Aller au contenu principal

Mulchage salpage : le réglage et le climat comptent plus que l'outil

​​​​​​Lorsque la lutte contre la flore adventice est parfois subie, les machines sont une solution curative et alternative aux traitements phytosanitaires. Le minimum de perturbation en profondeur et les dates d’interventions peuvent limiter les effets négatifs sur la structure et la vie du sol. Que doit-on alors attendre d’un déchaumage ? Les nouveaux outils de mulchage et de scalpage paraissent précis et séduisants. Leur efficacité sur les espèces vivaces est-elle garantie ? La priorisation des objectifs doit dicter le choix de ces outils sans oublier que les conditions d’intervention et les réglages prévalent la typologie de la machine.

<em class="placeholder">Les chisels, équipés de socs larges n’en deviennent pas des déchaumeurs efficaces. Ils demeurent des outils de pseudo-labour très (trop) polyvalents.</em>
Les chisels, équipés de socs larges n’en deviennent pas des déchaumeurs efficaces. Ils demeurent des outils de pseudo-labour très (trop) polyvalents.
© J. Hérault​​​​​

Le magazine britannique Profi a publié en novembre 2021 un comparatif d’outils de déchaumage. Le premier étonnement fut de découvrir que deux broyeurs intégraient les tests face à une panoplie d’outils à dents, disques ou peignes. Le terrain de jeu est un chaume de blé dont la paille broyée est restée au sol. L’efficacité des machines est jugée sur le taux de repousses pour illustrer la réussite d’un faux semis estival. Les outils de broyage furent bien utilisés au-dessus de la surface et ont parfois fourni des résultats meilleurs que des outils pourtant référents sur le marché : outils à dents et déchaumeurs à disques indépendants sont même surpassés par un simple broyeur à axe horizontal standard. On ignore cependant dans l’article si des adaptations de réglages auraient fourni des résultats identiques.

Dans tous les cas, la densité de repousses est plus importante avec les outils qui présentent une faible profondeur de travail. Ainsi, le broyeur spécifique au mulchage est équipé d’une rangée de peignes à l’avant et d’un rouleau type Güttler. Ce dernier élément favorise le plombage des graines et le rappui des résidus végétaux au-dessus du sol. On peut évidemment se questionner sur l’intérêt de travailler avec un outil animé par prise de force qui risque d’augmenter la consommation de carburant. En effet, en déchaumage, il n’est pas rare de réaliser un travail du sol superficiel à moins de 1 l/ha pour chaque centimètre de profondeur scalpé. Enfin, le passage d’un outil en profondeur assurera un déracinement des herbes adventices en combinaison de la remise en germination du stock semencier de surface. Ces outils de travail du sol plus profond restent d’ailleurs un moyen efficace de contrôler les vivaces en interculture sans traitement phytosanitaire.

De quoi parle-t-on ?

Mais de quel type d’outil doit-on parler finalement ? Déchaumeur, scalpeur, vibrodéchaumeur, cultivateur, chisel, canadien, néodéchaumeur ? En se basant sur le descriptif d’Arvalis publié en 2010, les déchaumeurs s’apparentent à des cultivateurs légers. Ces derniers sont définis par un dégagement sous châssis de moins de 60 centimètres et plus de cinq à six dents par mètre de largeur de travail. On comprend vite que les outils les plus adaptés à un travail superficiel possèdent donc un espacement entre dents inférieur à 20 centimètres. Leur sensibilité au bourrage par le manque de dégagement et la faible capacité de pénétration les a longuement cantonnés à des reprises de travail du sol ou labour. Ce qu’on appelle aujourd’hui un vibrodéchaumeur serait alors en réalité un déchaumeur efficace ? En tout cas, cela y ressemble, à condition d’allonger le châssis en augmentant le nombre de rangées pour limiter le risque de bourrage. Cette adaptation aura cependant un impact négatif sur le contrôle de profondeur et le suivi des dénivellations de terrain.

