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Covid 19 : la contamination s'accélère dans le Cantal

Président de la CME de l'hôpital d'Aurillac, le docteur Kuentz décrit une nette accélération de la circulation du virus dans le département mais écarte des contaminations au sein de l'hôpital.

Depuis le milieu de la semaine dernière, le nombre de tests PCR positifs augmente (8,46 sur 100).
Depuis le milieu de la semaine dernière, le nombre de tests PCR positifs augmente (8,46 sur 100).
© P. O.

Le département fait face à une accélération de la
circulation du virus, comment l'analysez-vous ?
Docteur Mathieu Kuentz, biologiste médical et président de la CME  (commission médicale d'établissement) de l'hôpital d'Aurillac : "Oui, il y a clairement une accélération depuis le milieu de semaine dernière avec une hausse significative du taux de positivité des tests PCR (8,46 sur 100) au niveau des dépistages sur l'ensemble du département. Ce qui signifie qu'on a de plus en plus de personnes porteuses du Sars-Cov2. Mais cela est très cohérent avec les clusters qu'on met en évidence et qui sont principalement des clusters familiaux. Ce qu'il faut bien voir, c'est qu'on n'est pas du tout dans la même situation que lors de la première vague puisqu'on ne testait alors que les patients symptomatiques graves. Là, on teste tout le monde : les patients peu symptomatiques, les cas contacts ; par définition, on trouve donc bien plus de cas positifs. Ce qu'il faut à tout prix éviter, c'est la saturation des capacités des services hospitaliers. C'est la raison pour laquelle les deux indicateurs les plus suivis, c'est le nombre de patients hospitalisés et ceux en réanimation."

Pas de contamination intra-hospitalière
Où en sont ces deux indicateurs aujourd'hui (lundi 12 octobre) dans le Cantal ?
M. K. : "On a 13 patients Covid hospitalisés, dont 3 en réanimation mais deux d'entre eux devraient sortir sous peu. Sachant qu'on n'a toujours que 8 lits de réanimation."

Un cluster a été identifié à l'hôpital de Mauriac, qu'en est-il aujourd'hui de la situation dans les structures hospitalières du département ?
M. K. : "Sur Mauriac, la situation est en train de se calmer avec un cluster maîtrisé. À Aurillac, on a eu quatre cas rapprochés dans un service ; on a craint un cluster mais au final, on a pu vérifier qu'il n'y avait pas eu de contamination intra-hospitalière. Il s'agissait de gens partis en week-end dans des zones à forte circulation du virus. À l'hôpital d'Aurillac, pour le moment, il n'y a pas eu de contamination soignant/soignant ni patient/soignant. Sur le Cantal, les clusters sont le fait de l'application aléatoire des mesures barrières dans un cercle familial élargi, par exemple un anniversaire, un baptême avec 20 ou 25 personnes. Ce sont des chaînes de transmission très importantes."

Le fait que des soignants testés positifs au virus mais asymptomatiques continuent d'officier dans les services hospitaliers est difficilement compréhensible...
M. K. : "C'est une recommandation du Haut conseil de la santé publique pour tous les postes essentiels au fonctionnement de la Nation, cela concerne le système de soins, mais aussi les pompiers, gendarmes... Si ces personnels sont remplaçables, ils sont arrêtés, sinon, ils restent en poste. C'est ce qui est fait à l'hôpital d'Aurillac, en relation avec la médecine du Travail, parce qu'on a de grosses difficultés en termes de personnel. Si on se prive de ces agents asymptomatiques, cela aura un impact péjoratif en termes de fonctionnement des services. Si on les laisse en poste, c'est pour éviter de devoir fermer des services par manque d'effectifs. De plus, s'ils sont porteurs, ces agents ne sont pas malades et étant asymptomatiques (sans toux, donc sans expectoration), on considère qu'ils sont peut-être moins contaminants.
Il faut donc rassurer les Cantaliens : s'ils ont des besoins de santé, il faut qu'ils consultent la filière de soins adaptée : leur médecin, l'hôpital... Il faut en effet éviter au maximum des retards de prise en charge qui sont délétères tant pour les patients que pour la structure hospitalière car les formes plus graves vont créer une tension supplémentaire.
S'il y a bien un endroit où vous pouvez aller, c'est l'hôpital : tout le monde est masqué et on est particulièrement attentifs voire très lourds sur le respect des gestes barrières, avec par exemple l'interdiction de manger, boire le café à plus de deux, trois ou quatre selon la taille de la salle de pause.... Les seules personnes sans masque qu'on peut trouver, ce sont les visiteurs et on y fait la chasse ! D'ailleurs, s'il n'y a pas de restriction des visites, l'hôpital se réserve le droit de les interdire à ceux  qui ne respectent pas les gestes barrières."

Avez-vous pu "rattraper" le retard lié à la déprogrammation de certaines interventions durant le confinement et la première vague ?
M. K. : "Tout ce qui était urgent a été rattrapé, le moins urgent est en cours mais ce n'est pas simple, surtout pour certaines disciplines, dont le nombre de praticiens est en baisse sur le bassin d'Aurillac, c'est le cas pour le cardiovasculaire."

Y a-t-il eu, comme en mars, une réorganisation des services pour faire face à cette seconde vague ?
M. K : "Non, il n'y a pas eu de nouveau redéploiement hormis l'ouverture du nouveau bâtiment avec le plateau technique, les blocs, le déménagement de la pédiatrie..., mais c'était prévu hors Covid. On a gardé en revanche des services de médecine polyvalente avec des lits réservés au Covid : on essaie de faire "entrer" le Sars-Cov2 dans le quotidien de notre organisation, le but étant désormais de vivre avec."

Grippe : faites-vous vacciner !
On redoute beaucoup la concomitance de la pandémie de Covid et de la grippe saisonnière. Faut-il se faire vacciner contre la grippe même lorsqu'on est un sujet en bonne santé ?
M. K. : "Oui ! Dans l'absolu, si on a assez de doses, il faut que tout le monde se fasse vacciner, y compris les plus jeunes - d'ailleurs, la Société française de pédiatrie le recommande - car le taux de réussite chez ces derniers est beaucoup plus élevé : 80 % contre 50 % chez les seniors. La vaccination a un but de protection individuelle mais aussi collective en faisant barrière à la propagation du virus de la grippe car l'enjeu, c'est encore une fois d'éviter de saturer les services hospitaliers. Ce dont il faut aussi être conscient, c'est que les températures vont baisser, les liens sociaux vont forcément se resserrer avec, par exemple, des réunions ou des repas à dix dans une salle aux fenêtres fermées avec du chauffage, ce qui est beaucoup plus propice à la transmission du virus. Avec des chaînes de transmission bien plus aisées que cet été où on a vécu beaucoup dehors."

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