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Passereaux des plaines agricoles : offrir un patchwork de divers couverts végétaux

Les couverts végétaux font leur place dans le paysage agricole, selon bien des techniques : annuels en interculture courte ou longue, en double couverture ou en relais, sous forme de repousses et/ou d’espèces semées ou encore pluriannuels avec les CDI, couverts à durée indéterminée. On connaît leur intérêt pour la vie du sol et pour l’entomofaune, par exemple les pollinisateurs. Ceci est déjà documenté. Mais connaît-on leur effet sur l’avifaune ? Pas seulement celle qu’on appelle petit gibier mais les autres, en particulier les passereaux, en déclin dans nos plaines agricoles. Voici donc un angle différent qu’il nous faut prendre en compte. La question est posée : les couverts végétaux peuvent-ils aider ces oiseaux ?

<em class="placeholder">Chardonneret sur tête de tournesol</em>
Le chardonneret, passereau très facile à identifier, est un amateur de graines de chardon, ce qui lui a valu son nom. Il se nourrit aussi d'autres graines, de tournesol notamment, espèce présente ici dans un couvert végétal d'interculture.
© Pixabay

Dans les milieux cultivés ouverts de type plaines céréalières, l’alouette et notamment l’alouette des champs est incontournable. L’oiseau s’accommode parfaitement d’un milieu sans arbres ou arbustes. Dans ce type de milieu très ouvert, on va également rencontrer le bruant proyer et le bruant jaune. Ces deux espèces, si elles affectionnent volontiers les plaines céréalières, ont besoin, contrairement à l’alouette des champs, de quelques arbustes et autres buissons, tout comme la linotte mélodieuse. La bergeronnette printanière est également observable, bien qu’elle affectionne les lieux un peu plus humides comme les milieux herbacés pâturés. Ensuite, dès lors qu’on a un peu plus d’éléments ligneux dans le paysage, le nombre de passereaux s’enrichit et on va pouvoir observer tantôt le tarier pâtre, tantôt le chardonneret ou encore le verdier et bien d’autres.

Parmi les espèces citées, certaines sont, adultes, plutôt granivores, comme les bruants, l’alouette, le chardonneret ou le verdier. Une alouette des champs adulte consomme une moyenne de 6 grammes de graines au quotidien. Mais pour l’élevage des jeunes, ces granivores ont besoin d’invertébrés, dont des insectes et leurs larves. La bergeronnette est, quant à elle, presque exclusivement insectivore, tout comme le tarier pâtre. En bref, les passereaux des milieux cultivés ont besoin de graines et d’invertébrés, voire de végétaux. Concernant l’habitat, rares sont finalement ceux qui n’ont pas besoin, ne serait-ce que de buissons, pour se percher et surtout, se protéger.

Déclin avéré et causes

Depuis plusieurs décennies, les inventaires ne sont pas du tout optimistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Ceux qui voient leur nombre le plus décliner, sont les oiseaux des plaines céréalières ouvertes, comparativement à, par exemple, l’avifaune forestière. Une étude récente apporte les résultats suivants, édifiants : les oiseaux ont perdu un quart de leur abondance en Europe entre 1980 et 2016. C’est -18 % en milieu forestier, -25 % en zone urbaine et -57 % dans les plaines agricoles.

On peut évoquer aussi une autre comparaison. D’une manière générale, ce sont les espèces les plus généralistes, que ce soit au niveau de leur alimentation ou de leur habitat, qui s’en sortent le mieux. Ainsi et il est facile de l’observer, les corvidés, très opportunistes, ne sont pas en déclin, ni les pigeons d’ailleurs. Parmi les passereaux, les merles s’en sortent bien également. Ce qui n’est pas le cas des oiseaux que nous avons cités plus haut. Ainsi et pour ne mentionner que quelques chiffres, l’alouette a vu ses populations décliner de 60 % en 20 ans (chiffres de la situation en Wallonie, celle en France suivant la même tendance). C’est 4 % de moins chaque année depuis 1990. Pour le bruant jaune, le suivi français STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) montre une érosion de 45 % sur les 10 dernières années et de 59 % sur les 30 dernières années (chiffres de 2020). Etc. etc.

Quelles en sont les causes ? Deux principalement : le manque de nourriture disponible et celui d’habitats favorables. Ainsi, en milieu agricole, ces causes sont accentuées par l’homogénéisation du paysage et l’agrandissement des parcelles. Bien sûr, l’effet de certains intrants est aussi avéré, les insecticides logiquement mais aussi les herbicides, ceux-ci diminuant drastiquement les ressources en graines d’adventices pour les espèces granivores. À noter qu’à la moisson, le matériel de récolte est beaucoup plus performant qu’avant et laisse nettement moins de graines au sol. Encore de la ressource en moins pour l’avifaune.

S’il y a deux périodes clés pour les oiseaux, c’est d’une part la période de reproduction avec l’élevage des jeunes et d’autre part, la bien nommée « mauvaise » saison, en fin d’automne et hiver où les ressources se raréfient. Dans la première, il faut surtout des invertébrés, source essentielle de protéines pour les poussins, et dans la seconde, pour les espèces qui restent, des graines. On peut ajouter une troisième période, celle de fin d’été. Elle concerne surtout les espèces migratrices, au régime principalement insectivore mais aussi frugivore. Celles-ci, en vue d’un long, voire très long voyage, ont besoin de faire des réserves. Elles auront également besoin de trouver régulièrement sur leur parcours, des points de nourrissage.

Alors qu’en est-il de l’impact des couverts végétaux sur la vie de ces passereaux ?

