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Aucun système agricole cantalien n’est épargné pas la crise

Lors de la session de la Chambre d’agriculture, le service Références a chiffré l’impact de la conjoncture sur différents systèmes agricoles. Partout, les revenus vont trinquer.

Avec un prix du lait de base qui a plongé sous les 300 €/T, la production laitière est la première impactée.
Avec un prix du lait de base qui a plongé sous les 300 €/T, la production laitière est la première impactée.
© P.O.

Un schéma vaut souvent mieux que de longs discours : vendredi en quelques diapositives, le service Références de la Chambre d’agriculture a exposé, chiffres à l’appui, l’impact délétère de la conjoncture sur le revenu des éleveurs cantaliens. Des chiffres que le commissaire européen à l’Agriculture aurait été bien inspiré de consulter avant d’écarter d’un revers de main tout concept de crise et toute hypothèse de relèvement des prix de l’intervention publique, comme il l’a fait récemment, ont dénoncé les membres de la compagnie consulaire. Yannick Péchuzal a ainsi démontré que malgré l’envolée du prix du lait l’an dernier, un système laitier spécialisé des Monts du Cantal en AOP cantal et bleu (deux associés avec 360 000 l livrés payés 394 € en moyenne sur 2014) n’a pu dégager que 1,35 Smic par unité de travail, soit à peine 18 000 € net sur l’année. Pour atteindre l’objectif de 1,5 Smic, il aurait fallu un lait payé 408 €/T.

Moins de 1,5 Smic en 2014

En système allaitant spécialisé des Monts du Cantal (70 vaches salers en croisement), l’effondrement des cours observé l’an dernier a abaissé cette même rémunération nette à 1,12 Smic/UMOF(1), soit moins de 15 000 €/an. En clair, il a manqué un minimum de 30 cts€ par kilo de viande vive pour atteindre 1,5 Smic. Quid du revenu prévisionnel des éleveurs en 2015 au vu de la dégradation des marchés, secoués par l’embargo russe, le repli de la demande chinoise en produits laitiers, etc. ? Avec un prix du lait standard qui ne devrait pas dépasser 320 € sur l’année, une exploitation laitière spécialisée de Châtaigneraie (420 000 l vendus hors AOP) va subir une érosion de rémunération nette de quelque 34 % et ce, malgré une hausse des aides Pac. Un système laitier en zone volcanique (360 000 l) engagé dans l’AOP (prévision de prix retenue sur 2015 : 354 €/T) devrait mieux résister avec une baisse de revenu “limitée” à 17,3 %. Peu ou proue la même baisse que celle établie, en allaitant, pour un élevage de 70 mères salers, tout en herbe : - 15,20 %. En porcs, Estelle Delarue a évoqué un recul de 87 % de la rémunération pour un système naisseur engraisseur avec une cotation au cadran toujours sous 1,40 €/kg. Cet état des lieux peu réjouissant - que devrait encore venir aggraver la sécheresse et l’impact potentiel du cas de FCO révélé vendredi dans l’Allier - justifie plus que jamais pour Patrick Bénézit, président de la FDSEA, un changement de posture du côté bruxellois. “Tout le monde a pris une douche froide à Bruxelles lundi dernier (NDLR : le 7 septembre). Si on veut que les gens n’adhèrent pas à l’Europe, on a qu’à continuer comme ça !”, a-t-il réagi, appelant la Commission européenne à prendre ses responsabilités et à se faire “vraie force de proposition” auprès des ministres de l’Agriculture qui doivent se réunir de nouveau cette semaine.

L’AOP, facteur de résistance

Alors que Philippe Castanier (SMSA-CR) alertait sur un prix du lait blanc tombé à 260 € pour les producteurs du GIE de Châtaigneraie, la meilleure résistance des producteurs de lait en AOP a été relevée. Chantal Cor a rappelé l’accord acté par les entreprises en 2014 en faveur d’un prix spécifique du lait AOP et l’engagement du groupe Sodiaal sur un niveau de prix AOP de 364 €. “C’est un prix objectif de début d’année, certains paramètres ont évolué qui auront un petit impact”, a tenu d’office à préciser Rémi Broncy, administrateur de la coopérative. Regrettant que seule cette entreprise ait affiché cette ambition, Patrick Bénézit a estimé que “c’est l’AOP, mais aussi le lait bio, qui feront qu’on conserve une production laitière dans nos zones”. “Il faut aller encore plus loin sur l’AOP mais il faut aussi se rappeler d’où on vient et tout le travail réalisé depuis 2009”, a pour sa part souligné le président de la Chambre d’agriculture, Patrick Escure. Une orientation soutenue par le préfet Vignon pour qui les AOP d’Auvergne peuvent être complémentaires de leurs voisines rhônalpines et bénéficier du savoir-faire de cette région, la seconde derrière l’Île-de-France en matière d’exportations.

(1) Unité de main d’œuvre familiale.

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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