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Être bien accompagné pour transmettre son exploitation

« Plus jeune, je voulais faire du football », s’amuse Bastien Nemeth, qui s’est installé l’an dernier. Mais ayant grandi dans le milieu agricole, et ayant attrapé très jeune le virus, il a finalement choisi l’agriculture comme carrière. À l’occasion de la neuvième édition de la quinzaine de la transmission, organisée par les chambres d’agriculture du 15 au 29 novembre, focus sur une reprise lozérienne réussie.

Bastien Nemeth, à droite, accompagné d’Hugo, l’un de ses deux frères.
Bastien Nemeth, à droite, accompagné d’Hugo, l’un de ses deux frères.
© Marion Ghibaudo

D’ici 2026, plus de 30 % des chefs d’exploitation atteindront l’âge de la retraite et seront susceptibles de transmettre leur exploitation. Chaque année, près de 20 000 chefs d’exploitation cessent leur activité et 10 000 à 15 000 candidats s’installent en agriculture, ce qui demande un bon encadrement.
Bastien Nemeth, installé à la Baraque de Chaffard, a repris l’exploitation familiale en mai 2023. Une procédure accompagnée par de nombreux partenaires et notamment le Crédit agricole, pour un passage de relais tout en douceur.
Après des études classiques à Terre nouvelle, puis un BTS ACSE en alternance à la chambre d’agriculture de Rodez, « pour voir autre chose », et notamment les différentes filières de production, Bastien Nemeth est donc revenu s’installer sur les terres familiales. « J’aime les Aubrac, c’est la race du pays », note, tout sourire, le jeune agriculteur, la tête sur les épaules et bien dans ses bottes. « Dans la fratrie, je suis le premier à m’installer », note-t-il, tout en ayant en tête que, sans doute, ses jeunes frères jumeaux pourraient le rejoindre dans le futur. Et c’est là où l’accompagnement du Crédit agricole pour trouver les meilleures solutions de reprise sans mettre de barrières à l’entrée de futurs associés trouve tout son sens.
« Cette transmission est quelque peu atypique, puisque l’exploitation familiale était en indivision », détaille Robin Chazaly, chargé d’affaires au Crédit agricole de Marvejols. Mais ce statut, tient à rassurer le chargé d’affaires, « n’a pas compliqué le dossier. La difficulté, généralement, tient souvent à l’entente entre les membres de la famille » et ce que chacun des indivisionnaires souhaite mettre en place sur l’objet de l’indivision.
 

Bien réfléchir ses rachats 

« Dans le cas de Bastien, en plus de l’indivision, une EARL était déjà existante sur la ferme », a précisé le chargé d’affaires du Crédit agricole. EARL historique que Bastien Nemeth a conservé puisque « c’est déjà une forme sociétaire. Et c’est un statut qui a son importance pour l’avenir de la ferme et la possible entrée d’associés dans le futur », note Robin Chazaly. En effet, la fratrie de quatre enfants Nemeth avait hérité de la ferme à la mort de leurs parents. À l’époque, alors qu’aucun n’était en mesure de reprendre l’exploitation, l’oncle maternel avait décidé de gérer la ferme jusqu’à ce que les enfants décident soit de s’installer ou partent vers d’autres projets. « C’était une volonté familiale que tout ce qui avait été bâti les générations d’avant soit conservé et continue de prospérer », précise Bastien Nemeth qui a donc pu reprendre un outil de travail en bon état. Outil qu’il connaissait déjà très bien puisqu’en famille, il avait été décidé que tous viendraient donner un coup de main bénévole sur la ferme les soirs et week-ends tant que personne n’était installé. Histoire aussi de soulager un peu l’oncle, « qui s’est lancé alors qu’il n’était pas du tout du milieu ». Installé à la table de la cuisine familiale, Bastien Nemeth sourit en retraçant ce beau parcours.
Aujourd’hui, le jeune agriculteur est à la tête d’un troupeau d’une soixantaine de mères Aubrac. « Mes parents, Jean et Marie-Agnès, avaient 25 montbéliardes et des Aubrac à côté, mais le lait demande beaucoup de travail. Et comme nous gérions en famille jusqu’à présent, nous avions décidé de laisser tomber le lait pour se concentrer sur les allaitantes. Surtout que les bâtiments nous permettaient cette bascule sans trop de complications ».
Autour du corps de ferme, 110 hectares regroupés, dont 13 hectares sont propriété de l’indivision. « Bastien a racheté le bâtiment à l’indivision. Pour le foncier, par contre, où il n’y a pas de risque, c’est resté propriété de l’indivision ». Par ailleurs, Bastien a repris les baux existants sur le foncier à ses différents propriétaires et souhaite se développer, donc loue d’autres parcelles en fermage. Une solution intéressante pour éviter de faire un achat trop important d’un seul tenant. « En termes de trésorerie à sortir et d’investissement, les premières années, c’est plus avantageux d’avoir un bail », soutient Robin Chazaly. En plus des bâtiments, Bastien Nemeth a acheté le matériel et le cheptel à l’indivision.
 

