Machinisme
Conditionneur ou non : la Cuma des 3L garde les deux options
Deux faucheuses, deux philosophies : conditionner pour sécher vite ou préserver la valeur nutritive.Une Cuma de Châtaigneraie offre à ses onze adhérents le choix des deux options.
Deux faucheuses, deux philosophies : conditionner pour sécher vite ou préserver la valeur nutritive.Une Cuma de Châtaigneraie offre à ses onze adhérents le choix des deux options.
Une Cuma du Cantal qui optimise son machinisme pour la récolte de l’herbe
CET ARTICLE S'INSCRIT DANS UN DOSSIER RÉGIONAL SPÉCIAL "RÉCOLTE DE L'HERBE"
La Cuma des 3L s'étend sur quatre communes de Châtaigneraie, autour de son siège social, à Labesserette. Présidée par Nicolas Couderc, elle dispose de tous les outils nécessaires au travail du sol, semis, épandage de fumier, fauche, entretien des prairies, tracteurs, pelles, bétaillères... "Tout, sauf la moisson."
Pour assurer la conduite et l'entretien de ce parc de machinisme conséquent, abrité dans deux bâtiments, la Cuma emploie un salarié (à temps plein partagé) et deux autres à respectivement 200 et 900 heures. Une organisation qui, pour onze adhérents seulement, témoigne du volume de travail réalisé en commun dans le Cantal.
"On a fait le choix d’investir collectivement dans un parc complet de matériel pour couvrir quasiment tous les besoins, de la préparation du sol jusqu’à la récolte de l’herbe, avec une organisation du travail qui permet de répondre efficacement aux contraintes de chacun." — Nicolas Couderc, président de la Cuma des 3L
De 6 à 9 mètres : le saut de productivité en faucheuse
Jusqu'ici équipée de deux combinés de fauche de 6 mètres, la Cuma a fait le choix de les remplacer par deux faucheuses papillon de 9 mètres.
La logique : en passant de 6 à 9 mètres de largeur de travail, le temps à l'hectare est forcément réduit. Cela se traduit aussi par moins de passages sur le sol et une meilleure capacité à enchaîner les chantiers, un atout clé pour la récolte de l’herbe lorsque les fenêtres météo favorables sont courtes.
Lire aussi : "Il y a et il y aura de la place pour des mécaniciens-chauffeurs dans les CUMA de demain"
La Cuma s'est fixé un objectif de fauche annuelle comprise entre 800 et 1000 hectares, en maintenant un coût de revient à 20€ de l'hectare, soit le même niveau qu'avec l'ancien matériel. Une performance économique rendue possible grâce à la revente des anciennes faucheuses et au taux de subvention obtenu sur le matériel neuf.
Conditionneur ou pas : un débat technique encore ouvert
Sur le volet technique, les avis étaient divisés au moment de l'achat. Fallait-il une faucheuse conditionneuse ou non?
Une étude conduite en usage réel, le même jour sur une même parcelle, incitait à se passer du conditionneur. Certes, celui-ci permet de sécher plus rapidement, mais au détriment de la valeur nutritive du fourrage. En écrasant les tiges, le conditionneur casse également les feuilles qui concentrent une grande partie de la valeur alimentaire.
"Le conditionneur peut apporter un gain de temps au séchage, mais il a aussi des conséquences directes sur la qualité du fourrage, notamment en dégradant les feuilles, qui concentrent une grande partie de la valeur alimentaire. Les trèfles et la luzerne trop matraqués perdent leurs sucres, et à l’arrivée, cela pèse sur la performance économique globale." — Nicolas Couderc.
Résultat : à volume égal, l'herbe conditionnée coûte un peu moins cher à produire à court terme, mais réduit la marge globale à plus long terme. Selon l'étude, l'écart défavorable, lié à la qualité nutritive, est estimé à 8 000 € d'EBE par an pour 125 vaches laitières.
La polyvalence au cœur du choix de machinisme
Néanmoins, comme chaque méthode a ses adeptes, la Cuma a finalement investi dans deux outils différents : un avec conditionneur, l'autre sans.
La faucheuse sans conditionneur peut faucher à plat, en laissant l'herbe se sécher naturellement sur toute la surface coupée – idéale pour les premières coupes d'enrubannage – ou bien regrouper l'herbe en andains.
Sa vraie polyvalence tient à un ingénieux système de deux volets de part et d'autre, mis en place par l’atelier local du concessionnaire CMV (Ets Capelle à Aurillac), qui permet de constituer un andain large de 3,80 mètres.
"Avec un andain de 1,80 m, dans la configuration d'origine, l'herbe se concentre en dôme, ce qui nuit au séchage et oblige l'ensileuse à ramasser un paquet compact et irrégulier. À 3,80 m, l'herbe est mieux étalée, sèche plus uniformément sous l'effet du soleil, et l'ensileuse s'alimente de façon plus régulière et plus efficace", expliquent Hugo Nozières et Gilles Arnal, respectivement vice-président et trésorier de la Cuma des 3L.
Enfin, à noter qu'un système de patins permet de ventiler par le dessous, afin de ne pas faucher trop ras et de faciliter la repousse.
Tester, financer et acheter
Sur la faucheuse sans conditionneur, d'une valeur de 88 000 €, la Cuma a obtenu 30 % de subventions. Le caractère peu énergivore de la machine - moins exigeante en puissance tracteur - et la meilleure qualité de l'herbe produite ont constitué des arguments décisifs pour obtenir ce financement, présenté sous l'angle agronomique et environnemental autant que productif. Sur la faucheuse avec conditionneur, la subvention des pouvoirs publics n'a pas dépassé 15 % sur un montant plafonné. Soit sur les 92 000 € nécessaires à l'achat de ce matériel, une subvention de 6 000 €. Avant d'engager de tels investissements, David Poudevigne, commercial chez CMV, a proposé à la Cuma des 3L de tester le matériel sur une saison complète en location. Une faucheuse papillon a été louée pour un montant de 8 000 €, correspondant à 400 hectares facturés à 20 € l'hectare. Si la machine était finalement achetée à l'issue de la saison, la location venait en déduction du montant d'achat. Cette démarche prudente a permis à des adhérents initialement sceptiques de se forger une opinion sur la base de résultats concrets.