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Des seniors qui comptent bien prendre toute leur place sociétale

Quarante-sept ans après la création des premiers clubs, les Aînés ruraux militent pour le “mieux vivre ensemble” via une réelle prise en considération des retraités.

Ateliers informatiques, peinture ou théâtre : les clubs multiplient les activités pour aider les aînés à “bien vieillir”.
Ateliers informatiques, peinture ou théâtre : les clubs multiplient les activités pour aider les aînés à “bien vieillir”.
© P.O.

Leur effectif a de quoi faire pâlir les formations et mouvements les plus ambitieux. Avec 700 000 adhérents, les Aînés ruraux, qui tiennent les 8, 9 et 10 juin leurs Journées nationales à Aurillac, constituent le plus grand réseau associatif français de personnes âgées et de retraités avec la gageure d'un "frémissement à la hausse", relève leur présidente, Janine Dujay-Blaret. Sans doute l'un des rares aspects positifs du papy boom que connaît le pays. "C'est aussi et surtout lié à l'évolution que prennent nos clubs", affirme cette dynamique septuagénaire du Tarn-et-Garonne. Les quelque 9 000 clubs doivent en effet faire preuve d'équilibrisme pour tenter de répondre aux attentes de trois générations : "Ceux qui ont presque 100 ans, et ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui viennent juste de prendre leur retraite, et tous ceux qui sont entre", développe J. Dujay-Blaret. Courtiser les tout jeunes retraités, sans froisser les plus âgés, cela suppose de briser la caricature entourant l'activité des clubs.

Ne pas rester en marge
"Faire un repas ensemble et une partie de belote, cela reste pour nous des distractions importantes pour rompre l'isolement. C'est quand même mieux que de rester seul chez soi face à son assiette, plaide la présidente. À côté de cela, les clubs ont développé de multiples activités plus d'actualité : d'ordre social notamment, mais aussi culturelles, physiques, intergénérationnelles ou encore à caractère environnemental." Ateliers informatiques, peinture ou théâtre, exposition sur des vieux métiers ou encore sur les fleurs sauvages (à l'initiative du club de Lieutadès), séances de marche nordique... les Aînés ruraux entendent rester des acteurs actifs, à titre individuel, mais aussi collectif. Et lutter contre les clivages entre générations qui ont la peau dure : "Pour nous, il n'y a pas de barrière d'âge, quand les Aînés ruraux défendent une cause, le service public, l'école, la Poste ou la boulangerie, ce n'est pas pour nous mais pour nos enfants, nos petits- enfants", fait valoir celle qui s'insurge contre l'image de retraités nantis trop souvent véhiculée à son goût par les médias. "Sans l'Apa, combien aurions-nous de chômeurs ?", interroge Janine Dujay-Blaret, qui a à cœur de faire changer ce regard porté par le société sur ses seniors. Un regard selon elle très différent selon qu'on évoque la personne âgée comme un membre de sa famille ou qu'on en parle collectivement. "Là, ça devient le papi ou la mamie qu'on juge avec un profond mépris", estime celle qui est par ailleurs vice-présidente de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. Un déficit de considération à l'égard des seniors, qu'elle rencontre également de la part des pouvoirs publics, évoquant entre autres le projet de conditionner la conduite pour les plus de 75 ans à un examen médical. "En tant que maire adjointe de ma commune, je suis écoutée, mais quand j'endosse ma casquette d'Aînés ruraux, je sens qu'on est à part", témoigne aussi Janine Dujay-Blaret. Pourtant, elle n'y voit pas forcément de la "mauvaise volonté, mais quelque chose d'ancré dans les mœurs". "Il y a des mots et des attitudes qui font très mal", poursuit-elle en faisant allusion au fait que, souvent, "on parle à notre place, comme lorsqu'on s'adresse aux enfants d'une personne qui intègre une maison de retraite et non au futur résident en tant que tel". Mais pas question pour les Aînés ruraux de se complaire dans le misérabilisme. De par leurs différentes représentations nationales et locales auprès des pouvoirs publics, ils revendiquent en premier lieu le maintien d'un système de protection sociale dans une solidarité intergénérationnelle "juste". Ainsi, au-delà du vaste chantier des retraites, la fédération nationale, reconnue d'utilité publique, milite pour des dispositifs en faveur du maintien à domicile, "un des piliers du bien vieillir", et, de fait, pour la défense des services et commerces de proximité. Un enjeu qui sera notamment abordé le 10 juin en clôture du congrès lors d'une table ronde sur le thème "Quelle ruralité pour demain ?"
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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