Il est judicieux à présent de se questionner sur les outils que l’on définit comme déchaumeurs dans nos hangars ou sur les parcs de concessions. Pour augmenter leur polyvalence, leur châssis culmine à 80 centimètres de hauteur et le nombre de dents au mètre se limite à trois ou quatre. Bien qu’appelés déchaumeurs sur le terrain, cette description correspond plutôt à des cultivateurs lourds, parfois dénommés chisels. L’utilisation de socs larges ou d’ailerons n’en font pas des scalpeurs suffisamment efficaces puisque les étançons sont espacés de plus de 25 cm. Ces outils sont bien plus adaptés pour du travail profond ou pseudo-labour lorsque l’émiettement mécanique intense ou l’ameublissement profond sont attendus et cumulés.

L’art du compromis

Parmi les outils à dents, le terme scalpeur est de plus en plus entendu avec une promesse de travail ultrasuperficiel dès 2 centimètres de profondeur. Même en garantissant un suivi du sol précis par l’ajout de roues de jauge ou de rouleaux, restons modeste sur le fait que l’engagement de profondeur est inférieur à l’enfoncement des crampons des pneumatiques du tracteur. Ces outils s’apparentent à des sarcleurs puisque le chevauchement des socs est presque total lorsque leur largeur s’approche du double de la valeur d’inter-dents. Plus couramment, la dimension de soc devrait dépasser 60 % de la largeur de deux inter-dents. C’est d’ailleurs là leur point faible, qui limite leur usage lorsque le sol est couvert de résidus ou lors de la destruction d’un couvert à forte biomasse. La planéité des socs améliore l’effet tranchant mais peut pénaliser le soulèvement de terre tant recherché lorsque l’on souhaite arracher des rhizomes.

À ce sujet, le constructeur Kvinnfinn ajoute à son outil à dents un rotor animé par prise de force pour extirper les racines et les projeter en surface. La dessiccation des vivaces adventices sera d’autant plus efficace si les jours suivants sont séchants et l’ensoleillement plus long. L’animation d’un outil de déchaumage superficiel n’est pas une nouveauté puisque l’utilisation de cultivateurs rotatifs à axe horizontal (par exemple Rotavator) permet un scalpage total. Les freins à leur utilisation concernent la préservation de la structure du sol puisque leur agressivité accentue l’émiettement particulaire bien que localisé en surface. Quelques constructeurs ont adapté ces fraises rotatives pour que leur régime et suivi du sol soient plus adaptés à des pratiques de conservation du sol. Il faudra malgré tout veiller que le réglage du couple vitesse d’avancement-régime de rotor soit adapté pour limiter battance, érosion, lissage ou reprise en masse. Souvent critiqués pour leur consommation et leur plus faible débit de chantier, il est nécessaire de relativiser puisqu’un outil à prise de force plus énergivore peut parfois éviter la multiplicité de passages des outils non animés moins efficaces en désherbage total. Les outils à dents offrent toutefois davantage de polyvalence de texture de sols, de taux de pierres ou de profondeur. Ils peuvent aussi provoquer des accumulations de végétation en surface, révélateur d’un recouvrement de terre moins intense ou d’un travail très superficiel.

Les accessoires niveleurs peuvent atténuer ce phénomène mais doivent également favoriser l’extirpation des vivaces les plus coriaces. Veillez par exemple à ce que des accumulations de renouées ne pénalisent pas le passage du semoir sans nécessité d’un travail du sol supplémentaire. Si votre déchaumeur est pourvu d’un rouleau favorable à la repousse de faux-semis, contrôlez que l’outil soit utilisable sans ce dernier, tout en assurant un suivi du sol superficiel et régulier. Après la visite de plusieurs démonstrations de déchaumages estivaux, il est toujours frustrant de constater que la conclusion est à la succession de plusieurs passages d’outils non animés pour garantir un désherbage total efficace, y compris pour les espèces vivaces. Si l’objectif est à la réduction d’IFT, il est alors cohérent de considérer un passage plus profond ou l’utilisation d’un outil animé par prise de force. L’art du compromis s’exerce d’autant plus dans un contexte d’ACS sans nécessairement surinvestir dans un outil de scalpage spécialisé, mais dont la polyvalence est discutable.

