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AOP d'Auvergne : “Éviter qu’on jette du lait et qu’on détruise des fromages”

Les filières AOP d’Auvergne ont été dès le milieu semaine dernière fortement impactés par l’effondrement du marché de la restauration hors foyer.Des solutions provisoires ont été trouvées.

© PO

Si jusqu’à présent, au terme d’une première semaine de confinement, la filière bovins viande a bien résisté dans son ensemble (lire en page 6), la situation s’est très vite beaucoup plus tendue pour la filière fromagère. La fermeture des écoles dès le 16 mars suivie le lendemain du confinement et de la fermeture de la restauration hors domicile a fait plonger la demande en RHF (restauration hors foyer). “Les circuits classiques de distribution des fromages AOP - notamment en crèmeries, à la coupe... - ont été complètement déstabilisés tout comme les PME qui fabriquent ces produits d’appellation, explique Michel Lacoste, président du Cnaol (Comité national des appellations d’origine laitières). Face à cet affolement, les GMS (grandes et moyennes surfaces) ont appliqué la règle du 80-20 %, elles ont prioritairement orienté leurs achats vers les opérateurs à même de fournir les plus importants volumes, aux détriments des PME dont les produits AOP sont d’avantage vendus à la coupe qu’en libre service.”
Des ventes en chute de 30 à 50 %
Conséquence, les PME et coopératives positionnées sur les appellations d’Auvergne ont rapidement vu leur demande s’effondrer de 30 à 50 % selon les informations recueillies en fin de semaine dernière. “Les grands groupes arrivent à orienter le lait vers des unités autres de transformation : de l’emmental, du beurre ou encore de la poudre, mais les PME n’ont pas cette possibilité et certaines pas de capacité de stockage”, complète Michel Lacoste.
Un fort déséquilibre entre offre et demande qui arrive au plus mauvais moment de l’année : à savoir au début du pic de collecte saisonnière de lait qui court de fin mars à début mai. “Déjà, en temps normal, on s’approche d’une saturation des outils de transformation..., constate le responsable professionnel. Mais avec une telle désorganisation des marchés, les grandes entreprises n’achètent plus de lait en externe, fermant ainsi la porte à de possibles débouchés pour les PME.”
Relancer les achats de la grande distribution
Pour faire face à ce marasme, le Cnaol a tiré la sonnette d’alarme sur les difficultés des PME auprès du Cniel (interprofession laitière) vendredi dernier en affichant la nécessité de rapidement rouvrir les rayons de la grande distribution à ces dernières. “Des contacts ont été pris avec les responsables du 4e collège créé au niveau du Cniel, celui de la distribution, qui s’est réuni vendredi soir en prenant l’engagement de faire repartir les achats auprès des PME”, relate Michel Lacoste. Un engagement confirmé dimanche soir au JT de France 2 par le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard.

Sodiaal solidaire des PME et petites coops
“Notre souci c’est d’éviter qu’il se jette du lait à l’égout et qu’il se détruise des fromages”, avance pour sa part Jean-Paul Peyral, président de la section laitière de la FDSEA du Cantal lui aussi sur le pont. Car l’une des solutions envisagées en fin de semaine dernière par les PME des filières AOP d’Auvergne était la suppression de certaines tournées de collecte. Inacceptable pour les responsables de la FDSEA. Ces derniers ont par conséquent pris contact avec l’ensemble des PME des filières(1) AOP d’Auvergne pour évaluer leurs besoins d’écoulement de lait et, parallèlement, ont sollicité les grands groupes laitiers, notamment Sodiaal et Lactalis pour étudier leur possibilité d’absorption de ces volumes en excédent.
Samedi soir, suite à une discussion avec Thierry Roquefueil, président de la FNPL et du Cniel, Damien Lacombe, président du groupe Sodiaal, a donné son aval à l’achat d’un certain litrage de lait pour cette semaine (du 23 au 27 mars) mais sans pouvoir s’engager au-delà. Un volume qui a ensuite été réparti entre les différentes coops et PME associées par téléphone. “Ça s’est bien passé, se félicite Jean-Paul Peyral. Certains transformateurs avaient déjà trouvé des solutions et ont préféré passer leur tour.” Néanmoins tous les besoins n’ont pu être couverts mais c’est déjà un précieux bol d’oxygène apporté cette semaine. “Il faut remercier Sodiaal pour sa solidarité, aujourd’hui on fait appel aux autres grands groupes, et notamment à Lactalis, pour prendre aussi le relais”, affiche Jean-Paul Peyral rappelant que ce sont quatre semaines de forte tension qu’il faut anticiper et gérer. Un appel est aussi lancé aux pouvoirs publics “pour qu’ils prennent conscience de la situation”, complète Michel Lacoste.
P. Olivieri
(1) Coop de Saint-Bonnet-de-Salers, coop de Planèze, Thérondels, Neuvéglise, Paulhac, fromageries Duroux, Condutier, Thuaire, Dischamps, GIE Châtaigneraie, entreprises Charrade et Bonal.

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