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Des Réunionnais formés aux technologies fromagères avant d’intégrer LFO

La CCI du Cantal et son centre de formation ont fait appel au Cnarm et à des candidats de l’île Bourbon pour répondre aux besoins de main d’œuvre qualifiée des Fromageries occitanes.

Les stagiaires et leur formateur, accompagnés de Mmes Jalabert et Français (LFO) et d’Henri Manhès (CCI).
Les stagiaires et leur formateur, accompagnés de Mmes Jalabert et Français (LFO) et d’Henri Manhès (CCI).
© UC

La Réunion, son volcan turbulent, ses plages de lave, sa cane à sucre (son rhum arrangé !)... et son chômage endémique à 25 %. Le Cantal, son volcan endormi, ses vastes prairies, ses salers... et sa pénurie de main d’œuvre. Deux territoires tricolores à plus de 9 000 kilomètres à vol d’oiseau que le réalisme économique est en train de rapprocher en permettant à l’un de combler les besoins de l’autre et vice-versa.

À l’interface de ces deux territoires : la Chambre de commerce et d’industrie et son centre de formation Le Campus devenu une référence dans le secteur de la fibre optique. Pour répondre à la demande d’entreprises locales, sous-traitantes de l’opérateur Orange, dans le déploiement de cette infrastructure numérique - le Campus s’est adjoint le savoir-faire et les compétences du Cnarm, le Comité national d’accueil et d’action pour les Réunionnais en métropole. Ce dernier favorise la mise en relation entre  les demandeurs d’emploi de l’île et les recruteurs de métropole. La réactivité de la CCI et de son outil ont déjà permis d’accueillir un premier groupe de Réunionnais en formation depuis septembre dans le secteur des services à la personne en vue de conforter les rangs de l’Ased, association qui a déjà émis le souhait de lancer un second groupe. De même que l’ADMR.

Un projet bouclé en six mois

Il y a six mois, après une première opération en local non concluante, ce sont les Fromageries occitanes (LFO) qui ont décidé de tenter l’expérience. L’industrie agroalimentaire cantalienne n’échappe en effet pas au déficit de main d’œuvre qualifiée, pénurie  renforcée par des conditions de travail pas forcément attractives avec des cadences en 3x8 comme à l’usine LFO de Saint-Mamet, où, faute de candidats, on a jusqu’à présent eu recours à l’intérim (50 postes) pour venir en renfort des 250 salariés en CDI et assurer la fabrication des 6 500 tonnes de cantal et quasiment autant de pâtes molles. “Notre objectif c’est d’avoir des personnes formées, motivées, qui aient envie de rester chez nous, sachant qu’il nous faut aussi compenser pas mal de départs à la retraite”, expose Corinne Jalabert, responsable de fabrication du site saint-mamétois.

Des besoins sur lesquels la CCI et son centre de formation ont rapidement rebondi en élaborant une formation “patrico-pratique”, sur mesure, en s’attachant les compétences de professionnels du secteur : l’Énilv d’Aurillac réputée pour ses compétences en technologie laitière et fromagère. Cette dernière a œuvré à la formalisation d’un CQP (Certificat de qualification professionnelle) de 469 heures “opérateur de production en l’industrie laitière”, dont 140 heures ont lieu dans les ateliers pédagogiques et technologiques de l’école.

Pour recruter de précieux candidats, la CCI s’est à nouveau tournée vers le Cnarm, qui s’est chargé d’opérer sur place une première sélection sur curriculum-vitae. Assistante RH à LFO, Nathacha Français a alors pris le relais en rencontrant sur place les postulants.

Un contrat à la clé

Le 21 janvier, ce sont donc douze jeunes Réunionnais (dont une femme) qui ont fait leur premier pas dans le Cantal. Une délégation qui a eu la surprise d’être accueillie par pas moins de cinq maires et de voir son quotidien facilité. Hébergés pour l’heure à l’IFPP, ils sont accompagnés par la Mission locale dans leurs démarches administratives, dans la recherche d’un futur logement adapté... “Ce qu’il faut noter, c’est la volonté de ces stagiaires de venir en métropole ; pour eux, c’est un vrai déracinement, un vrai choix de vie. Aussi, on fait en sorte de les accompagner au mieux, de leur donner envie de rester, c’est un autre ingrédient de la réussite”, affiche Henri Manhès, vice-président de la CCI.

Dans quelques mois, une fois leur certificat en poche, ils intègreront le groupe LFO en débutant leur carrière à Saint-Mamet avant peut-être d’évoluer dans d’autres unités. Quant à la CCI, elle confie être en relation avec d’autres entreprises industrielles en vue d’enclencher un dispositif parallèle.

“Une entreprise qui vient vers nous !”

Ce matin-là, Hafadhi, 23 ans, Dany, 19 ans, et Abdallah, 19 ans également, sont penchés sur une mini-cuve de fabrication qu’ils sont en train de démonter pour en comprendre le mécanisme. Depuis le début de la semaine, ils décortiquent avec Denis Vigier, leur formateur, les dessous de la technologie fromagère dans cet atelier miniature du CFPPA, un outil modulable qui permet de s’initier à la fabrication de tous types de fromages : pâtes molles, pressées, lactiques, mais aussi beurre, yaourt, crème... Alternant cours et apprentissage, ces stagiaires appréhendent l’ensemble du process de fabrication “pas  à pas” avant de s’essayer dans les conditions du réel sur différents postes de la laiterie de l’Énilv.“On s’adapte très vite, assure Abdallah, qui a travaillé dans le secteur du bâtiment. Ce sont des métiers physiques mais où l’on apprend plein de choses qu’on va pouvoir aussi utiliser dans la vie.” Une chose est sûre, abonde Dany, salarié un an dans l’automobile, “quand on mangera du fromage, on n’aura plus la même vision !” Tous trois confient le déchirement qu’a été leur départ de la Réunion. Mais tous aussi sont convaincus d’avoir fait le bon choix : “À la Réunion, il n’y a rien à gagner. Là, c’est une chance d’échapper au chômage avec une entreprise qui vient vers nous. À la Réunion, on ne verra jamais ça. Là-bas, pour trouver du boulot, il faut avoir un bon piston et encore...” Séduits par le Cantal, même s’il y fait un peu froid, ils entendent bien saisir cette chance et s’épanouir ici au moins quelques années.

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