Un accompagnement sur-mesure

Dans son projet, le jeune exploitant espère, à terme, augmenter son cheptel « à 75-80 animaux dans l’idéal. Pour le moment, je conduis une moitié du troupeau en croisé charolais, et je repousse des femelles pour le BFA. Pour l’autre moitié, les mâles sont vendus pour l’Italie et les femelles gardées pour le renouvellement ». Bastien Nemeth espère aussi travailler la génétique de son troupeau, déjà très homogène, pour augmenter la part de sans-corne, notamment. Enfin, il souhaite collaborer plus avant avec les filières de qualité locales, pour « une meilleure valorisation de son travail ». 
« La transmission de la ferme avec mes frères et sœurs s’est très bien passée », se réjouit le jeune agriculteur, dont les jeunes frères viennent toujours aider sur la ferme quand ils ont un moment de libre. « Je veux vraiment que cette ferme continue de prospérer », assure-t-il.
« Bastien a su faire des choix raisonnables, pour façonner un outil de travail cohérent, en gardant des marges de manœuvre pour le futur. Si la transmission familiale, à l’époque, n’avait pu être organisée, la bonne conservation de l’outil a joué sur une reprise en douceur, se félicite Robin Chazaly. Dans ses projets, il a su rester raisonnable et trouver un compromis pour s’assurer de la pérennité de l’exploitation en cas de crises autres ».

 

 

Entretien
Comment le Crédit agricole accompagne 
les projets de transmission ?
Comment les porteurs de projets entrent en contact avec vous ?
En amont de l’installation, certains appellent, et ça peut nous arriver, un an avant, de préparer un premier rendez-vous en discutant de l’installation future. C’est rare mais c’est quelque chose que l’on peut faire pour accompagner nos clients et les orienter un peu. Sinon, le premier rendez-vous se fait une fois que les porteurs de projets sont prêts à se lancer.

Pourquoi prendre un rendez-vous sur place ?
Une fois que les prévisionnels économiques et formations chambre sont effectués, nous prenons rendez-vous sur site, un rendez-vous généralement de deux à trois heures pour faire le point sur le bâti, cheptel, matériel, etc. L’idée est d’accompagner nos clients sur les investissements à venir qu’il s’agisse de matériel ou de bâtiment. En fonction de l’état, nous échangeons sur un éventuel besoin de renouvellement rapide, et au besoin, nous gardons une marge en prévision de l’investissement. C’est fait en toute transparence, et c’est ce que je vais ensuite présenter en comité. Aller sur site permet d’avoir une notion fine de ce qui va être nécessaire ou non en termes de financement, et d’apprécier de manière concrète les choses.

Quelle est l’étape suivante ?
Puis je rentre dans mon bureau pour vérifier tous les documents, reprendre les équilibres économiques, les comparer éventuellement avec la structure économique, pour s’assurer notamment que le prévisionnel est cohérent et rentable. Une fois que c’est fait, je reprends le plan de financement par la chambre d’agriculture pour réfléchir aux crédits, montants et durées, ainsi que les coûts de financement. J’ai aussi des échanges avec les conseillers Cerfrance et chambre d’agriculture durant tout ce processus. Tout est ensuite présenté aux porteurs de projets pour que nous puissions discuter et ajuster en fonction de ce qu’ils souhaitent aussi. Notre objectif est d’optimiser le coût, les financements et la transmission pour nos clients.

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