Au Musée de Gergovie, l’exposition “L’Étoffe d’un Gaulois” remonte le fil de la mode antique
Entre reconstitutions, vestiges originaux et expérimentations, l’exposition "L’Étoffe d’un Gaulois" au musée de Gergovie propose une vision renouvelée d’un peuple souvent caricaturé. Elle rappelle qu’il y a plus de deux millénaires, la mode racontait déjà l’individu et son statut social.
Entre reconstitutions, vestiges originaux et expérimentations, l’exposition "L’Étoffe d’un Gaulois" au musée de Gergovie propose une vision renouvelée d’un peuple souvent caricaturé. Elle rappelle qu’il y a plus de deux millénaires, la mode racontait déjà l’individu et son statut social.
Comment s’habillaient réellement les Gaulois ? L’exposition temporaire "L’Étoffe d’un Gaulois", qui vient tout juste d’ouvrir ses portes au Musée de Gergovie, jusqu’au 7 mars 2027, propose de dépasser les clichés pour explorer, de manière scientifique et expérimentale, les usages vestimentaires en Gaule entre le Ve siècle avant notre ère et le début de l’époque romaine. « Cette immersion originale révèle un univers textile bien plus complexe qu’on ne l’imagine »assure Arnaud Pocris, directeur scientifique du musée de Gergovie. Longtemps, l’image des Gaulois s’est construite sur des représentations artistiques parfois caricaturales – l’exemple le plus parlant étant les héros gaulois Astérix et Obélix ! – et sur des sources antiques incomplètes. En effet, les textiles, matières fragiles, ont rarement traversé le temps, « l’archéologie ne nous fournit qu’une quantité infime de vestiges identifiables et exploitables », précise le directeur scientifique.
Pour combler ces manques, l’exposition a croisé des données scientifiques issues de l’archéologie, d’écrits anciens et les savoir-faire artisanaux afin de reconstituer costumes, fibres et parures. Le parcours de l’exposition suit ainsi toutes les étapes de fabrication : sélection des matières premières, filage, teinture, tissage, couture et assemblage des vêtements.
Une “boutique” pour découvrir la mode gauloise
La scénographie, conçue comme une boutique de mode baptisée "En braies et en brogues", invite le visiteur à découvrir les grandes tendances vestimentaires gauloises. On y apprend que les hommes portaient les braies – ancêtres du pantalon adoptés plus tard par les Romains – associées à une tunique et parfois à un manteau d’apparat pour les chefs. Les femmes arboraient jupes ou tuniques, tandis que les plus aisées pouvaient porter des robes tubulaires sans couture, inspirées du monde grec.
Couleurs vives, motifs et finesse du tissu participaient à marquer le rang social, soulignant l’importance symbolique du vêtement » explique Arnaud Pocris.
L’exposition remonte également le fil des techniques textiles, du cardage de la laine au tissage sur métiers verticaux, jusqu’à l’assemblage final. Les textiles retrouvés en fouille et conservés grâce à l’acidité des sols ou à l’oxydation du métal sur lequel ils étaient posés (épée, boucle de ceinture, urne funéraire…) montrent la finesse et la qualité des fils utilisés. Cela nécessitait une grande technicité sur la sélection des matières premières d’origine animale (mouton,…) ou végétale (le lin, le chanvre,...), un réel savoir-faire pour la teinture naturelle, le tissage sur des métiers verticaux à poids (pesons) et la couture.
Enfin, les reconstitutions de certaines étoffes montrent le temps nécessaire à la fabrication d’un vêtement, parfois plusieurs semaines, révélant la valeur de ces pièces, bien loin de la logique actuelle de la mode rapide.
Ainsi, la reproduction d’une tunique en laine fine de la toute fin de l’âge du Fer a demandé 5 semaines, 5 à 6 heures de travail par jour, à Marie-Pierre Puybaret, tisserande et teinturière, de l’Atelier Les Toiles Filantes.
Parures et objets de prestige
Au-delà du costume, l’exposition met en lumière la parure, notamment les bijoux en verre, objets prestigieux réservés aux élites. Fabriqués à partir de verre importé du Proche-Orient ou d’Égypte, ces bracelets réalisés d’une seule pièce, sans soudure, témoignent d’un savoir-faire unique dans l’Antiquité. Leur reconstitution, menée avec des artisans verriers contemporains, illustre la complexité technique de ces productions et le rôle des réseaux d’échanges dans le monde gaulois.
Le verre n’était pas soufflé à cette époque, il était "filé" » indique Pauline Rolland, Conservatrice du Musée de Gergovie .
Plus de 250 objets archéologiques, dont plusieurs découverts sur le territoire arverne, complètent ce parcours et témoignent des évolutions de la mode, parfois renouvelée à chaque génération, avec des formes, des motifs et des techniques en constante mutation.
Science, artisanat et animations
Pensée comme un dialogue entre science et artisanat, l’exposition "L’étoffe d’un Gaulois" s’appuie sur la collaboration de chercheurs, de l’association MOIRES (Matériaux Organiques textiles : Identification, Recherche, ÉtudeS) et d’artisans spécialistes des techniques traditionnelles de l’époque gauloise : tisserands, teinturiers et verriers.
Des animations accompagnent également l’événement, avec des ateliers textiles, des démonstrations de tissage et des présentations d’artisans, permettant au public de découvrir concrètement les gestes et savoir-faire (programme ci-dessous).
Des animations en fil rouge...
Tout au long de l’exposition temporaire, des rendez-vous en lien avec l’exposition sont proposés aux visiteurs.
Parmi les temps forts de la saison :
- Atelier en famille « Du mouton au tissu, à la découverte des textiles gaulois » :
Les mercredis 15, 22, 29 avril (vacances de Pâques)
- Fête gauloise de Beltaine :
Initiation au tissage de galons et démonstrations de filage et de tissage sur un métier vertical : vendredi 1er et samedi 2 mai
- Fête gauloise de Lugnasad :
Démonstrations par des verriers gaulois : samedi 1er et dimanche 2 août
- Atelier en famille « S’habiller à la mode gauloise » :
Les mercredis 21 et 28 octobre (vacances de la Toussaint)
- Fête gauloise de Samonios
Visites guidées, animations nocturnes et animations antiques : samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre.