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ÉLEVEURS BOVIN : Marina et Peter voient la vie en Brune

Marina Studer et Peter Hager ont importé à Sauvessanges (63) un morceau de leur Suisse natale, une passion dévorante pour une vache aux reflets d'argent : la Brune. Cette semaine, ils concourrent avec deux d'entre-elles au prestigieux Swiss Expo à Genève (Suisse), le premier concours laitier européen.

Un couple d'éleveurs souriant aux côtés de leur vache de race brune dans la neige.
Marina et Peter avaient prévu d'emmener Germany au Swiss Expo à Genève mais ont décidé de "laisser la place aux jeunes". Peter reste six jours sur le lieu du concours qui a lieu ce jeudi et ce vendredi.
© Mélodie Comte

À Sauvessanges, aux confins du Puy-de-Dôme, à la croisée des routes de la Haute-Loire et la Loire, plane un petit air helvète. Au Gaec Brown Swiss Farm, Marina Studer et Peter Hager, tous deux nés en Suisse, vivent de leur passion commune pour la Brune ; une vache aux pattes fines, aux traits délicats et au pelage unique aux reflets argentés. Sept ans après avoir repris hors-cadre familial cette exploitation laitière « un peu par hasard », le cheptel de 70 vaches des jeunes éleveurs, est aujourd'hui composé à 80% de Brunes. « L'objectif est d'atteindre 100% ». Ce mardi, Peter a pris la route direction Genève en Suisse pour concourir au Swiss Expo, le premier concours laitier européen où plus de 1 000 vaches sont attendues. BSF.Berline, une deuxième lactation, et BSF.Milan, dont c'est la toute première sortie en concours, ont été sélectionnées pour représenter leur élevage et porter fièrement la passion de leurs éleveurs.

 

Heureux hasard

L'histoire de Marina et Peter commence non pas en Suisse mais en Normandie où leurs parents respectifs ont acquis des exploitations laitières voisines. Après des études agricoles, tous les deux travaillent comme salariés, chacun sur l'exploitation familiale. Tous deux nourrissaient le souhait d'être à leur tour éleveurs laitiers mais « au sein d'une exploitation à taille humaine, sous AOP et surtout avec un troupeau 100% Brune » raconte Marina. Dès lors, ils n'ont de cesse de parcourir la France et de visiter les exploitations à vendre, correspondantes à leurs critères. « Nous voulions nous rapprocher des Alpes, le berceau de la Brune, mais les cahiers des charges des AOP n'acceptaient pas la race. » C'est ainsi que Marina et Peter atterrissent en Auvergne où les AOP fromagères (excepté la Tradition Salers NDLR) sont bien plus tolérantes. Après avoir épluché le Répertoire Départ Installation (RDI), les petites annonces et même le Bon Coin, ils sélectionnent plusieurs fermes et finissent par trouver leur bonheur au cœur des Monts du Forez, à Sauvessanges. « Nous avions un trou dans notre planning de visites. La mise en vente de l'exploitation venait juste d'être publiée sur le Bon Coin. Nous étions sur place. Nous n'avions rien à perdre à aller voir. » Et tout à gagner puisqu'elle se révèlera être la perle rare. Dans la zone AOP Fourme d'Ambert et Bleu d'Auvergne, la structure est en parfait état. « Les anciens éleveurs continuaient d'entretenir la ferme comme s'ils n'allaient jamais arrêter. Nous avons eu beaucoup de chance.» Marina et Peter acquièrent le bâtiment, le matériel, le troupeau laitier composé alors de Montbéliardes et Prim’Holstein ainsi qu'une maison d'habitation rénovée, proche de l'exploitation. Ils s'installent en 2017. « Nous avons juste eu à tourner la clé et c'était parti. »

Lire aussi : Portrait d'éleveuse, la Brune ne compte pas pour des prunes !

 

Sélectionneurs dans l'âme

Sept années plus tard, les jeunes éleveurs sont parvenus à faire de la Brune la race majoritaire de leur élevage. Un petit exploit puisqu'ils ont entièrement constitué leur troupeau en partant de zéro, avec l'aide toutefois des parents de Peter. « Avant notre installation, j'avais démarré une petite sélection génétique sur l'exploitation familiale en Normandie. Lors de mon départ, j'ai pu prendre mes 32 génisses Brunes avec moi et les amener ici, à Sauvessanges » raconte le jeune éleveur. Depuis, il poursuit sans relâche avec Marina le travail de sélection, dans un territoire où la race est minoritaire. « Nous faisons beaucoup de transferts d'embryons et avons recours à de la semence sexée. » Ils vont jusqu'à construire une extension à leur bâtiment pour l'élevage des veaux et des génisses. « Nous faisons du vêlage précoce à 24 mois. Les conditions doivent être optimales.» 

