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Pomme de terre en ACS : encore du travail du sol mais des pistes s’ouvrent progressivement

​​​​​Simplification du travail du sol et pomme de terre sont un mariage on ne peut plus compliqué. Si certains ont fait le choix de stopper cette production sur leur ferme, ce raisonnement est difficile à tenir tant que nous consommerons de la purée, des frites, de la raclette, de l’aligot et autres mille spécialités où ce tubercule trouve une place de choix dans nos assiettes. Il reste illusoire de penser « non-travail » du sol alors que la pomme de terre apprécie une butte pour se développer et que la récolte même est un travail de sol très agressif. Des pistes commencent à poindre pour réduire cet impact en minimisant le travail et en l’anticipant, notamment avec le buttage d’automne. Cependant, il reste deux autres piliers de l’ACS sur lesquels il est possible de s’appuyer : la couverture des sols et la diversité des cultures. À ce niveau, encore beaucoup de progrès restent à faire en amont pour préparer sa venue et en aval pour réparer rapidement le sol après son passage. Bien que sa culture puisse impacter le sol négativement, la pomme de terre apprécie, plus que toute autre culture, une bonne terre qui va bien : l’ACS, même si elle apporte des défis et des contraintes de taille, est certainement un atout pour cette culture.

<em class="placeholder">Couvert végétal sur un buttage d&#039;automne</em>
Couvert photographié le 08/12/2022 sur buttage d’automne chez Jean-Paul Dalenne, dans la Somme.
© Novalis Terra

Avec Cécile Waligora

En Belgique, on essaie le buttage d’automne, la plantation à l’automne et… l’urine humaine

L’ASBL Greenotec travaille depuis longtemps le sujet de la pomme de terre en agriculture de conservation des sols. L’association le martèle : « La pomme de terre en ACS, c’est tout à fait possible. » Nous vous invitons, à ce titre, à relire le dernier dossier que nous avions consacré à cette culture dans le TCS n° 96 de janvier/février 2018

Les buttes d’automne, peu adoptées malgré des résultats encourageants

Greenotec a creusé l’idée des buttes d’automne, à savoir des buttes confectionnées non pas au printemps comme il est coutume, mais vers fin août-début septembre. Cette période est à leur sens plus propice à la création des buttes et donc à un travail en profondeur, car le sol est plus « sec » qu’au printemps. Il s’agit d’allier le buttage avec un semis, à la volée, d’un couvert végétal qui va protéger la butte durant l’hiver et assurer une structuration plus naturelle avec ses racines. « En faisant ainsi, on diminue le travail au printemps et, comparé à un buttage classique, on limite très nettement le ruissellement en cas de pluie (30 % de moins) et donc l’érosion », assure Simon Dierickx de Greenotec. En 2023, l’association, pour diverses raisons, a dû lever le pied sur les essais pommes de terre. Ses derniers vrais essais en la matière datent donc de 2022. « Nous avons continué à tester la technique des buttes d’automne, explique S. Dierickx. Elle fonctionne mais elle exige un sol avec, déjà, une très bonne structure. Il faut aussi avoir pu réaliser un beau couvert. » En 2022, ce ne fut pas le cas. Le résultat s’est fait sentir sur les rendements avec environ 2 tonnes de rendement en moins en buttes d’automne, comparées aux buttes classiques de printemps. Est-ce que la technique prend chez les agriculteurs belges ? « Non, répond d’emblée Simon. Ce n’est pas pour des raisons d’efficacité mais plutôt d’organisation du travail. Fin août, on sort à peine des moissons qu’il faut penser aux semis de couverts, de céréales d’hiver, sans compter la récolte du maïs. Alors, ressortir la butteuse remisée depuis six mois, ce n’est pas la priorité. La technique prendra peut-être si la législation sur l’érosion se durcit à l’avenir. »

