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Et si l'on parlait du pays à Cézens

Malgré la pluie, cette deuxième édition de la fête du pastoralisme a réchauffé les participants sur un avenir du territoire.

Un troupeau au milieu des prés verts
L’occasiond’unmomentdeconvivialitémaisaussid’échangersurl’avenirduterritoire.
© Thierry Desserre

Lancée l’an dernier pour dire un peu plus “non” aux éoliennes, la fête du pastoralisme de Cézens a été reconduite pour démontrer qu’il y a d’autres alternatives à ce type de production d’énergie. Le combat n’est pas terminé et, finalement, ce rendez-vous représente une excellente proposition d’animation faite par l’association Sauvegarde des Monts du Cantal. Cette deuxième édition s’est déroulée du 18 au 20 mai. Sur le week-end, il y avait deux départs de troupeaux, celui de la famille Gras, le samedi depuis Cézens jusqu’à Arjaloux, et le dimanche, celui de la famille Hubert depuis Trélis jusqu’à l’Estival. À chaque fois, les randonneurs, plus d’une centaine, avaient droit à un bon repas de cuisine du terroir. Repas sous l’imposante charpente de la grange, en musique et en chansons avec les Cantaïres de l’Aubrac et les Cabrettes et accordéons des burons de Pailherols. Des randonnées à la découverte des estives étaient aussi proposées. 

Héritage du pastoralisme

Samedi après-midi, une trentaine de personnes, dont quelques élus du secteur, ont participé à la table ronde sur le thème “Les monts du Cantal, quel avenir ?” Il a très peu été question du sujet qui fait débat sur la commune depuis quelques années, à savoir l’implantation d’un parc d’éoliennes.

Le propos était de mieux connaître le territoire et ses richesses et de savoir mieux les bonifier. En intro- duction, Alexandra Kruse, universitaire, présentait le pastoralisme commun à de nombreuses régions européennes aussi bien au sud comme en Espagne et en Grèce, qu’au nord dans les pays scandinaves. En Auvergne, cela représente plus d’un tiers de la surface agricole utile (SAU). Les paysages de ces territoires peu favorables au productivisme (altitude, climat...) ont été façonnés par l’activité humaine et la présence des troupeaux. Espaces ouverts, peu boisés, ils ont ainsi développé une biodiversité remarquable. Peu “rentables” dans une économie moderne, ces territoires sont à préserver car, aujourd’hui, ils sont appréciés pour leur diversité. Il s’agit, aussi, de les aider tant sur le plan de la reconnaissance des particularismes que pour le main- tien indispensable du pastoralisme pour un territoire “vivant”. C’est le sens de l’engagement de Jean- Luc Chauvel, président fondateur du Collectif des races de Massif (Coram) pour une plus grande reconnaissance de cette activité “parent pauvre de l’agriculture”. Si, pour cela, la transhumance a rejoint le patrimoine mondial immatériel de l’Unesco, “il ne s’agit pas de mettre sous cloche, mais bien de porter une dynamique”, a-t-il fait part.

Ne pas mettre sous cloche

Une des chevilles ouvrières de l’inscription au patrimoine matériel de l’Unesco de la chaîne des Puys, également terre d’estives, Yves Michelin, agronome et géographe, partage cette analyse. “Il faut protéger, gérer pour que juste- ment, ces territoires restent ce qu’ils sont”, a-t-il confié. Au pied du Plomb du Cantal, à Cézens, la pratique de la transhumance et l’exploitation des estives constituent l’ADN agricole, un patrimoine commun. Mais pour le défendre, il “faut jouer collectif et regarder dans la même direction”, comme l’ont formulé Jean- Luc Chauvel et Stéphane Sautarel. Pour le sénateur du Cantal, c’est aussi “défendre une ruralité en danger en regardant de manière globale le territoire et la nécessité de conserver les services publics pour que les gens aient les moyens 

de rester ou l’envie de s’installer. C’est le rôle du politique de légi- férer en ce sens”. Car sans les hommes, il n’y a pas de territoire. Alors, avant de “vendre son âme au diable”, n’est-il pas envisageable de retrouver la valorisation des produits locaux, de développer le touristique, d’innover en adéqua- tion avec le territoire, avec des choses à faire découvrir comme ce fut suggérer de montrer le ciel étoilé comme cela devient rare, maintenant, du fait de la pollution lumineuse. Il existe même des classements pour cela.

Acteur pour maîtriser

“Les savoir-faire sont le socle du parc naturel régional de l’Aubrac”, a rappelé Marc Guibert, militant depuis plus de 30 ans pour animer et faire partager son pays. La conclusion de cette rencontre était finalement de prôner le collectif et de ne pas rester attentiste si l’on veut maîtriser son avenir ; de ne pas tout accepter mais, au contraire, de faire des choix pour rendre les choses compatibles entre pratiques agricoles, environnement, tourisme dans le but ultime de maintenir de la population. “Préserver ne veut pas dire figer”, a expliqué Marc Guibert. C’est l’exemple de la production énergétique que personne ne rejette. Mais il est indispensable de l’imaginer en adéquation avec les autres intérêts en favorisant les modèles les moins impactants pour une richesse de plus en plus recherchée : les espaces naturels.

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