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AGRIBASHING : "L'objectif n'est pas de convaincre un vegan de manger de la viande"

Agribashing - Invité hier de la fédération Cantal de Groupama d'Oc, le politologue Eddy Fougier a livré son analyse sur ce courant de dénigrement de l'agriculture et les parades à y apporter.

Des agriculteurs excédés et blessés par un déferlement de critiques sur leurs supposées pratiques.
Des agriculteurs excédés et blessés par un déferlement de critiques sur leurs supposées pratiques.
© UE

Comment réagir à l'agribashing ? À ce sentiment d'un acharnement à l'encontre de l'agriculture et de ceux qui nourrissent leurs concitoyens ? À ces critiques systématiques qui semblent déferler dans les médias et sur les réseaux sociaux fustigeant les pratiques de la ferme France ? La première préconisation d'Eddy Fougier aux éleveurs cantaliens est d'imiter iguanes et serpents : des animaux... à sang froid. "Il faut analyser à froid la situation, prendre du recul ; ne pas être dans la réaction émotionnelle, plaide le politologue et consultant qui intervenait hier à l'assemblée générale de la fédération cantalienne de Groupama d'Oc. Il est important de remettre l'église au milieu du village, de faire un travail de fact checking (vérification des faits, ndlr) sur les chiffres avancés par les détracteurs, pour essayer de lutter contre les contre-vérités."

Éviter la contagion
Une mission qui incombe selon lui aux instances agricoles, aux journalistes spécialisés, aux scientifiques et autres tiers de confiance. Deuxième conseil : tourner le dos à la tentation de croiser le fer sur les réseaux sociaux ou par invectives médiatiques interposées : "On confond les objectifs et les moyens, explique l'intervenant L'objectif, ce n'est pas de convaincre un vegan de manger de la viande ou Jean-Luc Mélenchon de prendre sa carte à la FNSEA !
Ce n'est pas de faire taire les critiques, elles existeront toujours, mais de faire en sorte qu'elles ne deviennent pas contagieuses auprès du grand public." C'est donc là tout l'enjeu et chacun depuis son étable ou au milieu de ses prairies a son rôle à jouer dans cette partition pour faire vibrer à l'unisson agriculteurs et citoyens. Comment ? Si Twitter permettra de toucher la sphère VIP (journalistes, politiques...), les comptes d'agriculteurs/trices restent - sauf à de très rares exceptions - une nanoparticule dans l'océan de la toile. Youtube ? L'audience d'une video sera plus importante mais l'expérience montre que la majorité des abonnés de ces images agricoles viennent eux-mêmes du monde agricole.

Rien de tel que des fermes ouvertes
La parade ? Revenir au bon vieux présentiel, assure Eddy Fougier : magasins de producteurs, agritourisme, portes ouvertes sur les fermes... : une communication directe entre l'agriculteur, ses voisins, les touristes, les écoliers... "Pour moi c'est la clé !", avance le consultant. "Une visite de ferme, c'est le plus efficace : montrer la réalité, en particulier en élevage, permet de dépasser tous les préjugés." 
D'autant qu'il l'assure : les a priori des Français sont tout sauf dogmatiques, ils découlent d'une méconnaissance(1).
Et c'est là le second grand enseignement d'Eddy Fougier : les Français font confiance aux agriculteurs. Et cela ne date pas de l'après-confinement. "L'enquête annuelle menée par l'Ifop depuis 1999 révèle qu'en moyenne, 74 % des Français font confiance aux agriculteurs, c'est un peu descendu au moment du scandale des lasagnes à la viande de cheval mais c'est remonté depuis", relate le politologue.
Réagir... à froid
Ce dernier invite ainsi à bien distinguer d'un côté le battage médiatique anti-viande, anti-phytos, anti-agriculture conventionnelle, anti-bassines... alimenté par des associations militantes environnementalistes (Générations Futures, Greenpeace...) et/ou antispécistes (L214...) et relayé par des éditorialistes, journalistes (au premier rang desquels Élise Lucet), artistes, candidats à la Présidentielle... Et d'autre part l'opinion de la société.
Si cette dernière continue de poser un regard bienveillant sur les agriculteurs, elle ne s'interroge pas moins sur leurs pratiques, l'impact sur la santé de la consommation de viande, de l'usage du glyphosate... "Vu de l'extérieur, les agriculteurs ont l'impression que ce que dit L214 correspond à ce que pensent les gens, ça n'a rien à voir. Il faut arrêter de focaliser sur cette association", milite le consultant.
Prendre du recul vis-à-vis de ces critiques à répétition mais apporter des réponses aux questionnements des citoyens et consommateurs en étant habile : "Il s'agit de répondre au consommateur et mangeur, sans fâcher le citoyen", affirme le consultant, relayant le dilemme que chacun de nous héberge : le consommateur en nous revendique de la praticité avec une barquette de viande de la bonne taille, facile à cuisiner, le client aimerait qu'elle ne soit pas trop chère, le mangeur qu'elle soit goûteuse et le citoyen... que son mode d'élevage respecte le bien-être animal et la planète !  

(1) Ainsi si seuls 17 % des Français peuvent définir clairement ce qu'est l'agroécologie, plus de 80 % jugent que c'est ce vers quoi il faut tendre...

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