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Didier Chambaron, le Cantalien tête pensante du football aux États-Unis

FOOTBALL - Directeur de la formation des éducateurs et des entraîneurs de l'US Soccer, la Fédération américaine de football, Didier Chambaron pose son regard à quelques heures du coup d'envoi du 23e Mondial. 

Un parcours hors norme, hors frontière

Après avoir fait ses gammes à l’AFC Aurillac au début des années 2000, développé son appétence football en Nouvelle Calédonie puis en Océanie, Didier Chambaron est depuis une décennie, un cadre majeur du développement du soccer - ainsi est appelé le football aux USA - au sein de la fédération américaine. À la veille de Mexique-Afrique du Sud, qui va lancer la coupe du Monde de football, le technicien cantalien pose son regard sur le ballon rond et son développement outre-Atlantique.

Vous êtes aujourd’hui directeur de la formation des éducateurs et des entraîneurs de la Fédération américaine. Avec dix ans de terrain, quel est votre regard sur l’évolution du football aux USA, notamment à travers la Major League Soccer(1) ?

Didier Chambaron :  “Ce qui me frappe, c’est la vitesse de progression du football aux États-Unis. Le sport est de plus en plus pratiqué et suivi. La MLS a énormément évolué : les stades sont pleins, les infrastructures sont de très haut niveau, les académies se professionnalisent et les clubs investissent davantage dans le développement des joueurs et des entraîneurs. On sent aujourd’hui une véritable volonté de construire une identité propre tout en s’inspirant des meilleures pratiques mondiales. Le football est désormais reconnu comme un sport majeur et fait pleinement partie de la culture sportive américaine.”

 

Vous avez déménagé de Chicago à Atlanta. Il y a une raison particulière ?

D. C. :  “Oui, principalement en raison du déménagement de la Fédération américaine vers Atlanta et de l’ouverture du nouveau centre national de performance et de formation. Cela représente une étape importante pour le développement du soccer aux États-Unis. Pour moi, c’est aussi l’opportunité d’être plus proche des équipes, des projets stratégiques et des différents départements qui vont travailler ensemble au quotidien.”

 

Longtemps, la référence du football mondial féminin a été les USA. Pourquoi cela fonctionne-t-il moins bien côté masculin ?

D. C. :  “Historiquement, le paysage sportif américain est extrêmement concurrentiel. Les meilleurs athlètes se répartissent entre plusieurs sports majeurs comme le football américain, le basket-ball ou le baseball. Chez les femmes, le soccer s’est imposé très tôt comme l’un des principaux sports de haut niveau, ce qui a favorisé sa domination internationale. Nous avons probablement aujourd’hui l’un des meilleurs championnats féminins au monde. Chez les hommes, l’écart se réduit progressivement. Les investissements, la qualité des académies, la MLS et l’exposition internationale permettent à davantage de jeunes d’évoluer dans des environnements de très haut niveau. La progression est réelle. Mais je ne suis pas certain que la comparaison permanente avec l’Europe ou l’Amérique du Sud soit très utile. L’essentiel est de voir toujours plus de jeunes jouer au football et progresser dans un environnement de qualité.”

 

Avec le Mexique et le Canada, les États-Unis organisent la coupe du Monde. Quel est l’engouement aux USA?

D. C. :  “Il est réel et continue de grandir. Il faut garder à l’esprit que les États-Unis sont un immense pays avec des réalités très différentes selon les régions. Mais partout où le soccer est implanté, on sent une excitation particulière. Cette coupe du Monde est une occasion unique de démontrer la capacité du pays à organiser un événement mondial de cette ampleur et de poursuivre le développement du football

J’espère surtout que rien, sur le plan politique ou autre, ne viendra perturber cette grande fête du sport. Le football reste probablement le sport le plus universel au monde, capable de rassembler des personnes de cultures, de religions et d’origines très différentes.”

Nous sommes à quelques heures du coup d’envoi de ce 23e Mondial. La pression monte aux USA ? Ou bien on est plutôt concentré sur la finale NBA ?

D. C. :  “Les Américains sont avant tout des passionnés de sport. Ils sont capables de suivre plusieurs grands événements en même temps. Bien sûr, la NBA occupe une place importante, mais la coupe du Monde génère également beaucoup d’attente. On ressent notamment un enthousiasme très fort au sein des nombreuses communautés issues de l’immigration. Les États-Unis sont un pays multiculturel et beaucoup de supporters suivent à la fois leur pays d’origine et la sélection américaine. Cela crée une atmosphère assez unique.”

