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Se former en agriculture regénérative : « Icosystème bouge les lignes avec la pédagogie active »

Matthieu Archambeaud est cofondateur d’Icosystème, plate-forme d’e-learning créée en 2017. Pionnière dans la formation agronomique, elle s’est adaptée aux évolutions rapides de la technologie tout en offrant une forme de pédagogie active, impliquant d’avantage ses apprenants. Si ses origines s’appuient sur l’agriculture de conservation des sols, elle promeut l’agriculture régénérative.

<em class="placeholder">Portrait Mathieu Archambeaud</em>
« En formation, il faut que le message de ces spécialistes soit entendu mais il faut aussi davantage impliquer, personnellement, les stagiaires », considère Mathieu Mathieu Archambeaud.
© icosystème

Agriculture régénérative, agriculture de conservation des sols… Quelle est la différence ?

Matthieu Archambeaud – La régénération est à mon sens plus large que la conservation des sols. Dans l’ACS, le principe de base est de ne pas toucher au sol ou, tout du moins, d’y toucher un minimum. Cela va des TCS au vrai semis direct. Dans la régénération des sols, l’entrée se fait davantage sur la fertilité des sols. Bien sûr, on va s’appuyer sur une gestion raisonnée du travail du sol mais si on s’attarde par exemple sur le semis direct, il n’est pas une fin en soi en agriculture régénérative.

Icosystème est décrite comme pionnière de la formation digitale agronomique. Comment l’idée est-elle née ?

M. A. - À l’époque, l’e-learning, c’est-à-dire la formation en ligne via le Web, n’existait pas vraiment en agriculture. De mon côté, cela faisait une dizaine d’années que je faisais des formations en agronomie – plus précisément en ACS – auprès de groupes d’agriculteurs, voire de techniciens de coopératives ou de négoces. Je me suis rendu compte, en grossissant un peu le trait, que le seul qui apprenait, c’était moi ! Les participants ne mettaient pas vraiment en œuvre ce qu’on leur enseignait. La preuve, je revoyais souvent les mêmes personnes. Agroof, une Scop spécialisée dans l’agroforesterie, partageait la même impression.

<em class="placeholder">Analyse en groupe d&#039;un profil de sol au télescopique</em>
Explications sur le terrain d’un profil de sol par l’un des agronomes formateurs chez icosystème. © icosystème

On avait aussi en commun une approche très technique, de terrain et basée sur une validation scientifique. L’équipe d’Agroof manipulait bien les outils audios et vidéos. Nous avons donc décidé d’un projet commun : une plate-forme en ligne, regroupant le contenu de nos conférences, transformées d’abord en courtes vidéos. Cette plate-forme venait appuyer nos formations sur le terrain. En 2016, on avait alors sept heures de vidéos en ACS et sept heures en agroforesterie. L’arrivée d’Arnaud Richard, déjà familiarisé avec le digital, a conduit à la création d’Icosystème en 2017, sous la forme d’une SAS.

En 2018, vous êtes lauréat des trophées de la formation mixte digitale, octroyés par le Fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant Vivéa

M. A. - C’est vrai et c’est très motivant. Vivéa nous a bien suivi. On a aussi lancé les rendez-vous d’une campagne agricole. Il s’agissait de webinaires payants, réguliers, où nous faisions intervenir un expert. Les premiers rendez-vous étaient assez laborieux car en 2018, il fallait organiser un vrai studio d’enregistrement qu’on déplaçait ! Heureusement, avec le développement très rapide d’applications de communication interactive, Teams par exemple, c’est devenu beaucoup plus simple. Icosystème étant de plus en plus sollicitée, on a aussi grossi notre équipe. Bien que nos chemins avec Agroof se soient séparés en 2021, nous étions désormais cinq personnes dans Icosystème.

Parlez-nous de pédagogie, car c’est un point essentiel sur lequel Icosystème a beaucoup travaillé et fait bougé les lignes

M. A. - En effet. La formation agricole, qu’elle soit en présentiel ou en distanciel, est, depuis longtemps, principalement basée sur l’intervention de « têtes d’affiche ». C’est devenu un « star system » si je puis m’exprimer ainsi. Il y a une raison économique. La formation agricole est assez mal payée à l’heure. Si vous voulez que votre formation soit rentable, il faut réussir à réunir un nombre suffisant de stagiaires. Pour cela, vous devez faire venir une célébrité. Sans remettre en cause le bien-fondé de ces spécialistes, on impose un point de vue aux stagiaires, ce qui ne les fait pas forcément progresser. Il faut que le message de ces spécialistes soit entendu mais il faut aussi davantage impliquer, personnellement, les stagiaires. Nous avons donc décidé de développer une pédagogie dite active.

Qu’est-ce que la pédagogie active ?

M. A. - Via des ateliers pédagogiques, on fait pratiquer les stagiaires, sur la base de leurs propres systèmes. Ainsi, la première étape est qu’ils établissent un autodiagnostic de leur ferme et de leurs pratiques culturales. Ils doivent en sortir des forces et des faiblesses. À nous de leur donner les pistes techniques, dans une réflexion commune, pour tenter de résorber ces faiblesses. Le but est de rendre les participants, qu’ils soient agriculteurs ou techniciens, autonomes et maîtres de leurs décisions. Nous leur apportons simplement les connaissances - scientifiquement validées, j’insiste – et les outils pour y arriver.

