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Collectif de la narse de Nouvialle : dessiner l’alternative à une carrière

Jeudi 23 avril, un peu plus de 300 personnes assistaient à la présentation du projet “Planèze vivante” par le collectif de la narse de Nouvialle fermement opposé à l’ouverture d’une carrière.

des gens de dos dans une salle avec au fond un écran lumineux
La participation à la soirée témoigne de l’enjeu sur le territoire.
© b.parret

Débat et arguments

La halle de Murat affichait complet avec un public venu écouter les arguments du collectif de la narse de Nouvialle pour s’opposer “catégoriquement" à l’ouverture d’une carrière de diatomite dans la plus grande zone humide de la Planèze, “véritable réserve de biodiversité”. Mais, comme l’avaient annoncé les responsables lors de la création en 2021 de cette “association citoyenne” regroupant plus de 3 000 membres, cette action pour la préservation d’un écosystème face à des intérêts industriels doit s’accompagner d’options en faveur d’alternatives économiques et donc d’emploi. C’est cet engagement qui faisait l’intérêt d’une présentation publique en fin de semaine. Le choix de Murat n’était pas anodin. La commune abrite l’une des deux usines (l’autre se situant à Riom-ès-Montagnes) de la société Imérys dont la pérennité dépendra de l’exploitation de la narse jugée comme le plus gros gisement d’Europe. 
 

Quoi défendre?


Les Muratais voient depuis des décennies l’usine fonctionner sous leurs yeux. Ils connaissent la
plupart des salariés et pour la commune, cela représente une manne financière. 
Exploité depuis plus d’un siècle, le gisement de Foufouilloux (commune de Virargues) arrive à son terme. Pour conduire sa perspective d’un territoire vivant sans carrière, le collectif s’appuie sur un travail mené depuis plusieurs années tant sur le plan scientifique qu’économique. Spécialistes, universitaires ont ainsi apporté données chiffrées et rigueur méthodologique à son travail pour mettre autour de la table des personnes d’horizons différents, construire un argumentaire, avancer des alternatives concrètes comme a pu le découvrir l’assistance. La première partie de soirée a permis de cerner les enjeux avec un argument de poids dans le rôle futur que représente la narse face au changement climatique. C’est un réservoir d’eau d’une surface de 300 hectares. Les études présentées montrent l’évolution des températures avec pour corollaire des périodes de 
sécheresse plus prononcées. Si les précipitations restent stables, les phénomènes violents vont se multiplier alors que le débit des cours d’eau avec des étiages de plus en plus bas posera problème pour l’irrigation naturelle des terres. Or la narse permet de réguler les réserves d’eau sur le bassin de la rivière Ander et d’offrir, comme cela est aujourd’hui le cas, des prairies productives résistantes aux sécheresses. 
Alors que des alternatives à l’utilisation de la diatomée notamment comme agent filtrant (céramique, 
cellulose) se développent et que le contexte international bouleverse toutes les prévisions, sera-t-il nécessaire d’exploiter de manière irrémédiable cette ressource fossile, limitée et non renouvelable, interroge le collectif depuis sa création. Il y aura pour conséquence une “Planèze défigurée, couverte d’une poussière blanche, pénalisant les terres agricoles, la perte d’attractivité en matière de développement touristique”. Pour cette diatomée tant convoitée depuis les années 1990 le tableau qui a été dressé de l’exploitation est bien noir. 


“Démarche citoyenne”


Le collectif défend une autre voie, pour ne pas voir, selon les choix, un territoire péricliter mais, “au contraire, bien vivant”. “Notre démarche est une démarche citoyenne et responsable vis-à-vis du territoire sur lequel nous vivons et travaillons”, exposaient les responsables du collectif lors des différentes prises de parole. 
Alors venait le temps de dévoiler cette vision différente, fruit de nombreuses rencontres avec les acteurs locaux et qui pourrait faire dire dans quelques années aux habitants de la Planèze, “nous avons eu raison de nous battre pour sauver l’espace naturel et nous appuyer sur les richesses locales”. 
Le collectif propose d’apporter davantage de plus-value  à savoir l’agriculture, la forêt, le tourisme. Il s’agit de produire et de transformer sur place pour que la valeur ajoutée revienne aux habitants. Une maison du bois pour accueillir la production de nouveaux produits ou une maison de l’alimentation pour la transformation, le conditionnement et la commercialisation des produits agricoles conforteraient les filières dans la perspective de création d’emplois directs jugés sur la base de ces projets entre 60 et 80. Des emplois “en plus de ceux sauvés si la carrière ne se fait pas” (vol avec les oiseaux ou le centre Chantarisa de Coltines). 
 

Sans la carrière mais pas sans emploi


“Notre but est de sauver la zone humide pour le territoire et sûrement pas contre l’emploi et le développement économique”, répondait Anthony Marque aux salariés des deux usines d’Imérys venus témoigner de leur 
inquiétude pour leur avenir et en particulier ceux du site de Riom-ès-Montagnes. Certains habitants ont exprimé leurs craintes sur les répercussions d’un arrêt de l’activité aussi sur le commerce de la ville, la vie associative, les écoles... “C’est à nous tous, ensemble, de savoir ce que nous voulons faire de notre territoire mais pour nous, ce sera sans la carrière, concluait le collectif. Mais nous ne sommes pas seuls à décider, loin de là.” Pour cela, les services de l’État, les élus, les responsables de l’entreprise Imérys, (absents jeudi soir) et les représentants syndicaux de l’entreprise ont été rencontrés. L’exposé de jeudi soir aura-t-il convaincu l’ensemble de l’auditoire ? Le sous-préfet de Saint-Flour et le maire de Murat étaient dans la salle.

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