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Races Laitières
Dans un cheptel laitier en recul, la brune et la jersiaise progressent

BGS, l'union de coopératives des races laitières brune et jersiaise, a tenu son assemblée générale nationale dans le Cantal, au siège du groupe Altitude, avant de sillonner la campagne.

Assemblée générale de BGS, structure qui regroupe les deux races et que préside le Lozérien Vincent Julhan, est une union de coopératives dans laquelle on retrouve les Éleveurs du pays vert, du groupe Altitude où s’est tenue cette année la réunion nationale, très suivie.  
© R. Saint-André

Races laitières : brune et jersiaise progressent là où le cheptel recule

Les chiffres sont là, et ils tranchent avec la tendance générale de décapitalisation du cheptel laitier. Au 31 décembre 2025, la jersiaise affichait 32 181 têtes recensées à l'identification nationale, soit une progression de 145 % en dix ans. La brune, avec 28 389 animaux, enregistrait une augmentation de 0,2 % sur la même période, quand la holstein perdait 19,6 % et que la normande s'effondrait de 35,7 %.

"Ce sont des races qui ont su tirer leur épingle du jeu." Olivier Bulot, directeur de BGS

L'explication tient en grande partie à la valorisation du lait par les taux. Dans un contexte où le prix de base a longtemps stagné à un niveau bas, les éleveurs ont cherché des leviers de plus-value.

Des taux et de la matière utile

La race brune affiche un taux butyreux moyen (TB) de 42,7 g/kg et un taux protéique (TP) de 34,9 g/kg au contrôle laitier 2025, des valeurs qui en font la deuxième race française en matière utile produite, derrière la seule holstein. La jersiaise fait encore mieux : 56,2 g/kg en TB et 39,2 g/kg en TP. Avec seulement 5 493 kg de lait produits en moyenne par lactation — contre 8 300 pour la brune — elle génère pourtant 524 kg de matière utile, soit davantage que la simmental (516 kg) qui produit 1 400 kg de lait de plus.

"Pour autant de matière utile, elle mange beaucoup moins." Olivier Bulot, directeur de BGS

À cela s'ajoute une évolution profonde des attentes des éleveurs, de plus en plus sensibles à la longévité, à la santé des animaux et à la facilité de conduite — deux critères sur lesquels brune et jersiaise marquent des points. La jersiaise présente ainsi les meilleurs taux de réussite à l'insémination de toutes les races laitières suivies par l'Idele, tant en semences conventionnelles qu'en semences sexées.


Le Cantal, terre de brune et de filières AOP

Si c'est au groupe Altitude, dans le Cantal que BGS a choisi de tenir son assemblée générale 2026, les 11 et 12 mars, cela ne doit rien au hasard. Le département est devenu le troisième de France pour les effectifs de race brune. "Il y a aussi la notion de filière AOP", souligne Olivier Bulot. La qualité fromagère de ces deux races constitue un atout stratégique dans le département où les appellations, notamment cantal et salers, ont une place prépondérante.

Des exemples d'élevages

Du côté de la brune, l'EARL de Malgorce à Saint-Martin-Valmeroux illustre cette complémentarité : l'exploitation produit du cantal et du salers AOP. La race se développe également souvent en troupeau mixte, associée à la holstein ou à la montbéliarde, mais elle fait le job à plein régime dans des élevages comme le Gaec Calmejane-Puech, visité lors de la journée d'échanges qui a suivi l'assemblée. Le Gaec du Quart d'heure démontre quant à lui les performances de la race en système pâturage.

Du côté de la jersiaise, Didier Chaumeil et ses fils figurent parmi les pionniers du département. Anthony Zanatta en augmente lui aussi la proportion dans son troupeau ; une vidéo a d'ailleurs été réalisée sur son exploitation en prévision du Sommet de l'élevage 2026.

Le retournement du marché des veaux laitiers

Longtemps pénalisées par la faible valeur de leurs veaux mâles, ces races bénéficient aujourd'hui du retournement du marché. La pénurie de veaux laitiers a changé la donne. "Le prix n'était donc pas une question de qualité", en conclut Olivier Bulot. En parallèle, les croisements viande progressent fortement : les inséminations avec semences viande ont bondi de 14,1 % en 2025 sur femelles jersiaises.


À l'export, un tableau contrasté

Sur le front de l'export, le tableau est plus contrasté. L'activité de vente de semences brune à l'international, portée par la filiale commerciale BJD, a atteint son pic en 2021-2022, à près de 486 000 € de chiffre d'affaires. Elle a depuis reculé à 406 400 € sur l'exercice 2024-2025. La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) perturbe aussi les exportations d'animaux vivants vers les marchés européens traditionnels — Suisse, Italie, Allemagne, Autriche — et les pays tiers. "On espère que cette année sera meilleure que 2025, surtout sur le second semestre qui a été très perturbé", confie le directeur.

Un critère d'avenir : la densité en matière utile

À plus long terme, Olivier Bulot est convaincu que produire un lait dense en matière utile, avec moins de volume, sera un critère d'avenir. Encore peu valorisé dans les grilles françaises, ce critère est déjà intégré dans de nombreux pays qui rémunèrent la matière utile plutôt que le volume brut. Dans ce cadre, brunes et jersiaises sont particulièrement bien placées.


À l'issue de l'AG de BGS, les participants étaient conviés à une série de visites : Gaec Calmejane Puech (brunes à Vitrac et deux robots) ; Gaec des Deux-Rivières (Lacapelle-Viescamp, jersiaises et monotraite, AOP cantal bio) ; Gaec du Quart d'Heure (Puycapel, brunes AOP et bio). Visite aussi de l'atelier Cantal salaison (Aurillac).


Le Cantal, troisième département français pour la race brune
Le Cantal compte 1 424 vaches brunes recensées (contrôle laitier et état civil), ce qui en fait le troisième département français pour cette race, derrière la Côte-d'Or et l'Aveyron. Pour la jersiaise, avec 374 vaches, le département se classe au 14e rang national. On y recense 148 éleveurs détenant au moins une vache laitière brune (60 en détiennent au moins cinq), et 53 pour la jersiaise (13 en ont au moins cinq). Trente éleveurs sont adhérents à BGS pour la brune, sept pour la jersiaise.


Jersiaise, race à l'honneur au Sommet de l'élevage 2026

vache jersiaise entre deux éleveuses.

La jersiaise sera la race à l'honneur au Sommet de l'élevage 2026, du 6 au 9 octobre. BGS y organisera le premier "Sommet jersey show", un concours interrégional inédit réunissant 80 jersiaises issues de nombreuses régions françaises, avec quelques lots également proposés à la vente. C'est la première fois que cette race occupe une telle place dans le plus grand salon européen d'élevage durable.

L'année suivante, ce sera au tour de la brune d'être célébrée au Palais des congrès de Beaune, en Côte-d'Or, pour "Lait'grands crus" (9 au 11 avril). Quelque 120 brunes de toutes les régions de France y concourront en concours national, aux côtés de 120 simmental également en national, et d'holstein et montbéliarde en interrégional — un événement qui soulignera le lien entre génétique laitière d'excellence et grands terroirs fromagers.

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