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Laiterie Garmy
4 mois de survie pour Garmy mais encore 4 mois de supplice pour les éleveurs !

Le 31 août dernier, soutenus par la Fdpl, l’Udsea et JA du Puy-de-Dôme, les producteurs ont attendu devant les portes du Tribunal de Commerce la décision des juges sur l’avenir de l’entreprise.

Les 35 producteurs laitiers de la laiterie Garmy espéraient la délivrance. La fin d’une histoire où ils ont été durant plusieurs mois « les dindons de la farce». Malheureusement, le Tribunal de Commerce n’a pas vu les choses sous le même angle. Le 31 août dernier, les juges ont décidé de prolonger de quatre mois la période d’observation de la laiterie Garmy. Un verdict que craignaient les éleveurs mais qu’ils n’auraient jamais imaginé atteindre. La quarantaine d’agriculteurs présents devant les portes du tribunal ont vu en quelques mots leur cauchemar se prolonger. Encore quatre mois à vendre le lait à perte alors que cela dure depuis plus de huit mois.

 

Le gouffre ne se rebouchera pas

La dette d’Alain Garmy n’a donc pas fini d’atteindre des sommets ! L’entrepreneur doit déjà près de 530 000 € à ses producteurs. Il n’a pas payé le lait de juin et de juillet ! Des calculs d’apothicaires qui ont permis à l’entreprise une amélioration de sa trésorerie cet été d’où la décision du tribunal. Cependant, le prix à payer aux producteurs est lourd. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ont cessé de compter. Ils savent qu’ils ne reverront jamais l’argent perdu. Alors, la colère monte. Dans le cortège de manifestants, les paroles sont lourdes de sens. « Ils (Ndrl : les juges et Alain Garmy) ne se rendent pas compte que nous avons des familles à faire vivre » crie un producteur, alors qu’un autre répond « nous n’avons plus d’avenir». Sabine Tholoniat, présidente de l’Association des Producteurs Garmy ainsi que Denis Guerin, vice-président ont du mal à y croire.

Le 10 août dernier, ils manifestaient devant la laiterie pour maintenir la pression et éviter ce genre de décision. « Ce que nous craignions est arrivé » explique Denis Guérin qui tient à rappeler que cette situation est le résultat « de la mauvaise gestion de l’entreprise. » Le vice-président imagine déjà les mois à venir. «Le mois de janvier va être difficile à atteindre. Nous traînons les gamelles du printemps, voilà que viendront s’ajouter celles de ces quatre mois supplémentaires. »

 

Des engagements fragiles

Les éleveurs ne savent pas à quoi s’attendre. Sabine Tholoniat qui a assisté à l’audience rapporte qu’Alain Garmy s’est engagé verbalement à acheter le lait au prix Criel. Un plan de continuation a d’ailleurs été évoqué. Ce dernier prévoit le licenciement de 8 salariés ainsi que la diminution par deux de la quantité de lait achetée aux éleveurs. « Toutes nos exploitations ont été créées et développées pour produire les quantités actuelles. Nous n’allons tout de même pas régresser alors qu’il n’y a aucun avenir dans cette entreprise » témoigne Sabine Tholoniat. La productrice a bien du mal à contrôler sa colère après l’annonce du verdict. Selon elle et beaucoup d’autres éleveurs, la décision est plus politique qu’économique. Tous pensent la même chose : « nous n’avons pas été écoutés ». Le jugement apparaît alors comme une exécution publique puisque « 27 chefs d’entreprises sont sacrifiés pour en sauver un seul » hurle aux manifestants Pascal Servier, président de la FDPL. Cette triste histoire devient aussi célèbre que la fable de La Fontaine « Le Pot de terre et le Pot de fer ». Espérons que les rôles s’inversent avant qu’il ne soit trop tard.

 

Garmy, le tribunal de Commerce de Clermont ouvre la boîte de Pandore

La curiosité vendredi dernier n'était pas de savoir ce que le tribunal de commerce de Clermont-Ferrand déciderait mais bien comment il essaierait de le justifier et de le faire accepter aux producteurs.

Au regard de plusieurs interventions et appels nous avions déjà compris que les dés étaient jetés. La pression politique de la comptabilité simple du nombre d'emplois en jeu, les jérémiades d'une entreprise sans ambition et sans avenir et un rapport bâclé transformant une dette due aux producteurs en trésorerie consolidée ont eu raison de la réalité économique et de la menace qui pèse sur les exploitations agricoles et leurs familles.

Il est plus qu'évident que nous n'en resterons pas là. Il n’est pas question d'abandonner.

Le danger est sûrement dans les détails. La boîte de Pandore est entrouverte. En prolongeant le calvaire des producteurs, le tribunal donne un signal : demain une entreprise de transformation laitière pourra fixer son prix d'achat du lait sans concertation avec ses fournisseurs, sans autre forme de procès, même si le motif est l'incompétence et le manque d'ambition.

Finalement nous nous souviendrons peut être de Garmy, non pas pour la grandeur de son œuvre, mais plutôt pour la jurisprudence qu'il crée, pour le bonheur des entreprises et le malheur des producteurs.

Aujourd’hui nous devons être encore plus solidaires avec ces producteurs. Cette menace est une réalité pour eux et d'autres comme ceux de Terra Lacta. Elle sera le nôtre demain si nous ne resserrons pas les rangs.

Le 31 août 2012 doit très vite devenir une date à oublier.

 

Pascal Servier

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