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Campagnols terrestres : la recherche avance dans le Massif central

Le comité de suivi recherche sur la lutte contre les rats taupiers dans le Massif central a permis d’exposer les premiers résultats des équipes scientifiques mobilisées.

Les éleveurs du Massif central le savent : le campagnol terrestre est un ennemi à ne surtout pas sous-estimer. Vivons heureux, vivons cachés, telle pourrait être la devise de ce rongeur. Car, si on est loin des phases de pullulation aux conséquences désastreuses des années antérieures, le rongeur n’a pas déserté les prairies du Cantal et de ses voisins, comme le montrent les récents constats (1) de la FDGDon sur plusieurs communes du Cézallier. « Quand on ne le voit pas, ça ne veut pas dire qu’il n’est pas là et quand on le voit, c’est déjà trop tard », ont ainsi souligné les membres du comité de suivi recherche réunis le 31 mai dernier et animé par le Sidam(2). Près de 250 individus à l’hectare ont de fait été capturés sur des parcelles pourtant exemptes de tout indice de présence fraîche, le rongeur se multipliant en sous-sol en utilisant des galeries pré-existantes, de taupe, ou d’anciennes galeries liées à une précédente pullulation. De quoi conforter, si besoin était, le leitmotiv d’une lutte régulière, à basse densité.

Les jeunes mâles contraints d’émigrer

Quatre axes de recherches, cofinancés par l’État, le Commissariat de Massif et la Région Aura, ont été définis et engagés voilà un peu plus d’un an avec la volonté de compléter la boîte à outils à la disposition des éleveurs pour lutter contre ce ravageur. Le 31 mai, les premiers résultats de ces travaux ont été présentés, dont certains viennent nuancer ou contrecarrer certains a priori sur la dynamique des populations de campagnols, ouvrant de nouvelles perspectives de lutte. Premier axe : identifier les causes du déclin, brutal, observé dans le cycle du rat taupier avec l’idée de mettre en évidence un pathogène. Les observations de l’équipe de VetAgro Sup emmenée par Adrien Pinot et mobilisée sur ce volet ont de quoi surprendre : plus la densité de population augmente, plus le campagnol est gros et lourd mais son potentiel reproducteur diminue et la végétation évolue avec un nombre de fleurs de pissenlit en baisse, relate Marie Tissot, chargée de mission au Sidam, animatrice et coordinatrice de la lutte contre le campagnol terrestre. Avec un autre constat surprenant, en haute densité, on recense deux fois plus de femelles que de mâles alors que le sex-ratio est équilibré à faible densité. Le campagnol étant une espèce territoriale, l’une des hypothèses avancées est qu’au-delà d’un certain seuil (autour de 200 mâles à l’hectare), il y a saturation et les jeunes mâles seraient obligés de migrer pour conquérir de nouveaux territoires. « Il serait donc plus judicieux de raisonner à l’échelle de la colonie et non d’une population », indique Marie Tissot.  Pour l’heure, si les clauses du déclin ne sont donc pas identifiées, ces premiers résultats n’écartent pas l’hypothèse d’un virus ou d’un autre pathogène et les recherches se poursuivent.

Un vaccin contre les spermatozoïdes

S’agissant de l’immunocontraception, l’équipe de Joël Drevet à l’université Blaise-Pascal planche sur un vaccin susceptible de rendre inefficaces les spermatozoïdes. Ce vaccin conduirait à faire produire à l’organisme des anticorps contre ses propres gamètes mâles. À ce stade les chercheurs ont identifié des protéines à la surface des spermatozoïdes sur lesquelles ces anticorps pourraient se fixer. Après avoir vérifié sur des lapins la capacité de développement des défenses immunitaires contre ces protéines cibles, il s’agit aujourd’hui de tester cette même aptitude chez le rat taupier, de mesurer leur efficacité, et le cas échéant, de trouver le moyen d’administrer ce vaccin aux campagnols.

Doper le piégeage via une signature olfactive

Troisième piste de recherche : améliorer l’efficacité du piégeage et de l’empoisonnement en ayant recours aux phéromones qui ont l’avantage d’induire une forte réponse comportementale à faible concentration. « Chez le campagnol, celles-ci sont présentes dans les urines et dans les glandes latérales, explique Marie Tissot. L’équipe de Matthieu Keller à l’Inra de Tours a mis en évidence une différence de production de protéines olfactives selon le sexe et l’individu. » (NDLR: signature olfactive) Et les chercheurs ont identifié pas moins de 78 molécules composantes des glandes latérales et de l’urine des rats taupiers. Autant de protéines dont il va falloir maintenant tester le comportement sur le campagnol, en laboratoire d’abord puis sur le terrain. Le quatrième axe vise lui à trouver de nouvelles molécules efficaces campagnolicides et éco-compatibles (lire ci-contre), avec là aussi, des résultats prometteurs. Si l’optimisme est donc permis, Marie Tissot rappelle néanmoins que le temps de la recherche n’est pas celui de l’éleveur même si les moyens financiers ont été obtenus par la profession agricole pour permettre aux chercheurs d’avancer dans les meilleurs délais.« On est sur un pas de temps pluriannuel, avec en plus des contraintes administratives et réglementaires conséquentes... »

(1) Une application mobile développée par Stéphane Vidal de VetAgro Sup permet un suivi en temps réel de l’observation des populations de campagnols. Grâce à cet outil, en 2017, ce sont 7 779 observations qui ont été réalisées sur 427 communes auvergnates.
(2) Service interdépartemental pour l’animation du Massif central qui regroupe les 16 Chambres d’agriculture du Massif central et la Chambre régionale de Bourgogne pour le Morvan.

Une bromadiolone plus (éco-)efficace

Les travaux engagés visent d’une part à augmenter l’efficacité de la bromadiolone tout en réduisant sa rémanence pour atténuer l’effet sur la faune non cible. Comment : en agissant sur la proportion des différentes molécules constitutives de la bromadiolone. Les recherches sur ce volet semblent en bonne voie.Deuxième volet : tester l’effet potentiellement anticoagulant de nouvelles molécules chimiques sur le campagnol. En parallèle l’équipe de Virginie Lattard à VetAgro Sup travaille à l’identification de résistances à la bromadiolone : qu’il s’agisse de résistance par mutation (l’enzyme cible de la bromadiolone mute) ou de résistances métaboliques (par réaction enzymatique en chaîne qui dégraderait la substance active avant qu’elle atteigne sa cible). « Les premiers résultats permettent de mettre en évidence des différences d’efficacité et de rémanence selon les molécules testées et d’envisager la création de nouvelles substances plus efficaces et éco-compatibles qui devront encore être testées in vivo », indique Marie Tissot.



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