« Notre ligne directrice est certes d'avoir de beaux animaux mais surtout de les garder le plus longtemps possible. Ceci demande de passer beaucoup de temps avec eux. » - Marina Studer et Peter Hager.

Marina et Peter parlent d'une même voix et nourrissent indiscutablement la même ferveur à l'égard de leurs belles Brunes. « Notre ligne directrice est certes d'avoir de beaux animaux mais surtout de les garder le plus longtemps possible. Ceci demande de passer beaucoup de temps avec eux. » Un travail qui porte ses fruits puisque, fait rare, Marina et Peter ont au sein de leur troupeau, les cinq générations vivantes d'une même souche. « Swiss a été notre première vache née suite à l'achat d'un embryon en Suisse. Elle est encore vivante. C'est notre mascotte ! » Ce sont d'ailleurs ses descendantes directes, ses petites-filles, BSF.Berline et BSF.Milan qui foulent en ce moment même le tapis rouge de Swiss Expo. Pas peu fiers de leur travail, Marina et Peter tiennent d'ailleurs à l'affixe BSF pour Brown Swiss Farm, le nom de l'exploitation. « Cela permet d'identifier rapidement l'exploitation d'origine de la vache lors des concours ou après la vente. » Des vaches qui commencent doucement à construire leur notoriété. BSF.Germany (photo), la fille de Swiss, a d'ailleurs remporté le prix de Grande Championne au Sommet de l'Élevage en 2022 ainsi qu'au concours inter-régional à Aumont-Aubrac la même année. Elle était prévue au départ pour Swiss Expo mais Marina et Peter ont préféré « laisser la chance aux jeunes ». Ce concours n'est que le premier de l'année. Les éleveurs attendent la sélection pour le Salon International de l'Agriculture à Paris, le concours des Miss à Marmilhat et le Sommet de l'Élevage. « Nous voulions nous inscrire pour le concours européen en Autriche mais avec la MHE qui se rapproche (nous ne sommes pas encore dans la zone régulée), nous avons préféré nous abstenir. »

Lire aussi : Encore 33 communes supplémentaires en zone régulée MHE

 

La Brune, une question de couleur ?

En arrivant sur l'exploitation de Marina et Peter, d'aucun penserait que ces deux-là ont choisi les Brunes pour leur couleur. Ce jour d'hiver, sur un ballot de foin éventré dans la stabulation, une veste qui semble négligemment posée-là, protège des frimas de janvier un Braque de Weimar. Même le chien de la maisonnée porte cette robe mi-brune mi-argentée s'accordant parfaitement avec les Brunes.

« Elle va produire autant qu'une Montbéliarde mais contrairement à cette dernière, sa production sera plus linéaire sur sa carrière. Une Brune augmentera sa production après chaque vêlage. » - Marina Studer et Peter Hager.

Marina et Peter décrivent la vache originaire de Suisse comme « facile à travailler au quotidien, dynamique, douce et curieuse ». Toutefois, la première qualité de la Brune est de produire un lait riche, parfait pour le fromage. « Elle va produire autant qu'une Montbéliarde mais contrairement à cette dernière, sa production sera plus linéaire sur sa carrière. Une Brune augmentera sa production après chaque vêlage. » Sous ses airs délicats, la Brune demeure une vache rustique. Pas étonnant donc qu'elle intéresse de plus en plus d'éleveurs dans nos contrées où le fromage est roi. « Nous avons beaucoup de demandes pour nos vaches mais comme nous sommes en train de constituer le troupeau, nous ne pouvons pas répondre » avoue Marina. Comme quoi, la Brune, ce n'est pas qu'une simple question de couleur. Marina et Peter sont déterminés à le prouver aux côtés de leurs confrères. Il y a trois ans, ils ont participé à la création du Syndicat des Massifs, représentant la race Brune dont Peter est le président.

 

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