​Des pommes de terre dopées à l’urine humaine…

Cette année, un essai a néanmoins été entrepris chez un ​​​agriculteur. Il s’agissait de tester un biostimulant proposé par une société française, basée en région bordelaise, la start-up Toopi Organics. Son fonds de commerce est on ne peut plus original. Elle récolte de l’urine humaine, qu’elle filtre et met à fermenter pour en faire un produit particulièrement riche en phosphore, le Lactopi Start. « On va l’employer un peu comme un engrais starter, explique l’agronome belge. Nous l’avons donc comparé au classique DAP, injecté dans la butte à la plantation. Si le Lactopi contient du phosphore, il est annoncé aussi comme stimulant de l’activité de la phosphatase. Il va donc également stimuler la libération du phosphore présent dans le sol. On en applique 25 l/ha pour un coût d’environ 50 euros/ha. » L’idée, dans cet essai, est de remplacer le phosphore minéral d’un produit tel que le DAP, avec les conséquences environnementales que cela peut avoir. Résultat en demi-teinte : « Même si, statistiquement, la différence de rendement est non significative, nous avons perdu 6 t/ha de pommes de terre dans l’essai avec l’urine, comparé au DAP. Cela reste intéressant car, dans les faits, il manquait un élément qui, lui, est présent dans le DAP, l’azote. Nous aurions dû en ajouter dans la modalité avec le Lactopi », conclut S. Dierickx/

Et si on plantait à l’automne ?

Dernier élément concernant les recherches menées par Greenotec sur la pomme de terre : planter les tubercules non pas au printemps mais… à l’automne ! L’idée n’est pas si saugrenue. Si vous avez l’habitude de produire quelques pommes de terre au jardin, vous avez sans doute observé la levée, au printemps, de tubercules oubliés à la récolte précédente. Ces tubercules ont donc très bien passé l’hiver dans le sol. Et si cela pouvait devenir une technique à part entière ? Après tout, d’un point de vue biologique, la pomme de terre est une espèce vivace dont l’organe de réserve est le tubercule, qui va naturellement passer la mauvaise saison en sommeil, bien à l’abri dans le sol ! S. Dierickx ajoute, très justement : « Si vous cultivez des pommes de terre, n’êtes-vous pas ennuyé par des repousses dans la culture suivante ? Des repousses qui sont d’ailleurs particulièrement vigoureuses. » Ni une, ni deux, un essai a été mis en place l’année passée chez un maraîcher bio qui fait quelques pommes de terre primeur. Malheureusement cette année-là, l’hiver a été particulièrement rigoureux et les tubercules, installés à environ 15 cm de profondeur, ont gelé. Greenotec n’abandonne cependant pas l’idée. Il suffirait d’augmenter la profondeur de plantation. « Il faut aussi avoir un beau couvert qui participe à la protection des tubercules », ajoute S. Dierickx. Ainsi, l’idée serait de récupérer les petits tubercules, inférieurs à 35 mm, sains, et de les replanter vers fin septembre, accompagnés d’un couvert végétal qui serait détruit en cours ou en fin d’hiver. « Le gros avantage est que le sol n’est pas du tout touché au printemps avec des tubercules bien installés et, sans aucun doute, bien accompagnés par une bonne activité biologique, notamment mycorhizienne », conclut S. Dierickx, non sans préciser avoir lu qu’au XIXe siècle, dans le nord de la France, il était courant d’avoir deux récoltes en une année, en utilisant cette technique. Bien sûr, ajoute-t-il, « ils ne connaissaient pas encore le mildiou ». Il y a aussi une autre limite : le risque, avec une structure de sol plus compacte, de ne pas obtenir une bonne qualité de tubercule. À essayer, bien sûr, d’abord sur de petites surfaces !

Chez Novalis Terra, couverts végétaux et buttage d’automne

Début 2023, nous publiions dans le TCS n° 121 un article consacré aux travaux de la structure de conseil Novalis Terra sur la pomme de terre en ACS. En résumé, pour une pomme de terre conduite en non-labour, il faut un couvert multi-espèces avec une bonne gestion préalable des pailles et des repousses, semé le plus tôt possible, en direct de préférence, mais aussi densifier ce couvert végétal et ne pas le détruire avant floraison (ni après). Quelques mois après, son directeur, Paul Robert, nous confirme que le tubercule répond toujours très bien, selon lui, à l’introduction des couverts végétaux avant la plantation. « À partir du moment où les pailles du précédent sont correctement gérées et, bien sûr, qu’on a réussi à produire un beau couvert de préférence multi-espèces, on a un gain de rendement sur la pomme de terre qui suit. Je trouve d’ailleurs que la culture répond de manière plus flagrante au non-labour et à l’introduction de couverts végétaux que la betterave par exemple. »

