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Un Caméléon venu du froid

L’agriculture biologique continue de se développer dans le nord de l’Europe, et avec elle se confirme la nécessité d’avoir des équipements performants. Présenté avant tout comme une machine au service d’une agriculture productive, le Caméléon permet de semer, biner et fertiliser avec une seule et même machine.

<em class="placeholder">Semoir Caméléon</em>
L’essieu directeur du Caméléon lui permet de suivre les courbes et ainsi de garder le même espacement entre rangs, malgré la disposition des éléments sur deux rangées.
© SOIL AND SEED COMPANY

En agriculture biologique, la gestion du salissement et de la fertilité sont des préoccupations de chaque saison. Le désherbage mécanique par le labour (le plus souvent), les faux semis, et les hersages ou binages pendant la culture demandent d’être réactif pour savoir intervenir au bon stade, et de la rigueur et de la précision pour affiner le réglage des outils car il n’y a pas de rattrapage possible. Chaque opération va influencer l’état du sol en l’asséchant à la profondeur travaillée, en favorisant la minéralisation par son aération, et en fragilisant la surface du sol par son affinement. Développer la fertilité de ses sols en agriculture bio c’est donc parfois un casse-tête : la propreté des parcelles est incontournable pour obtenir de bons résultats techniques, mais le système doit permettre à long terme de développer la structure et la vie du sol.

Naissance du Caméléon

En Suède, lorsque Lars Askling reprend la ferme familiale de 180 ha en agriculture biologique, il n’est pas satisfait de la gestion de l’enherbement. Dans ses terres argileuses, le désherbage mécanique n’est pas évident. En sortie d’hiver, les bineuses ont du mal à rentrer ou bien les dents sont trop souples pour couper les chardons. Les printemps secs ne sont pas favorables à la minéralisation et les apports de fertilisants organiques ne sont pas valorisés. Lars se dit qu’idéalement, il faudrait pouvoir les enfouir. En plus de cela, les fenêtres idéales pour intervenir sont courtes ; il a besoin d’augmenter son débit de chantier tout en gardant le même tracteur (travailler plus large ou plus vite ?). Son cahier des charges était donc contraignant ! L. Askling s’est donc mis en tête de développer une machine capable de semer, de biner précisément, et puisqu’elle aura une trémie, elle pourra également localiser de l’engrais ou sous semer des couverts.

« La machine au service de l’Homme », c’est dans cet état d’esprit que le Caméléon a été mis au point en 2009. C’est un système modulaire construit autour d’un châssis semi porté, sur lequel les éléments sont répartis sur 2 rangées. Les éléments sont sur parallélogramme, avec une dent pour semer ou biner, et une roue de jauge à l’arrière. La pression sur l’élément peut être modulée de 0 à 90 kg suivant le type de sol et les conditions de travail. La profondeur de travail se règle par la rotation des poutres du châssis.

Le semis

En agriculture biologique, l’écartement entre les rangs est autant une question qu’en ACS ! En ACS, on a augmenté la distance entre rang pour passer dans des pailles ou des couverts, ce qui nous a poussé à chercher des multiples entre les rangs des cultures en ligne et celles des cultures sarclées pour faciliter le semis ou localiser le trafic. En AB, on cherche un compromis entre la couverture du sol et la capacité à désherber. Plus les rangs sont écartés, plus la couverture du sol est tardive, mais en contrepartie, on bine une surface plus importante de la surface de la parcelle ! Forcément, on a aussi moins de pièces travaillantes quand on sème à 25 plutôt qu’à 12,5 cm, ce qui coûte potentiellement moins cher.

Dans certaines situations de sol ou de culture, le semis à 25 cm (ou même à 30 cm) peut paraitre limitant pour le rendement ou la couverture du sol. Avec le Caméléon, on peut semer une bande d’une dizaine de cm de large ; on se trouve alors dans une position intermédiaire : il n’y a plus que 15 cm d’inter-rang à couvrir, et on réparti davantage les plantes sur le rang. Pour la plupart des utilisateurs, les rendements n’ont pas baissé en passant à 25 ou 30. En rang simple à 25, on crée un « priming effect » davantage favorable à la croissance des plantes qu’un simple rang à 12,5 ou 15 cm. Dans la pratique, les utilisateurs arbitrent entre semis en bande à 30 cm ou semis en rang simple à 25 suivant le niveau de salissement de leur ferme et des cultures présentes. Les agriculteurs cultivant des blés anciens par exemple préfèrent semer à 25 car ils sont moins couvrants. Au nord de l’Europe, de nombreux producteurs bio sèment les féveroles à 50 d’écartement ; ils sèment donc la plupart des cultures à 25 (1 rang sur 2). L. Askling préfère semer une bande tous les 30 cm et biner avec un soc large, quitte à couper quelques talles au bord des rangs. En fait le même soc semeur peut être équipé d’ailettes de largeurs différentes, et d’un diffuseur qui positionne la graine en rang ou bien en bande. On peut ainsi semer un rang simple en binant, jusque 20 cm de large. On peut aussi biner en semant une bande de grosses graines avec des petites graines à la surface. De quoi satisfaire un large éventail d’itinéraires !

