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[DIAPORAMA] Une armée d'agriculteurs soudée à Clermont-Ferrand et à Lyon

500 tracteurs et près de 5 000 agriculteurs rassemblés place de Jaude à Clermont-Ferrand, jeudi dernier. Défi relevé pour le réseau FRSEA-JA d'Aura et du grand Massif central, qui a mobilisé en masse pour obtenir des prix rémunérateurs et une PAC équilibrée. Une première somation qui en appellera d'autres « si les pouvoirs publics ne changent pas de braquet ».

 

 

Au pays des volcans, la terre a tremblé jeudi. Accompagnés des vrombissements des tracteurs, des milliers d'agriculteurs venus de l'Allier, du Cantal, de l'Aveyron, de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme, de la Lozère, de la Creuse, de la Corrèze, de la Haute-Vienne, du Lot, du Gard, de la Saône-et-Loire, de la Loire, de la Nièvre... ont battu le pavé auvergnat, sous l'oeil de Vercingétorix, pour dire à quel point leur activité est en danger. Convergeant des principales autoroutes (A75, A71, A89...), ils ont rejoint la place de Jaude en fin de matinée, tandis que d'autres collègues étaient mobilisés à Lyon (voir par ailleurs). À leur côté des élus, des salariés d'organisations professionnelles agricoles dont certaines avaient choisi de baisser le rideau en ce jour de mobilisation générale, mais aussi des acteurs du secteur comme les concessionnaires de matériels agricoles, coopératives, groupements de producteurs... Le monde de l'élevage, réuni au grand complet en somme, et plus globalement celui de ce vaste espace de polyculture-élevage « dont l'avenir pourrait être compromis par des choix politiques hasardeux », a résumé David Chauve, secrétaire général adjoint de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, et chef d'orchestre de ce vaste rassemblement clermontois. Sur les banderoles, en filigrane, le même message : le sentiment de travailler toujours davantage sans en récolter les fruits, alors qu'au bout de la chaîne, d'autres se gaffent, et comble du cynisme avec la caution des pouvoirs publics. En cause, une loi Ega bancale qui peine à aller au bout de son esprit d'origine, à savoir permettre aux producteurs d'être a minima payés aux coûts de production.

L'alimentaire grand gagnant de l'économie en 2020 sauf pour les producteurs
« Monsieur le ministre de l'Économie, comment pouvez-vous continuer à laisser quelques familles s'enrichir sans-dessus-dessous en France notamment les distributeurs en leur laissant toute la responsabilité de l'alimentation des français depuis un an. C'est un détournement d'argent qui a été fait du consommateur vers la GMS sur le dos des producteurs. 4 milliards d'euros... C'est en effet la somme qu'a engrangée la grande distribution grâce à la loi Ega en moins de deux ans. Sur les 4 milliards d'euros, beaucoup ont été à la GMS, un peu à certains industriels, très peu, voire pas du tout, ont été dans la poche des paysans. Si la loi doit être changée, elle doit être efficace. Monsieur Macron, faites-le bon choix si vous ne voulez pas devenir le fossoyeur de l'agriculture », a martelé Yannick Fialip, représentant des chambres d'agriculture d'Auvergne-Rhô­ne-Alpes et membre du bureau de la FNSEA.

Des aides PAC rabotées qui interrogent sur le modèle alimentaire de demain
Pour Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine, « les chiffres parlent d'eux-mêmes : moins de 700 euros par mois c'est le revenu d'un producteur de viande bovine, pour avoir le plus bel élevage du monde, le plus durable, qui produit une viande de qualité. On n'a plus besoin d'applaudissements, on veut des actes. Comment le Gouvernement peut-il déclarer ne pas vouloir abandonner les éleveurs de bovins viande et vouloir répondre à l'urgence de leur situation en débloquant 60 millions d'euros... tout en leur retirant quelques jours plus tard 250 millions d'euros d'aides de la PAC par an ? » Pour lui, si la feuille de route française de la PAC devait rester en l'état, ce serait ni plus ni moins un abandon de l'élevage. Une activité qui avec l'agriculture dans toutes ses composantes constituent pourtant le sel de la vie économique, social et environnemental des territoires. Jeudi, la mobilisation à Clermont et Lyon n'était en effet pas seulement celle d'une corporation. Les choix de la France engagent le modèle alimentaire de demain : produits naturels et de qualité versus alimentation de synthèse. La plupart des responsables professionnels en sont convaincus, à l'instar de Patrick Bénézit, président de la Copamac et secrétaire général adjoint de la FNSEA¹ : « c'est quoi le message du Gouvernement quand la proposition consiste à diviser par deux le montant des aides animales ? C'est que nous allons importer de la viande du Brésil dans des conditions qui sont toutes interdites en Europe et en France alors que nos concitoyens n'en veulent pas. C'est qu'on veut de la nourriture « Tricatel² » faite par Xavier Niel avec de la viande synthétique. Dans le pays de la gastronomie, on voudrait nous imposer ça, on est en droit de se poser des questions ». Invitant chacun et chacune à maintenir la pression, le réseau syndical a prévenu, d'autres rassemblements « y compris à Paris pourraient s'organiser si le Gouvernement ne revoit pas sa copie ». En fin de manifestation, la tension est montée d'un cran avec un dépôt de fumier et un gigantesque brasier allumé devant la préfecture. Les JA, particulièrement remontés par l'inertie des pouvoirs publics, ont joué des coudes avec les gendarmes mobiles, qui n'ont pas hésité à gazer la foule de manifestants. Un rendez-vous avec le ministre de l'Agriculture a été obtenu pour cette semaine.

« Nous irons jusqu'au bout ! »


À, l'heure de la conclusion de cette grande action syndicale à Clermont-Ferrand et devant 5 000 personnes, le président de la FDSEA de la Creuse Christian Arvis, apportait la voix des agriculteurs creusois : « On a tous cru aux États généraux de l'alimentation, mais on a oublié les paysans ! Quelle corporation professionnelle pourrait travailler autant que nous, sans le moindre revenu ? Nous demandons à juste titre que l'on tienne compte des coûts de production dans le prix de vente de nos produits agricoles.
Quand bien même, 60 millions d'euros ont été accordés aux éleveurs, dont on ne connaît toujours par les modalités d'attribution, cela ne résoudra pas pour autant la crise que nous subissons. Lorsque l'on voit dans le projet de la PAC, un rabotage de 250 millions d'euros sur les aides couplées, c'est vouloir assassiner élevage français.
Actuellement, il y a une installation pour 5 départs. On ne peut pas continuer comme ça.
Notre combat d'aujourd'hui, c'est d'aller jusqu'au bout et s'il faut monter à Paris nous irons. Nous avons le devoir d'aller au bout des choses ! »

AM

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