Un couvert suffisant pour une butte qui ne s’affaisse pas

P. Robert revient également sur la technique du buttage d’automne, pratique qu’ils testent également depuis plusieurs années. « Peu à peu, nous arrivons à affiner la technique avec des résultats très intéressants par rapport à des TCS à plat (c’est-à-dire des TCS classiques sans prébuttage). Là où il y a eu un buttage d’automne, appelé aussi prébuttage, il y a un meilleur ressuyage et, pour les agriculteurs qui ne veulent pas tarder à planter au printemps, c’est un atout. Par rapport au risque d’érosion, l’effet est très positif. Les conditions de semis de la culture qui suit, en général une céréale, sont également améliorées. Cependant, pour ce qui est des rendements, toujours comparé aux TCS à plat, on reste équivalent mais pas mieux. » Pour lui, il y a des conditions à remplir afin de réussir le buttage d’automne. En premier lieu, il faut éviter que la butte formée entre mi-août et mi-septembre ne s’affaisse avec les pluies automnales. Pour cela, le couvert doit avoir un développement suffisant afin de protéger le billon. P. Robert évoque justement ce qui s’est passé en 2023 : « Avec les conditions humides que nous avons connues dans le nord, on a dû attendre pour former les buttes et semer les couverts. Pour rappel, en buttage d’automne, il faut que le fond de la butte soit sec. Les couverts ont donc eu, par rapport à d’habitude, un certain retard à la levée. Heureusement, ils se sont bien développés ensuite et on a évité le risque d’affaissement des buttes. »

Écroûter la cape de la butte

L’autre élément à gérer dans cette technique est, particulièrement dans les sols limoneux, la présence au printemps d’une croûte en surface des buttes, résultat des conditions hivernales (prise en masse de la partie supérieure de la butte). « Cette croûte peut être un problème par la suite, au niveau de la tare terre mais aussi en occasionnant des chocs sur les tubercules », explique l’agronome. Novalis Terra, toujours avec les agriculteurs avec lesquels elle travaille, souhaite tester différentes solutions « d’écroûtage » sans devoir recourir au fraisage. « Peut-être en utilisant un outil de scalpage de type scalpeur butteuse ou une fraise modifiée qui prendrait en quelque sorte la forme de la butte. Pour ce faire, il faut diminuer la taille des dents à l’aplomb de la butte afin de venir ainsi écroûter la cape de celle-ci », évoque P. Robert. Pour finir, ce dernier évoque un essai, cette fois-ci en terres de craie, réalisé en 2022 chez un agriculteur qui, jusqu’à présent, conduisait ses pommes de terre en labour. L’essai a comparé labour et non-labour. Dans la partie en non-labour, un couvert de vesce velue a été semé en TCS le 25/08. La vesce a été broyée à l’entrée de l’hiver, est repartie en sortie d’hiver avant d’être mulchée dix-quinze jours avant plantation des pommes de terre. « Le résultat a dépassé nos espérances avec un gain de rendement d’au moins 5 t/ha, si ce n’est plus… »

Chez les Leforestier, tamisage, compostage du couvert et acides aminés en production de plants

En pays de Caux, la ferme de 115 hectares de la famille Leforestier utilise les outils de l’agriculture de conservation depuis plus de quinze ans. Historiquement, on y cultive des pommes de terre de consommation, des betteraves rouges, du lin et des céréales. En 2019, un nouveau virage est amorcé avec la conversion progressive à l’agriculture biologique et le passage à la production de plants de pomme de terre. Cette production a son lot d’exigences : on récolte les tubercules dès le calibre 28 mm et il y a des exigences sanitaires, car les tubercules produits doivent être évidemment sains, sans maladies ni traces de chocs. Une autre contrainte existe : la production de plants nécessite beaucoup de main-d’œuvre de triage à la réception, au calibrage et au conditionnement. « Si le sol n’est pas assez fin, on risque de passer notre temps à trier des mottes ou bien des pommes de terre abîmées », explique Victor Leforestier. Ces contraintes demandent donc un certain affinage du sol pour lequel le jeune agriculteur utilise le tamisage, opération intensive encore incontournable. « Si, par exemple, je produisais des tubercules pour faire des frites (calibre + 45 mm), je pourrais remettre en cause le tamisage et, ainsi, atténuer l’intensité du travail du sol, car on récolte des pommes de terre plus grosses : l’arracheuse laisse passer plus de mottes. En production de plants, j’estime que ce n’est pas possible, un travail du sol plus grossier entraînerait une baisse de la qualité de la récolte et une hausse des coûts », ajoute-t-il.

