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Élevage en crise et ministre fantôme

Dans la crise qui secoue l’élevage, l’Assemblée générale de la Fédération nationale bovine qui s’est déroulée à Bourg en Bresse, les 3 et 4 février a pointé la responsabilité des pouvoirs publics qui n’ont pas pris conscience des difficultés des éleveurs et de l’aval de la filière qui ne joue pas la carte de la production nationale.

La délégation du Massif central au Congrès de la FNB.
La délégation du Massif central au Congrès de la FNB.
© UDSEA 63

« Vous êtes responsable en tant que ministre de la situation. Les pouvoirs publics ont tardé à prendre conscience de l’ampleur de la crise », a déclaré Jean-Pierre Fleury, le président, en accueillant le ministre de l’Agriculture au congrès de la Fédération nationale bovine qui s’est déroulé à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, les 3 et 4 février. Un congrès qui avait pris des allures de tribune libre devant les 400 congressistes venus de toutes les régions françaises pour exhorter le malaise de l’élevage bovin. La délégation creusoise, emportée par Christian Arvis, président de la section bovine, Pascal Lerousseau président de la FDSEA et coordonnateur du Berceau des races à viande, et Alain Parbaile administrateur de la section bovine, n’a pas manqué de fustiger le ministre de l’Agriculture. Accueilli sous les huées, Stéphane Le Foll a été soumis à un véritable réquisitoire. Concernant le plan de soutien à l’élevage annoncé le 3 septembre dernier et complété récemment, « les intentions sont bonnes », notamment en matière d’année blanche a convenu Jean-Pierre Fleury, mais pour préciser aussitôt « que l’argent n’est pas suffisant ». L’étiquetage de l’origine de la viande dans les produits transformés ? « Il faut mettre les moyens, notamment à Bruxelles », a conseillé le président de la FNB reprochant au ministre son manque de combativité sur le sujet. La PAC ? « La France est aux abonnés absents à Bruxelles », alors que se jouent des négociations qui conditionnent l’avenir de la viande bovine. Selon lui, la Commission européenne ne se préoccuperait que de signer des accords de libre-échange, hier avec le Canada, aujourd’hui avec les États-Unis, demain avec le Mercosur. Aux pouvoirs publics, il est également reproché de ne pas procéder aux contrôles et aux sanctions sur les manquements aux relations commerciales, comme le prévoit la loi, l’accumulation des normes et réglementations qui plombent la compétitivité des exploitations, les difficultés des déclarations PAC, le rejet des dossiers sécheresse, les lourdeurs de la méthanisation,la persistance des difficultés d’exportation liées à la FCO et la disponibilité des vaccins. Autant de sources de mécontentements auxquelles le ministre a eu du mal à répondre.

Bigard sur la sellette
Dans sa corbeille, le ministre n’avait finalement qu’un nouveau décret sur la pesée/classement/marquage pour moraliser les relations commerciales entre l’éleveur et l’abatteur. Ce texte à paraître prochainement fixera un laps de temps pendant lequel l’éleveur pourra accepter ou contester le classement de ses animaux. Surtout, le ministre a annoncé un assouplissement du régime des installations classées pour l’environnement (ICPE). Sur le modèle déjà en vigueur pour le porc et la volaille, un régime d’enregistrement va se mettre en place entre 400 et 800 places. Stéphane Le Foll a également confirmé qu’il allait publier un décret sur l’origine des viandes dans les produits transformés, sans attendre le feu vert de Bruxelles. Mais les débats se sont également focalisés à Bourg-en-Bresse sur le comportement de la filière qui ne joue pas la carte du troupeau allaitant. Et notamment du principal opérateur, le groupe Bigard, qui contrôle 40 % de l’abattage en France. Convié aux travaux du congrès, il a décliné l’invitation. « Nous voulons un nouveau modèle de construction de la valeur dans la filière qui intègre les coûts de production », a plaidé Jean-Pierre Fleury. Ainsi est-elle accusée de ne pas s’être inscrite dans une démarche de revalorisation du prix à la production, sous l’égide du ministre de l’Agriculture, au mois de juin dernier. « Aujourd’hui, il manque 60 cts/kg carcasse, soit 250 euros par animal », déplore le président. Au groupe Bigard, il est également reproché de torpiller la stratégie exportation. La plate-forme Export mise en place l’été dernier n’a, à ce jour, conclu aucun contrat. Il lui est également reproché de bloquer les travaux menés par l’interprofession sur la segmentation du marché pour mieux valoriser les viandes issues du troupeau allaitant. Et de jouer la carte des prix les plus bas.

Les jeunes agriculteurs « à poil »
Coup d’éclat des Jeunes Agriculteurs au Congrès de la FNB à Bourg. À l’issue du discours de Stéphane Le Foll, quelques membres des JA départementaux sont montés à la tribune et ont offert au ministre pour son anniversaire, un millefeuille, une pelle à tarte et un réveil rose, avant de se déshabiller. « Le millefeuille pour représenter les difficultés des jeunes agriculteurs face à l’administration et aux normes environnementales, la pelle pour le partage des marges, en espérant qu’il nous restera quelques miettes. Le réveil pour que le gouvernement se réveille, vite, parce que nous, on ne pourra pas continuer comme ça pendant des années »,a expliqué Jérôme Martin, le président des JA de l’Ain. Une manière spectaculaire de dire au ministre que les paysans se retrouvent à poil, dépouillés par la chute des cours, éreintés par la hausse des charges et les tracasseries administratives. Visiblement ému par cette démonstration plutôt sympathique, Stéphane Le Foll a indiqué que les aides ne seraient pas reprises même si les objectifs ne sont pas atteints au bout de cinq ans, les jeunes agriculteurs n’étant pas responsables de la crise agricole.

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