 

Avez-vous participé, d’une manière ou d’une autre, à son organisation, même si c’est la Fifa qui la gère ? D’ailleurs, jouez-vous encore un rôle dans l’instance internationale ?

D. C. :  “Comme beaucoup de collaborateurs de la Fédération, nous contribuons chacun à notre niveau. Certains sont davantage impliqués sur les aspects logistiques et opérationnels. De mon côté, ma contribution est surtout liée au volet technique, notamment à travers l’analyse des équipes, des tendances du jeu et la réflexion sur ce que cette coupe du Monde peut apporter au développement du football américain à long terme. Quant à la Fifa, oui, je continue à intervenir comme consultant sur différents projets liés à la formation des entraîneurs et au développement technique. Je participe également à certaines commissions et groupes de travail. Pendant cette coupe du Monde, nous allons notamment analyser les tendances de jeu observées sur les différents continents. Nous avons souvent tendance à nous concentrer sur les favoris traditionnels, mais je trouve tout aussi intéressant d’étudier les équipes d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique Nord et Sud qui apportent parfois des idées nouvelles et des approches différentes du jeu.”

Les USA sont dans la poule D avec le Paraguay, l’Australie et la Turquie. Quelles sont les ambitions fixées ?
D. C. :  “La mentalité américaine est toujours de jouer pour gagner. L’objectif sera évidemment de sortir du groupe et d’aller le plus loin possible dans la compétition. L’équipe abordera ce tournoi avec respect et humilité, mais aussi avec beaucoup d’ambition. Jouer une coupe du Monde à domicile est une occasion exceptionnelle et je suis convaincu que les joueurs auront à cœur de représenter le pays avec fierté. Comme dans beaucoup de grandes compétitions, le premier objectif est de franchir la phase de groupes. Ensuite, tout devient possible.”

 

Atlanta fait partie des villes qui vont accueillir des matches. Une évidence ?

D. C. : Atlanta est devenue l’une des places fortes du soccer aux États-Unis. Le Mercedes-Benz Stadium est une enceinte exceptionnelle et la ville possède une véritable culture du sport. Même si je ne suis pas directement impliqué dans l’organisation des matches, on sent que toute la région se prépare à accueillir cet événement mondial dans les meilleures conditions. L’arrivée du nouveau siège de la Fédération et du centre national de performance renforce davantage la place d’Atlanta dans le paysage du football américain.”

 

Avez-vous gardé un œil sur ce qui se passe en Océanie  ?

D. C. :  “Je continue à suivre de près l’évolution du football dans cette région du monde. Je garde également un œil particulier sur les joueurs océaniens qui évoluent en MLS. Le Mondial sera aussi l’occasion de retrouver certains entraîneurs et collègues avec lesquels j’ai travaillé au fil des années. L’Océanie continue de progresser et apporte souvent une perspective différente sur le développement du jeu.”


Quel héritage cette coupe du Monde doit-elle laisser aux États-Unis ?

D. C. :  “Le véritable succès de cette coupe du Monde ne se mesurera pas uniquement au nombre de spectateurs ou à la qualité de l’organisation. Il se mesurera dans dix ans. Si davantage d’enfants jouent au football, si davantage d’entraîneurs se forment, si davantage de clubs investissent dans le développement des joueurs et si le football continue de s’ancrer dans la culture sportive américaine, alors cette coupe du Monde aura laissé un héritage durable. Pour moi, c’est probablement l’enjeu le plus important.”

Vous avez un favori ?

D. C. :  “Comme passionné de football, il est difficile de ne pas citer l’Argentine, la France ou l’Espagne parmi les favoris naturels. Évidemment, en tant que Français, j’aimerais voir les Bleus aller au bout. Mais ce qui rend une coupe du Monde si spéciale, c’est sa capacité à faire émerger des surprises. J’attends avec beaucoup d’intérêt de voir quelles nations sauront profiter de cette compétition pour bousculer la hiérarchie mondiale. Au-delà du vainqueur, ce qui m’intéresse le plus, ce sont les tendances du jeu, les innovations tactiques, les nouveaux talents et les histoires humaines que seule une coupe du Monde peut offrir.”

(1) L’équivalent de la Ligue 1 en France.

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