Tamisage incontournable

Le tamisage est effectué juste avant la plantation. C’est l’opération qui coûte le plus cher à l’agriculteur, c’est aussi la plus lente. Un billon est d’abord formé puis en quelque sorte avalé par la tamiseuse qui émiette très finement la terre et dépose les mottes entre les planches. C’est une opération très bouleversante pour la faune du sol et très minéralisatrice pour ces sols limoneux (10 % d’argile). Le temps et le capital investis dans le tamisage à la plantation permettent en contrepartie aux Leforestier de récolter leurs pommes de terre avec du matériel amorti, simple, léger et néanmoins très respectueux de la récolte. « Notre coût de récolte est très compétitif, ce qu’on économiserait à ne pas tamiser serait plus que perdu en coût de récolte, car il faudrait une machine qui déterre davantage, donc louer une machine ou faire appel à une ETA. Ce n’est pas à l’ordre du jour. » En pommes de terre, quand on change une machine, il faut souvent repenser tout le chantier de réception, ce qui peut coûter très cher en investissement sans forcément améliorer le débit de chantier ou la qualité de la récolte. Pour autant, adeptes de l’agriculture de conservation et même formateurs à ce titre, les Leforestier cultivent bien sûr des couverts végétaux avant pomme de terre, sans jamais y avoir trouvé d’inconvénient sur la qualité des tubercules, et les recherches continuent pour améliorer leur itinéraire.

Couvert composté en surface

Étant en bio, l’ACSiste ne peut souvent pas semer ses couverts avant mi-septembre car, avant, il y a deux à trois opérations de scalpage suivies d’un déchaumage à 15 cm au chisel (pour enfouir le fumier) avant de semer au semoir à dents. Le couvert est un mélange de protéagineux (pois, féverole), de crucifères (radis, navette) et de seigle ou d’avoine. Il est soit détruit en vert en sortie d’hiver soit au printemps par un compostage de surface (mulchage) (1) avant le tamisage et la plantation. Pour le moment, Victor ne le fait pas sur toute sa sole de pommes de terre, car l’opération est gourmande en temps, peut retarder la plantation et ralentir le chantier de plantation. En effet, le couvert étant plus développé, il y a davantage de résidus à passer dans la tamiseuse qui n’est pas vraiment faite pour cela. La vitesse de travail peut passer de 3 à 2 km/h ! Il faut aussi laisser le temps au sol de digérer la matière, ce qui peut prendre deux à trois semaines de délai. Si les conditions ne sont pas bonnes pour mulcher au 15 avril, cela retarde donc la plantation à début mai. Depuis 2020, où il a commencé à expérimenter le compostage de surface, les observations sont assez constantes avec une bonne dégradation des résidus végétaux et des buttes qui restent très « vivantes », même en cas d’orage. « Le compostage est plein d’avantages agronomiques : on laisse le sol organisé par les racines tout l’hiver, on produit de la biomasse jusqu’à trois semaines avant la plantation ; ça va vraiment dans le sens de l’agriculture de conservation », soutient V. Leforestier. Lors du compostage du couvert, il en profite pour apporter des ferments lactiques, une sorte d’assurance afin d’aider à la bonne dégradation de la matière verte. Le producteur estime ainsi éviter une putréfaction de la matière verte qui serait la condition idéale pour les pathogènes qu’il cherche à tout prix à éviter en production de semences bio. Des ferments, il en apportait aussi à la plantation les années passées mais il arrête, car soit il ne voit aucun effet, soit cet impact est négatif comme en 2022, dans un essai, avec des tubercules davantage attaqués par le rhizoctone dans la partie avec ferments.

Des acides aminés pour booster la tubérisation

Victor mise plutôt aujourd’hui sur les acides aminés. C’est ce qu’il a fait pour la première fois cette année avec l’apport de 30 l/ha, dans la raie de plantation, du produit Protec + de chez Oligoplus. « Mon objectif, avec ce type de produit, est de stimuler la tubérisation et, ainsi, obtenir de plus grandes quantités du calibre plants de 28 à 45 mm », indique l’ACSiste normand.

