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Des agriculteurs qui apprennent à produire leur propre carburant

Une formation proposée par la Chambre d´agriculture prouve qu´il est désormais possible et avantageux de produire et d´utiliser de l´huile végétale sur son exploitation.




La crise pétrolière a changé la donne sur la question de l´énergie. Certes, il n´est pas question pour les agriculteurs du Cantal de s´inscrire dans une filière qui aurait pour objet la fabrication et la distribution d´un carburant de substitution. Mais certains se demandent aujourd´hui s´ils ne pourraient pas produire de quoi satisfaire leur propre consommation. Ils sont suffisamment nombreux, en tout cas, pour justifier la formation que vient de mettre en place la Chambre d´agriculture. Vendredi?18?novembre,?au Rouget, ils étaient plus de vingt chefs d´exploitation, accompagnés de plusieurs techniciens agricoles, à suivre une première journée animée par un spécialiste, Pierre-Jean Borniche, responsable de l´Apaba (Association pour la promotion de l´agriculture?biologique?de l´Aveyron). Une première prise de contact pour comprendre comment produire et utiliser de l´huile végétale, mais aussi pour en mesurer l´impact économique. Une manière également de changer l´image de l´agriculteur. Il roule au carburant propre et ne court pas les primes pour compenser la flambée des cours du pétrole...

Maîtrise des charges

C´est toutefois bien sous l´angle des économies que le spécialiste a abordé son sujet. "Pour tirer un revenu de son exploitation, il faut maîtriser les charges, dont le coût de l´énergie fait partie", commence par démontrer M. Borniche. "Parallèlement, quand on produit de l´huile, on produit aussi du tourteau. Un aliment riche pour le bétail, à la traçabilité exemplaire, puisque produit sur la ferme". Mais sacrifier une parcelle pour faire pousser du colza ou du tournesol, cela ne risque-t-il pas d´avoir un impact négatif sur la trésorerie des exploitations ? Pierre-Jean Borniche est formel : le jeu en vaut la chandelle. "C´est un moyen de valoriser des jachères et une partie de l´assolement classique avec des aides?européennes",?affirme-t-il. Selon lui, un hectare suffit à être économiquement rentable. "Il permet de limiter les intrants en assurant une plus grande autonomie à la fois sur le carburant et l´alimentation des animaux". Le seul ratio qui reste variable -et dans de fortes proportions- c´est celui de la transformation. Des presses sont vendues à partir de 1 500 euros. M. Borniche en déconseille l´usage, souvent long et fastidieux, pour un résultat qui risque d´être décevant. Il préconise plutôt des formules collectives qui permettent de se doter de presses bien plus performantes et dont l´huile, qui n´a pas besoin d´être décantée, peut immédiatement être utilisée.

2 fois moins cher !

"Le prix de la production d´un litre d´huile -utilisée comme carburant- est parfois jusqu´à 2 fois moindre que celui du gasoil au cours actuel", mesure le spécialiste. Au pire, il reste plus avantageux de quelques centimes... mais il faut y ajouter les économies engendrées par la production de tourteau, valorisée par le troupeau. En fait, produire son huile devient intéressant dès que le prix du litre de carburant à base de pétrole dépasse les 0,45 euro. C´est aujourd´hui le cas et cela risque de l´être définitivement. Attention toutefois à ne pas rouler sans précaution avec ce carburant vert ! "Tous les moteurs diesel, récents ou anciens, acceptent jusqu´à un tiers d´huile sans aucune modification". Pour rouler 100 % à l´huile végétale, il faut acquérir un kit d´adaptation pour le tracteur, vendu entre 1 200 et 1 500 euros", explique Pierre-Jean Borniche. Il semble en effet que le biocarburant utilisé à froid rende les moteurs particulièrement capricieux. Il en faut visiblement plus pour décourager les 500 agriculteurs français qui ont une presse sur leur exploitation et surtout les 200 projets collectifs actuellement en gestation. "On peut très bien envisager un système collectif uniquement pour la culture, ou seulement pour le pressage des graines. Ou les deux", démontre le technicien de l´Apaba qui confie que des communautés de communes se montreraient intéressées par ce principe. Des projets collectifs pourraient voir le jour dans le Cantal. Parmi les stagiaires présents à la première journée de formation, on trouvait ainsi un représentant de lycée agricole, visiblement intéressé par le principe d´un carburant autoproduit.

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