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Des stocks fourragers déjà confisqués

Le président du FMSE Joël Limousin était à Saint-Simon pour mesurer l’ampleur des dégâts et travailler sur un critère d’appréciation des pertes fourragères.

Joël Limousin a pu constater la maigreur des stocks à venir.
Joël Limousin a pu constater la maigreur des stocks à venir.
© P.O.

Ironie du calendrier : alors que s’est ouvert le Salon de l’herbe et des fourrages à Villefranche d’Allier, une édition 2022 placée sous le sceau d’une plus forte souveraineté alimentaire des élevages, Jean-Michel Fages ne peut que constater une nouvelle fois l’ampleur du désastre et la maigreur des stocks à venir. Mardi, l’éleveur de vaches allaitantes de Saint-Simon a proposé au président du FMSE (fonds de mutualisation sanitaire et environnemental) un large tour d’horizon de ses parcelles. Des prairies certes vertes qu’une vue aérienne conclurait denses ; mais foulées au pied, le verdict est sans appel : pire qu’un gruyère. Des prairies mitées par de tâches de terre, de trous et galeries. L’œuvre des rats taupiers à l’activité repartie de plus belle sur cette exploitation, sévèrement touchée par une nouvelle pullulation d’ampleur. “Sauf que cette année, on va devoir faire face sans stock d’avance”, soupire Jean-Michel Fages qui, depuis son installation en 2004, en est déjà à une troisième vague de campagnols.
La saison dernière, pourtant des plus favorables en termes climatiques, les récoltes s’étaient réduites au strict minimum en raison de prairies “déjà esquintées”, et l’agriculteur de Roudadou avait dû  acheter pour près de 4 000 € de fourrages. “Cette année, il en faudra au minimum 10 000 €”, augure l’éleveur que l’absence de pic de pullulation - contrairement aux épisodes antérieurs - inquiète. “D’habitude, on savait qu’on les avait pour 18-24 mois, là ils ne s’en vont plus”, a-t-il expliqué à Joël Limousin, invité par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs du Cantal, en associant à cette journée leurs homologues du Grand massif central(1).

Perte de rendements
et de diversité florale
Sur ses 78 hectares, l’exploitant a fait le compte, hormis 15 ha d’estives pour l’heure préservées et
5 ha de maïs, le reste est touché avec des parcelles dont le rendement ne dépassera pas les 25 % par rapport à une année “normale”. C’est le cas sur cette vaste parcelle dont la diversité et la richesse florales ont disparu, exit les légumineuses notamment, les pieds de trèfle se comptant sur les doigts de la main : “En moyenne, je fais entre 65 et 75 bottes de 260 kg, une année de rats, c’est 27 bottes mais cette année, je ne suis même pas sûr de les rentrer”, déclare Jean-Michel Fages. Jusqu’à présent, ce dernier a déployé une lutte constante contre le ravageur. Ce sont ainsi 40 ha qui ont été traités(2) au Ratron GW et au PH3 en 2021. Un traitement chimique efficace en début de pullulation, mais “après, ça explose, les rats prennent le dessus” témoigne l’éleveur, qui a déjà dû se séparer de sept vaches face à cette pénurie annoncée de fourrages (68 mères salers aujourd’hui). Des propos confirmés par le président de la FDSEA Joël Piganiol, et Simon Veschambre, président de la FDGDon, militant pour des doses et modalités de lutte pertinentes à même de faire reculer ce fléau.
Au passage, les éleveurs présents évoquent aussi les conséquences sur la santé des animaux avec l’ingestion de terre, de la terre qui vient aussi boucher le tuyau d’application des grains de Ratron lors du passage de la charrue sur des parcelles infestées.
“Ce qui m’impressionne et qui m’inquiète vraiment, c’est l’élargissement du territoire concerné, a réagi Joël Limousin, déjà venu par le passé constater la dimension du phénomène. Le Cantal, c’est vraiment le cœur de ce territoire mais ça gagne autour. Ce qui m’inquiète aussi, c’est potentiellement un cumul campagnols plus sécheresse qui pourrait être violent pour les agriculteurs. Il faut à tout prix éviter que l’élevage disparaisse dans cette région où on ne peut pas faire autre chose.”
Deux aléas, l’un climatique, l’autre lié à un ravageur(3), qui doivent pouvoir être distingués et faire l’objet de réponses différentes, estime le président du FMSE, fonds auprès duquel la profession cantalienne et du Massif central sollicite l’activation d’une indemnisation des pertes fourragères comme cela avait été le cas en 2017. L’impact de la sécheresse devant lui être traité dans le cadre du fonds des calamités qui persiste en 2022, a indiqué Joël Limousin, par ailleurs responsable du dossier climatique à la FNSEA. Mais l’un ne devra pas exclure l’autre, prévient-il : “Il ne faudra pas se faire avoir comme en 2017.” L’occasion pour Joël Piganiol d’alerter d’ores et déjà son homologue national sur un phénomène de sécheresse qui pourrait effectivement s’installer, notamment “sur la partie Est du Cantal”.

(1) Étaient présents des représentants du Puy-de-Dôme, de l’Aveyron et de Corrèze.
(2) Non traités les 15 ha d’estives, 8,5 ha situés en périmètre de captage, les 5 ha de maïs et 2,5 ha proches d’un ruisseau.
(3) Le rapprochement des cycles des campagnols et l’extension des pullulations
posant la question d’un lien avec le changement climatique, pour Joël Limousin.

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