Estives du Mont-Mouchet : après aménagements, l’eau retrouve son lit
La coopérative d’estives du Mont-Mouchet vient de mener des travaux sur la ressource en eau
et l’abreuvement des troupeaux. Les enjeux sont multiples sur les hauteurs de la Margeride.
La coopérative d’estives du Mont-Mouchet vient de mener des travaux sur la ressource en eau
et l’abreuvement des troupeaux. Les enjeux sont multiples sur les hauteurs de la Margeride.
Terre d'estives
Le paysage de la Margeride a bien changé, désormais couvert d’une épaisse forêt de pins, sapins et épicéas. Il est presque difficile d’imaginer que cette région granitique puisse avoir servi à la transhumance des troupeaux venus du Languedoc. De cette activité pastorale, il faut presque chercher les vestiges. La coopérative d’estives du Mont-Mouchet, à proximité d’un haut lieu de la Résistance, fait exception. Elle regroupe 13 éleveurs de la commune de Clavières. Elle s’étend sur 480 hectares entre 1 250 et 1 430 mètres d’altitude, propriété communale pour 420 hectares et propriété collective des adhérents pour 60 hectares. Huit îlots répartis sur les deux secteurs voisins de Prat-Niolat et Tombevie permettent d’accueillir, chaque saison, quelque 500 vaches laitières et vaches à viande, génisses, taries suitées et prêtes à vêler. Le règlement sanitaire autorise le “mélange” des cinq à six troupeaux en estive. Les éleveurs assurent la surveillance et les déplacements des bovins. “C’est un vrai prolongement de nos exploitations qui en permet le maintien”, témoignent Jean-Michel Vigier, président de la coopérative, et Bernard Julien, son trésorier.
Même si cette année, les températures caniculaires n’auront pas épargné cette ressources herbagères d’altitude obligeant pour la première fois à redescendre la plupart des troupeaux avant la fin du mois d’août, l’évolution climatique redonne de l’intérêt au pastoralisme( 2026 a été décrétée année mondiale du pastoralisme qui sera célébré au cours du prochain Sommet de l’élevage.).
En tête de bassin
Dans ce cadre assez général, la coopérative du Mont-Mouchet s’est lancée dans l’amélioration de l’estive de Tombevie acquise en 2021. Après avoir ouvert les parcelles en éliminant les genêts, le projet phare a porté sur l’eau en tenant compte de l’intérêt de l’abreuvement des animaux, la biodiversité et la ressource elle-même. “Nous sommes ici en tête de bassin Allier-Loire et, de l’autre côté de la crête, sur celui de Truyère-Garonne, fait remarquer Aimie Bley, chargée de projet au Conservatoire des espaces naturels d’Auvergne (Cen). Il est donc important de veiller le plus en amont à préserver la qualité de l’eau.” Le projet était aussi de concilier l’activité agricole avec la préservation de la biodiversité. “Autrefois, on le voit encore, le ruisseau de Charambel avait été modifié pour permettre l’irrigation des parcelles et dans le fond de vallon, il avait été déplacé de façon rectiligne pour au contraire assécher le terrain”, explique Anna Le Gouic, animatrice d’Auvergne Estives, association qui accompagne ce dossier. Le système d’irrigation a disparu au fil du temps. L’érosion - par un cheminement de l’eau en ligne droite et le piétinement des berges par les animaux - a accéléré la dégradation du milieu.
Remettre l’eau dans son lit
Le tracé du ruisseau a été repris sur 820 mètres, en suivant son lit d’origine, sinueux, brisant la vitesse d’écoulement. Pour ces travaux à la pelle mécanique, la fédération de pêche du Cantal a procédé à une pêche de sauvetage de 74 jeunes truites remises à l’eau au fur et à mesure de l’avancée du chantier. Des arbres ont été replantés pour qu’à l’ombre des saules et des bouleaux (420 plants), l’eau conserve sa fraîcheur et ne s’évapore pas. Les racines maintiennent les berges et favorisent l’habitat de nombreuses espèces. Une clôture de défens interdit l’accès direct aux berges. Pour l’abreuvement et l’accès aux différents îlots, des passages à gué ont été créés et des abreuvoirs installés avec un bac gravitaire complétés par la création d’un captage. Plus en amont, deux zones humides ont été placées en protection du piétinement.
Un juste équilibre
“C’est le juste équilibre entre protection de la nature et élevage, mais en fonction de l’évolution naturelle de la flore, il sera peut-être nécessaire de laisser pâturer les vaches dans ses zones pour limiter la pousse des arbres et en même temps leur permettre d’accéder à des parcelles moins impactées par les sécheresses”, souligne Aimie Bley. Ce projet de 80 000 euros a obtenu le soutien (80 %) de l’agence de l’eau Loire-Bretagne via le contrat de territoire du Haut-Allier.
“La ressource en eau dépasse le simple fait de l’abreuvement des animaux sur notre estive, considère Jean-Michel Vigier. L’eau est un bien commun avec une importance pour la faune et la flore. La valorisation de nos estives contribue aussi au maintien de nos exploitations et dans le massif de la Margeride, cela pourrait également jouer le rôle de pare-feu en cas d’incendies de forêt.”