Biner

L’idée de biner et semer avec la même machine est de passer dans les mêmes traces, et ainsi d’avoir la même « imprécision ». Dans les cas classiques où on sème et bine en 3 m, on est dans les mêmes traces, mais le débit de chantier est faible. Pour remédier à cela, on peut biner en 6 mais il faut 2 caméras (une sur chaque module de 3 m), et le tracteur ne roule plus dans les traces de celui qui sème. Ces machines portées sont aussi assez lourdes. Le coût d’une telle bineuse rend l’investissement important, et si on veut être vraiment précis, il faudrait que tout le monde sème avec le même semoir ! En proposant une machine capable de semer et de biner en grande largeur avec une faible puissance (un 120 ch emmène 8 m), le Caméléon permet de gagner en vitesse d’exécution et en précision.

Le châssis est muni de vérins qui permettent de déplacer les deux rangées d’éléments entre les rangs de la culture. Au travail, une caméra surveille les rangs et commande la translation latérale du châssis. Le châssis peut se déplacer de 25 cm au total soit 12,5 cm de chaque côté.

Avec une seule dent par inter-rang, le Caméléon est capable de biner dans les sols durs, grâce à des dents fines (12 mm) et rigides qui ne bougent pas latéralement. Cette rigidité au travail permet aussi de travailler plus rapidement qu’une bineuse classique.

Afin de suivre les rangs, le Caméléon est équipé d’un essieu directeur qui confère à la machine semi-portée une plus grande maniabilité. Lors des demi-tours en bout de champ, le Caméléon passe dans les roues arrière du tracteur, ce qui minimise les dommages sur la culture.

Fertiliser

En bio les apports en végétation ne sont pas évidents à valoriser. En effet pour que les bouchons d’engrais organique se décomposent et que les éléments soient rendus disponibles, le sol doit être humide et les températures douces. On a plus souvent l’un sans l’autre que les deux réunis ! Grâce à la capacité de pénétration de la dent et au suivi du sol permis par le parallélogramme, le Caméléon permet de placer les bouchons en profondeur, dans une zone humide. La minéralisation ainsi permise et le placement idéal à proximité des racines, améliorent nettement le retour sur investissement de la fertilisation. Les engrais organiques étant peu concentrés en éléments fertilisants, la quantité utilisée est importante et dépasse les capacités d’une distribution classique avec doseur et tête de répartition. Le Caméléon est donc équipé de doseurs unitaires à transport pneumatique : chaque moitié de semoir a sa rangée de cannelures et chaque rang a sa cannelure. Ce système permet de distribuer jusque 1T/ha si besoin ! Certains utilisateurs l’utilisent ainsi comme enfouisseur, avant de semer une culture de printemps par exemple.

L’agriculture biologique s’appuie sur la culture des légumineuses pérennes et des prairies temporaires. En Europe du Nord, de nombreux utilisateurs tirent parti de la précision de semis du Caméléon pour semer du trèfle dans la céréale avant la fermeture des rangs. Ainsi lors de la moisson, le trèfle est déjà présent et se développe plus rapidement. C’est une idée qui n’est pas nouvelle, mais lorsqu’on essaie cela en semant le trèfle à la volée puis en recouvrant avec un passage de herse étrille ou de houe rotative la réussite est assez … aléatoire, ou bien disons plutôt que toutes les conditions doivent être réunies (sol friable, petite pluie derrière). A l’image des couverts végétaux que l’on sème au semoir à dent, sous semer avec un vrai semoir fiabilise grandement la réussite : les graines sont placées à une profondeur régulière et légèrement rappuyées. Nos collègues scandinaves sont aussi de grands cultivateurs de graminées porte graines et le Caméléon se prête bien à leur implantation dans une culture. Dans d’autres contextes, certains l’ont également utilisé pour du relay-cropping en semant du soja dans de l’orge.

Si on commence à semer et biner avec la même machine, la porte est grande ouverte pour le CTF. En 8 m et en comptant 2 m d’empreinte, cela ne fait que 25 % du champ impacté contre 80 % en TCS avec les différentes largeurs d’outils. Plutôt que d’investir dans des modifications sur les essieux afin de rouler dans les mêmes traces que la batteuse, souvent en voie de 3 m, la plupart des utilisateurs restent pragmatiques et jumellent leur tracteur au moins à l’arrière. La roue extérieure du jumelage roule dans le passage de la batteuse ; seule la roue intérieure crée une nouvelle trace. Il ne reste « plus qu’à » accorder les largeurs de herse étrille et de déchaumeur !

Parti du centre de la Suède, le Caméléon s’est bien adapté et plusieurs centaines de machines sont en service dans le nord de l’Europe, principalement chez des agriculteurs biologiques, mais également des conventionnels qui trouvent dans ce système une complémentarité avec les moyens chimiques qui touchent leurs limites. C’est une machine adaptée à ceux qui partagent une vision exigeante de l’AB : une agriculture productive et capable de développer la fertilité des sols à long terme. Pour L. Askling « En tant qu’agriculteur vous devriez pouvoir faire ce dont vous avez besoin, et pas ce que votre machine peut faire ». Le Caméléon a donc été construit pour être adapté à l’utilisateur grâce à une large gamme d’équipements. Produit en Suède par un constructeur proche du terrain, le Caméléon arrive en France fort de 15 années d’expérience.

Plus d’informations sur le site https://saseq.se/

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