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Discorde : Coup d’arrêt pour le projet de bâtiment du Gaec de la Pensée à Monistrol/Loire

Le Gaec de la Pensée à Monistrol sur Loire est stoppé dans son projet de bâtiment suite à un recours déposé en mairie par des voisins.

Les associés (au centre) soutenus par leurs voisins, agriculteurs ou non, sur la parcelle où le chantier de construction devrait déjà avoir commencé.
Les associés (au centre) soutenus par leurs voisins, agriculteurs ou non, sur la parcelle où le chantier de construction devrait déjà avoir commencé.
© HLP

Une dizaine de personnes était réunie ce mardi autour des associés du Gaec de la Pensée au lieu-dit Chazelle sur la commune de Monistrol/Loire. Des agriculteurs de Monistrol et de Beauzac, et des voisins de Chazelle et de Nant, ces deux villages situés à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, et qui sont aujourd’hui au coeur d’un conflit.Un bâtiment de 3 000 m2 destiné à accueillir un troupeau de moins de 150 vaches laitières est l’objet d’un différent qui oppose quelques voisins au Gaec de la Pensée, ou plutôt 3 signataires d’une lettre recommandée envoyée à la mairie pour attaquer le permis de construire -réunis dans un «collectif»- aux associés du Gaec soutenus par une majorité de leurs voisins.Élodie Giraud associée du Gaec en a gros sur le coeur : «si je ne les aimais pas, dit-elle en entendant meugler derrière elle, j’aurais tout plaquer» et son jeune frère Yohan de renchérir «à cause de quelques c…, je ne peux pas m’installer». La tension est palpable. Marie-Claire la maman se retient tout comme Bernard son mari aujourd’hui en retraite ; ils ne veulent pas montrer leur désarroi pour soutenir leurs enfants «amoureux de ce métier d’éleveur».


3 ans de travail…

Un village divisé, un projet économique en suspens, des agriculteurs désabusés… la situation est plus que tendue. Et pourtant tout avait bien démarré. En 2012, deux Gaec se regroupent. Damien Peyrard du Gaec de Chazelles s’associe à Marie-Claire et son fils Mickael du Gaec de la Pensée. Dans le même temps Elodie Giraud rachète les parts de Philippe Roubi l’ex-associé de Damien. Regroupement d’exploitations, installation d’Élodie et projet d’installation de Yohan… le nouveau Gaec de la Pensée est en plein développement. Sur 200 ha issus de la réunion de 2 sites, Chazelle et Paulin distants d’environ 8 km et séparés par le bourg de Monistrol, les exploitants font du lait. Progressivement, ils augmentent leur troupeau pour arriver aujourd’hui à 120 laitières et une centaines de génisses pour le renouvellement, plus une dizaine de vaches allaitantes. La salle de traite en 2 fois 5, devient trop petite. Le Gaec envisage de construire un nouveau bâtiment avec installation de robots de traite.Depuis 3 ans, ils travaillent sur le projet privilégiant la construction bois pour une meilleure intégration, optant pour des caillebotis avec fosse à lisier en intérieur pour limiter tout dé-sagrément, choisissant l’emplacement en fonction des accès, des réseaux, des distances réglementaires (l’emplacement est à 150 m de la parcelle constructible la plus près)… Bref, tout est réuni pour optimiser la construction. De plus par choix, les artisans sont de Haute-Loire, le maçon étant même du village.En juin 2015, leur permis de construire est accordé, le projet réunissant toutes les conditions légales.


Projet en suspens

«On est allé jusqu’au bout de notre projet. On a le permis de construire. Et on est bloqués…» lance Marie-Claire Giraud dé-samparé. En effet, cet été, une lettre recommandée envoyée en mairie a stoppé le projet. 3 voisins contestent le permis de construire mettant en avant des nuisances et critiquant un projet de cette envergure. Cette procédure met un arrêt au projet ; les associés sont à cette heure en attente d’une décision administrative.Les associés sont exaspérés pour ne pas dire désespérés, et ne comprennent pas la position de ces contestataires. Tout comme leurs voisins présents ce lundi et des agriculteurs du secteur à l’instar de André Peyragrosse délégué cantonal FDSEA de Monistrol  «C’est inadmissible. Une poignée de personnes veut mettre à mal un projet économique, le devenir de jeunes agriculteurs, d’une famille… alors qu’ils sont en règle et que leur projet est logique». Rodolphe Royon jeune agriculteur sur Monistrol est lui aussi remonté : «4 écolos-bobos veulent nous apprendre à travailler. Ils nous parlent d’écologie, mais si le lait n’est plus produit ici, où irons nous le chercher et comment sera-t-il produit ?». Gilles Jourda agriculteur également est inquiet face à cette situation : «Si on laisse faire, le risque peut s’étendre à tous les projets agricoles. Ça peut faire jurisprudence». Et André Peyragrosse d’ajouter : «Si les avis de la Mairie et de la Préfecture ne suffisent pas, alors où on va ?».Les voisins non agriculteurs sont déconcertés par cette situation : «c’est un projet tout à fait raisonnable pour 5 agriculteurs. Le bâtiment est moderne, aux normes, il facilite le travail». L’un d’eux ajoute : «Peut-on leur en vouloir de chercher à améliorer leurs conditions de travail ?». Sur la taille du projet, tous se rappellent : «dans les années 60/70, il y avait déjà 160 vaches sur les 2 villages. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une exploitation…» Quant aux griefs vis à vis des éventuelles nuisances visuelles, olfactives, ou sonores, les voisins tempèrent : «Quand on choisit de vivre à la campagne, on sait qu’on aura des voisins agriculteurs et donc des troupeaux».Et tous de reconnaître qu’au-delà du conflit actuel, c’est aussi l’unité et la sérénité d’un village qui est mise à mal. Aujourd’hui, le président de l’association du village a démissionné et avec lui de nombreux membres. Sans parler des artisans qui comptaient sur ce chantier comme le maçon qui devra compenser 2 mois de travail…Les associés du Gaec de la Pensée, pourtant soudés entre eux et soutenus par des voisins et d’autres agriculteurs, sont aujour-d’hui en situation de détresse. «Il faut que la situation se débloque», lance-t-on. Leur seul souhait : «avancer et voir leur projet aboutir». L’avenir économique de cette exploitation en dépend.

Suzanne Marion

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