement” personnel.