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« Aujourd’hui, certains sont obligés de se remettre au travail »

Élu président régional de la section des anciens exploitants en février 2017, succédant à l’Ardéchois Marcel Volle, Jean-Claude Chalencon, ancien producteur porcin en Haute-Loire, revient sur les préoccupations qui animent les réunions, notamment la réforme des retraites agricoles.

Jean-Claude Chalencon.
Jean-Claude Chalencon.
© AP

À l’occasion du renouvellement des élus à la FNSEA, vous avez pris les fonctions de président de section des anciens exploitants à la FRSEA Aura. Tout d’abord, pour ceux qui ne vous connaîtrait pas encore, racontez-nous votre parcours…
J’ai 69 ans, je suis marié et père de trois enfants. J’ai été installé en production porcine, à Beauzac en Haute-Loire de 1972 à 2006. La défense des agriculteurs, j’ai toujours eu ça dans les gênes… Pendant presque 20 ans (de 1982 à 2000), j’ai été président de la section porcine de mon département et de 2000 à 2006 j’ai également présidé la commission emploi de Haute-Loire. Puis, dès l’arrêt de mon activité, j’ai été élu départemental aux anciens exploitants d’Auvergne-Limousin. Je suis plutôt fier du travail réalisé, notamment la création d’une mutuelle santé régionale depuis 2010 et du mensuel des seniors Regards d’aînés.

Comment s’organise et sur quels sujets travaille la section des anciens exploitants en région aujourd’hui ?
Nous sommes 33 adhérents dont un tiers de femmes. Nous organisons trois à quatre réunions par an pour évoquer les sujets majeurs qui concernent les anciens exploitants, ou à la chambre d’agriculture de La Tour-de-Salvagny, ou à celle de Saint-Priest-en-Jarez ou à celle d’Aubière. En région, nous sommes préoccupés par plusieurs sujets qui impactent directement notre pouvoir d’achat : le gel des retraites depuis 2013 malgré la revalorisation de 0,8 % au 1er octobre 2017. En 2018, nous avons encore subi une baisse de 3,04 % de l’indice national des fermages pour la troisième année consécutive (ramené à 130,5 cette année). Tout cela cumulé à la hausse généralisée de la CSG d’1,7 point sur les retraites, à l’augmentation du prix du gaz et de l’énergie, nous enfonce un peu plus. En section, nous évoquons aussi la question des déserts médicaux qui préoccupe dans certains départements. Par exemple, à Beauzac, village de 3 000 habitants, nous sommes restés pendant deux ans sans médecin généraliste avant qu’une maison médicale ne voit le jour.

La proposition de loi sur la revalorisation des retraites agricoles demandant de porter leur niveau minimum à 85 % du Smic a été adoptée le 2 février à l’unanimité par l’Assemblée nationale puis bloquée par le Sénat en mars dernier. La décision est donc repoussée à 2020 pour attendre la réforme des retraites et vérifier la compatibilité avec le futur texte de loi… Comment réagissez-vous à cela ?
Cela fait au moins dix ans que nous attendons la revalorisation de nos retraites de 75 % à 85 % du Smic. Comment voulez-vous vivre avec même pas 1 000 euros par mois ? (ndlr : la pension moyenne d’un retraité agricole s’élève à 730 euros par mois). Sur la totalité de ma carrière, j’ai eu des revenus très irréguliers et c’est le cas pour beaucoup d’agriculteurs. Nous demandons à ce qu’uniquement nos 25 meilleures années de travail soient prises en compte dans le calcul de notre retraite pour être sur un même pied d’égalité avec les retraités du régime général.

De quelle manière pourrait-on financer une telle mesure ? En dégageant une contribution de solidarité vieillesse complémentaire sur les revenus financiers des sociétés de la grande distribution, des banques, des assurances liées au secteur agricole de l’agroalimentaire et de l’agrofourniture, par exemple ?
C’est une idée qui avait été émise mais qui n’a jamais vue le jour. Je n’y crois absolument pas ! Je verrais plutôt une taxe sociale sur les ventes qui permettrait de financer une partie des retraites. Il va falloir trouver d’autres sources de revenus si l’on veut sortir de cette situation, mais l’État ne semble visiblement pas vouloir aller sur ce terrain là !

Que constatez-vous aujourd’hui sur le terrain ?
Ce que je constate aujourd’hui, c’est qu’il y a certains retraités qui sont obligés de se remettre au travail pour arrondir leurs fins de mois. En Haute-Loire, par la force des choses, trois anciens exploitants sont retournés aider leurs enfants dans la ferme familiale... Ils arrêteront quand ils seront trop fatigués ou malades ! D’autres sont obligés de vendre leurs terrains pour vivre convenablement.

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