​​​​​​Chose faite pour ce premier essai où un gain de 3 t/ha de plant a été mesuré dans la variété Babylon, ce qui corrobore les résultats obtenus chez ses collègues du groupe Sols Verts (80). La technique sera donc développée en 2024 en laissant des témoins non traités dans plusieurs variétés. Le jeune producteur va également se concentrer sur des apports d’oligo-éléments qui, associés à du cuivre, peuvent lui permettre, il l’espère, de diminuer ses apports encore conséquents de bouillie bordelaise (contre le mildiou). Les Leforestier ont également testé les apports d’extraits fermentés de plantes mais ils ont abandonné en pomme de terre car, dès la levée des pommes de terre, ils effectuent déjà des passages répétés d’huile de paraffine. Ces passages forment un film protecteur sur les feuilles, décourageant les pucerons vecteurs de virose de piquer les feuilles. Les essais du Comité Nord (organisme qui contrôle la qualité des plants et mène des expérimentations) ont montré une baisse d’efficacité de l’huile lorsqu’elle est mélangée avec des extraits fermentés. Ils restent donc concentrés sur l’huile tout en restant à l’écoute de produits plus respectueux des plantes. « On essaie de se concentrer sur ce qui nous donne le meilleur retour sur investissement et ce qu’on peut mesurer. On pourrait sûrement faire davantage (oligo, mycorhizes, etc.) mais cela doit rester “fluide” au sens figuré comme au sens propre. Je ne souhaite pas partir au champ avec quatre produits différents à mélanger pour que ça finisse par boucher le pulvé ou bien que ça ralentisse le chantier de plantation », commente V. Leforestier.

​​​​​Réintroduction de bovins

L’amélioration des sols reste au cœur des priorités pour la famille Leforestier, qui a réintroduit l’élevage de vaches angus pour valoriser pleinement leurs prairies temporaires. La rotation s’allonge aussi à six ou sept ans, ce qui devrait laisser davantage de temps à la structure du sol pour se refaire et espacer les risques de compaction. Ce sera en retour profitable à la culture des pommes de terre. Si nous devons résumer la démarche agronomique de V. Leforestier en culture bio de plants de pommes de terre : intégrer la pomme de terre dans un système vertueux, simplifier l’itinéraire et rationaliser chaque opération. Le travail du sol ? Difficile de faire moins pour le moment. Les couverts ? La technique est validée. Il aimerait désormais se recentrer sur l’utilisation de variétés plus résistantes au mildiou et à la sécheresse. Pour lui, c’est à ce niveau qu’on fera progresser l’agroécologie en culture de pommes de terre. « On peut faire tous les efforts qu’on veut pour améliorer la fertilité de nos sols et rendre nos itinéraires plus vertueux, mais si, à la base, on a des plantes sensibles aux aléas climatiques, aux insectes, aux maladies, on aura toujours un train de retard », conclut-il.

(1) Au sujet du compostage de surface des couverts et des ferments lactiques, nous vous invitons à relire le reportage de TCS 123 de juin-juilletaoût 2023 consacré à Jérémy Ditner en Alsace.

Implanter un couvert de crucifère après la récolte

Si l’entrée de la culture pose question par l’intensité du travail du sol, il en est de même pour la sortie qui entraîne inévitablement une forme agressive de travail du sol. Associé à des outils souvent assez lourds et de la circulation dense, cette opération peut être vecteur de compaction qu’il ne faut pas hésiter à rattraper si nécessaire tout en évitant de rajouter encore de l’affinage. Par ailleurs, ce mode de récolte et le retour de peu de résidus au C/N faible risquent de doper la minéralisation d’automne pour aboutir à des niveaux de reliquats post-récolte élevés qui seront encore plus importants au moment des semis de céréales. Si limiter le travail du sol à ce moment est plus que recommandé, il semble judicieux d’implanter sitôt récolte un couvert de crucifère (colza, radis ou moutarde) à très haute densité afin de capter rapidement l’azote en excès, comme le montrent les résultats des suivis d’azote par Bretagne-Plants (Triskalia : Eureden aujourd’hui). Outre conserver de l’azote précieux, ce couvert va aider à la restructuration, apporter un peu d’alimentation à l’activité biologique, voire apporter un bon matelas végétal pour réaliser un semis direct de céréales à l’automne ou pourquoi pas au printemps afin de laisser au sol tout le temps de se reconstituer et se réorganiser, tout en profitant au mieux du couvert.

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