Semis direct et chaumes nourriciers

Concernant la reproduction et l’élevage des jeunes, l’environnement doit fournir aux oiseaux suffisamment d’invertébrés, grosso modo entre avril et juillet. Ce n’est pas une période de présence de couverts d’interculture, sauf parfois encore en mars avril pour les intercultures qu’on laisse en place le plus longtemps possible juste avant les semis de printemps. Ces couverts peuvent aider mais, si tôt au printemps, il n’y a pas encore de poussins à élever. Néanmoins, dès lors que le système de culture présente régulièrement depuis plusieurs années, des couverts végétaux, on peut aisément penser que cette présence favorise le développement global de la biodiversité invertébrée dans les cultures. Les oiseaux peuvent donc bénéficier dès le printemps, de ressources invertébrées entretenues par cette présence régulière de couverts végétaux et, d’une manière générale, d’une plus grande diversification végétale.

Ensuite, le fait de semer en direct un couvert sitôt moisson voire avant celle-ci, laisse les chaumes de la culture récoltée en place. Voici une manne nourricière d’importance pour l’avifaune. Celle-ci va y trouver à la fois des graines tombées lors de la récolte (il y en a quand même toujours) et des graines d’adventices. Elle y trouvera des insectes et autres invertébrés devenus plus accessibles. Le travail du sol à cette époque, comme les déchaumages, réduit ainsi la quantité de nourriture disponible. Une étude indique que si les céréales sont déchaumées trop précocement, le temps de présence de l’alouette est presque divisé par deux et la consommation de graines d’adventices également (Powolny T. 2012).

Dès lors que les couverts sont semés de bonne heure, en juillet, ils peuvent être suffisamment développés en fin d’été, début d’automne. On entre à nouveau dans une période importante de la vie de certaines espèces d’oiseaux. Comme indiqué plus haut, les espèces migratrices peuvent trouver dans ces couverts de quoi faire des réserves mais aussi des spots nourriciers lors de leurs haltes migratoires. D’où l’importance d’avoir, sur leur parcours, non seulement un bon réseau d’éléments arbustifs et arborés pour les espèces qui en ont besoin (une majorité), accompagné d’un bon maillage de parcelles avec des couverts végétaux. Des couverts qui seront d’autant plus attractifs s’ils sont diversifiés en espèces (et donc en invertébrés).

Protecteur mais circulant

Diversifié oui mais attention à certaines plantes et donc à ce que vous mettez en mélange. Les oiseaux trouvent dans les couverts à la fois nourriture et protection (notamment vis-à-vis des prédateurs). Un couvert doit donc être suffisamment protecteur mais circulant. Trop dense, il ne permet pas aux oiseaux de prospecter leur nourriture, sachant que beaucoup d’espèces des milieux agricoles le font au sol. Ainsi, un couvert uniquement composé de phacélie, trop dense, n’est pas accueillant. Par contre, un couvert qui va comporter des espèces « aérées » au pied comme la moutarde ou le tournesol, est plus favorable. Là encore, il faut mélanger et, sur la ferme, ne pas semer les mêmes couverts partout.

L’objectif d’un couvert d’interculture est de ne pas le laisser produire des graines viables, matures. Un couvert peut néanmoins aider les oiseaux en lui proposant des graines immatures. Attendre ce stade avant de supprimer un couvert peut ainsi aider l’avifaune à passer une période d’automne hiver plus difficile. À ce titre, l’avoine blanche de printemps est intéressante. Semée tôt avec des espèces qui ne graineront pas, elle peut arriver à produire ces graines immatures, l’objectif étant de maintenir ce couvert le plus tard possible. Et même si l’avoine produit quelques graines viables, elles sont normalement détruites par le programme de désherbage au printemps suivant. Ainsi, en Belgique, le Parc naturel Burdinale-Mehaigne conseille aux agriculteurs deux types de mélanges : avoine blanche de printemps 40 kg/ha + vesce de printemps 15 kg + tournesol 4 kg ou avoine blanche de printemps 30 kg + moutarde d’Abyssinie 3 kg + tournesol 5 kg. Trois années d’essais montrent qu’il n’y a pas plus de salissement dans la betterave ou le tournesol qui suit. On pourrait évoquer aussi le sorgho qui peut offrir dès l’automne, de quoi manger à certains granivores.

Sur la ferme, il est donc bien d’essayer de maintenir certains couverts le plus tard en saison, avant que les céréales ou le colza prennent le relais, voire les faire perdurer jusqu’à l’approche du semis de printemps. Pensez aussi que dès lors que vous détruisez un couvert, vous ôtez nourriture et protection d’un coup. C’est donc mieux si, à côté, il y a des parcelles qui peuvent prendre le relais.

Et qu’en est-il du pâturage des couverts ? Ce mode de destruction est largement moins perturbateur pour les oiseaux. La destruction est plus lente et les animaux offrent à l’avifaune d’autres types d’invertébrés ou même de graines présents via leurs excréments. D’une manière générale, la présence d’animaux d’élevage est synonyme d’une mosaïque de paysages, de points d’eau, de plus de ressources alimentaires pour la faune sauvage, sans compter les poils dont les oiseaux se servent volontiers pour aménager leurs nids.

La question était : les couverts végétaux peuvent-ils aider les oiseaux ? La réponse est oui. Dans un paysage agricole qui s’est homogénéisé, où les programmes herbicides ont largement diminué les ressources alimentaires, l’introduction de couverts végétaux permet de redonner, en partie, un peu de ces ressources à l’avifaune. Cet effet sera d’autant plus bénéfique qu’il y a un patchwork de parcelles couvertes en différents mélanges d’espèces.

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