Du grand art à portée de tous
Le festival lancé par Vincent Pietri démocratise le “10e Art” en amenant la création dans les territoires ruraux mais aussi auprès des publics empêchés. Pour créer, mais aussi réfléchir, échanger, vivre...
Le festival lancé par Vincent Pietri démocratise le “10e Art” en amenant la création dans les territoires ruraux mais aussi auprès des publics empêchés. Pour créer, mais aussi réfléchir, échanger, vivre...
Les Croquants d’Auvergne de la biscuiterie Raynal de Trizac auront fait long feu. À peine offerts par une mamie de la commune à Vincent Pietri que les petites douceurs ont été savourées par l’équipe du festival 10e Art, qui a travaillé durant cinq jours sur le mur du centre technique municipal trizacois avec l’artiste Mélissa Follet. Une œuvre titanesque et majestueuse qui représente une loutre d’Europe en noir et blanc, vernie pour résister aux affres du temps. Tout sauf un hasard : “C’est une espèce qui est en train de repeupler les cours d’eau du Cantal, notamment en pays Gentiane, explique le directeur du festival. Comme le cingle plongeur sur les berges, ce qui témoigne de la qualité des eaux du territoire.” Il aura fallu cinq ans pour que Mélissa Follet pose sa palette dans le Nord-Cantal : “On en a discuté longtemps, trouver le bon spot et le bon environnement pour l’inviter, confirme Vincent Pietri. Et quand le pays Gentiane m’a contacté, ça l’a fait.” Ce projet s’inscrit en effet dans sa saison culturelle et a été inauguré fin mai en présence d’une foule de curieux qui ont observé, jour après jour, les étapes de la création. Et alors, ce paquet de gâteaux ? Il illustre à lui seul la philosophie de cet événement né à Aurillac il y a dix ans et qui, depuis, essaime un peu partout dans le département : “Créer une œuvre en lien avec le territoire, rencontrer du monde et laisser un témoignage.”
Un prétexte à la médiation
Un moment “ultra émouvant” pour Vincent Pietri, qui animait déjà des ateliers peinture à l’époque de Session libre et qui n’en est donc pas à son galop d’essai. L’artiste a accompagné des dizaines de ses collègues mais pas que : dernièrement, il est intervenu au CFPPA d’Aurillac avec les élèves en gestion forestière. Mais avant de passer à la pratique, les sept apprentis ont eu droit à une visite de la quinzaine d’œuvres disséminées dans la ville avant d’échanger dans les locaux d’Artopia sur “les valeurs du projet”.
Et ça, Vincent Pietri y tient : aller au-delà l’œuvre en elle-même et se projeter sur sa dimension sociétale. “J’accompagne et je transmets la réalisation. Le but est que je touche le moins possible les pinceaux. Il faut qu’ils se rendent compte qu’ils sont capables d’arriver au résultat final”, un mur du foyer recouvert de motifs végétaux. Au lycée sanflorain de la Haute-Auvergne, c’est désormais le préau qui abrite les pensées des élèves, qui ont réfléchi à “quel héritage ils ont et ce qu’ils veulent laisser”. Pas de prénom mais des petits personnages pour se représenter et marquer de son empreinte son passage dans l’établissement scolaire et transmettre le flambeau à la prochaine génération. “La peinture n’est qu’un prétexte à la médiation, à la pédagogie pour comprendre comment on illustre ses propos, comment on arrive à créer collectivement”, résume Vincent Piétri, qui a déjà accompagné plus de 2 000 élèves en une décennie.
Primaires, publics empêchés, grand air
Et ce n’est pas terminé puisqu’un dessin à peine sec qu’un autre est déjà ébauché. Direction cette fois l’école primaire des Frères Delmas à Aurillac, du 15 au 19 juin. Plus de 80 enfants de CM1 et CM2, ainsi que ceux accueillis en provenance du Ditep de Limagne, qui porte ce projet, et de l’Érea Albert-Monier, dessineront sur le mur du préau sur le thème de l’altérité pour symboliser la mixité sociale du quartier Saint-Géraud. “Les différences renforcent plutôt qu’elles ne divisent. Nous avons été à la médiathèque pour découvrir notamment le roman graphique “La ville grise”. Puis les élèves sont venus à Artopia et ont pris connaissance des œuvres de la Montade. Ce n’est pas juste un atelier de consommation qu’on va faire, c’est un vrai travail en amont pour créer un prétexte à l’échange.” Chaque enfant se représentera par une couleur et une forme géométrique et “pousseront le cadre gris, qui peut symboliser la société, par des murs colorés”. Les parents pourront découvrir cette fresque à l’occasion de la fête de l’école.
Puis direction l’Adapéi de Saint-Flour dès la rentrée où là encore, “on apporte le prétexte de la peinture pour intégrer les publics empêchés, installer une petite guinguette. À chaque fois, on va chercher les émotions chez tout à chacun”.
Avant, l’été sera chargé avec le projet d’aménagement d’un itinéraire de balade sur Aurillac, le long des berges de la Jordanne, agrémenté d’une quinzaine d’œuvres sur des murs existants. Vincent Pietri en est pour l’heure à “l’appel à soutien du tissu économique local” pour concrétiser cette première édition. En écho à l’opération de collages de dessins en centre-ville baptisée “Murmures visuels”, cette nouvelle initiative s’appellerait “Murmures meeting. Plein d’artistes seraient réunis sur un temps court, accompagnés par le public qui pourra suivre la réalisation des peintures”. À découvrir entre la Ponétie et Peyrolles.