<em class="placeholder">Atelier  de réflexion d&#039;agriculteurs sur leurs fermes</em>
Au cœur d’un atelier icosystème sur les bases de la pédagogie active. © icosystème

Comment s’organisent alors vos formations ?

M. A. - Nous proposons des parcours de formation, les AgroCursus, qui vont de six mois à deux ans. Ces formations alternent des périodes d’apprentissage individuel, en ligne, au rythme du stagiaire et des sessions sur le terrain, en présentiel, avec l’un de nos agronomes formateurs.

Ce sont de longues périodes. L’assiduité est-elle au rendez-vous ?

M. A. - Plus de 80 % de nos apprenants vont jusqu’au bout de leur formation digitale. Cela montre que nos parcours de formation répondent aux attentes. Cela montre aussi que nous réussissons à rompre efficacement l’isolement de la personne qui est derrière son ordinateur. C’est un vrai challenge dans la formation à distance !

Désormais, Icosystème forme aussi des personnes de l’autre côté de la planète. L’approche est-elle différente ?

M. A. - Notre moteur est toujours l’agriculture régénérative. Ses principes sont valables quelle que soit la région du globe. Cette dimension internationale, nous l’avons acquise en travaillant avec l’agro-industrie. Assez tôt, nous avons été identifiés par de grands groupes de l’agro-industrie, via des organisations comme Pour une agriculture du vivant ou Earthworm Foundation. On peut citer Nestlé, Bonduelle, McCain ou encore McDonald’s. Chez Nestlé par exemple, nous formons l’ensemble de leurs agronomes et agriculteurs partenaires à travers le monde, soit 800 personnes. Là, c’est 100 % digital. Nos formations sont traduites en plusieurs langues. Nous avons également commencé à appliquer nos principes de pédagogie active auprès de ces stagiaires étrangers, via des workshop ou ateliers à distance.

L’année prochaine, Icosystème va proposer un autre type de formation digitale, les AgroFocus

M. A. - Oui. Ce sont des expériences 100 % digitales, différentes des AgroCursus. Nous ciblons plus précisément les sujets abordés. En janvier par exemple, un AgroFocus va traiter de la gestion du ray-grass. Comme on le sait, c’est une problématique devenue très importante sur les fermes. Ces AgroFocus sont aussi des formations plus courtes, de trois semaines. L’objectif est d’apprendre à réaliser un bon diagnostic de sa situation et de gérer sa problématique ray-grass en autonomie.

Après presque dix années d’existence, le but d’Icosystème est-il toujours le même ?

M. A. - Au début, on s’adressait principalement à des pionniers et surtout des agriculteurs. Notre objectif a pris une autre dimension. Nous voulons opérer une transformation réelle de l’agriculture et entraîner tout le monde ! Pour cela, il faut deux conditions. La première est de ne jamais tomber dans l’idéologie. Loin de nous l’idée d’être des militants de l’ACS, de l’agriculture biologique ou que sais-je ! La deuxième condition est de constamment cadrer le contenu de nos formations par un consensus scientifique. Nos équipes font un énorme travail de bibliographie et de recherche pour appuyer notre enseignement. Pour toucher le plus grand nombre, nos meilleurs interlocuteurs sont les coopératives et les négoces, avec lesquels nous formons un grand nombre de techniciens et d’adhérents ou clients.

Donnez-nous un sentiment plus personnel de l’évolution de l’agriculture

M. A. - Cela fait vingt-cinq ans que je fais de la formation. Cela évolue sur le terrain. Tout ce qu’on raconte depuis ce temps – je ne parle pas que de nous – finit par payer. Les mentalités ont évolué, pas seulement chez les agriculteurs, aussi chez des agro-industriels. Les grandes entreprises avec lesquelles nous travaillons, j’en témoigne, sont sérieuses dans leur envie de voir s’imposer l’agriculture régénérative. Cette agriculture que nous défendons est une évidence ! Elle est la seule voie de survie. Après, est-ce que ce sera suffisant pour enrayer les profonds bouleversements qui se sont installés à travers le monde, autant le dérèglement climatique que l’effondrement de la biodiversité ? Je ne peux pas le dire.

Histoire

- 2017 : création d’Icosystème par Matthieu Archambeaud, Arnaud Richard et la SAS Agroof.

- 2018 : lauréat des trophées de la formation mixte digitale, Vivéa.

- 2021 : premières embauches de salariés. L’équipe est alors composée de 5 personnes dont Matthieu Archambeaud et Arnaud Richard.

- 2024 : levée de fonds auprès de la Banque des territoires ainsi qu’auprès d’investisseurs privés.

- 2025 : l’équipe est désormais forte de 16 personnes et 2 à 3 stagiaires.

600 personnes sont actuellement en parcours de formation, auxquelles s’ajoutent l’équivalent à l’international, soit un total de 1200 personnes.

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