Déchaumeurs non animés agressifs

Du côté des outils à disques, ce sont bien les modèles à étançons indépendants qui dominent le marché. Même si l’on sait que le diamètre des pièces travaillantes doit être proportionné à la profondeur des horizons travaillés, c’est surtout le recouvrement entre les deux trains de disques qui garantit un déchaumage superficiel efficace. Lorsque certains constructeurs accentuent l’angle d’attaque des disques pour scalper une zone élargie, d’autres proposent de compenser l’usure des disques par un réglage de croisement des trains de disques. Ces déchaumeurs non animés sont pourtant très agressifs en raison d’une vitesse de travail importante couplée à un angle d’entrure positif. Aussi, la part importante de particules fines générée améliore la qualité d’un faux semis mais accélère aussi la perte d’une structure stable en surface. Certains en ont d’ailleurs conclu qu’il y aurait une corrélation entre vitesse de travail et taux de relevée des graminées adventices (ray-grass en tête). Des essais complémentaires doivent confirmer qu’il ne s’agit pas plutôt d’une relation à l’intensité de l’émiettement également fournie par la vitesse d’avancement. Des disques ondulés peuvent équiper certaines marques de déchaumeurs à disques indépendants pour travailler superficiellement une bande de terre plus large et ainsi annuler les zones charnières entre les deux rangées de disques. Nous rencontrons plus rarement des solutions de scalpage à disques à chaines. D’apparence très simple et rappelant les bêches roulantes d’autres constructeurs, les disques concaves sont maintenus entre eux comme des maillons d’une chaîne. La simplicité des réglages ne doit pas faire oublier les écarts de poids et donc de pénétration entre le milieu et les extrémités d’une même chaîne. Apparaissent alors des limiteurs de profondeur sur chaque pièce travaillante pour atténuer ce défaut qui ne solutionne pas le manque de poids au déchaumage en conditions sèches ou sur un matelas de résidus (morts ou vivants) de cultures ou couverts.

Les difficultés concernent surtout les vivaces

Lorsque l’abandon du désherbage chimique implique une gestion mécanique pour faire lever ou détruire les herbes indésirables, les premières questions s’orientent largement sur l’acceptabilité des résidus végétaux et le niveau de consommation nécessaire. Il faut surtout appréhender les incidences sur la reprise de ce travail au semis qui peut laisser des végétaux mobiles en surface préjudiciables à certains semoirs de semis directs, qu’ils soient à dents ou à disques. La gestion mécanique ultrasuperficielle des adventices annuelles est accessible avec bon nombre d’outils. Les difficultés et la baisse d’efficacité concernent principalement les vivaces à racines pivotantes ou rhizomes. Garantir une destruction totale en un seul passage est une chimère qui imposera de subir plusieurs limites de conservation de structures. L’augmentation de la profondeur de déchaumage améliorera la destruction des rumex, liserons et autres chardons tout en pénalisant la verticalité d’un profil dont la structure particulaire perdra en stabilité. L’augmentation du nombre de passages est un atout dans une gestion par faux semis à l’encontre des objectifs de dessiccation des racines en surface. Ainsi, même si la vie du sol est préservée en profondeur, c’est bien la stabilité de surface qui sera pénalisée autant que l’efficacité de destruction des plantes dicotylédones vivaces.

Les outils de broyage sont les grands oubliés de la gestion du désherbage mécanique. Souvent mis de côté en raison de leur grand appétit de carburant, ils offrent de nombreux atouts pour atténuer les limites des outils de déchaumage. Qu’il s’agisse de réduire la sensibilité au bourrage d’un couvert très productif, d’améliorer les capacités de pénétration d’un outil non animé, d’homogénéiser la répartition des résidus et donc de la minéralisation ou même de favoriser une relevée estivale avant destruction chimique, il est important de considérer qu’il s’agirait d’un intéressant convertisseur de GNR qui n’accentuerait pas la déstructuration de nos sols, mieux stabilisés en ACS. Ainsi, la charrue déchaumeuse ne devient pas la seule alternative aux pratiques d’agriculture biologique de conservation des sols. L’utilisation d’un broyeur, parfois décriée, n’est alors plus seulement énergivore puisqu’il permet de préserver le sol et sa biologie de certains défauts d’outils de déchaumage qui, mal optimisés, impacteront bien plus durablement la qualité du semis, la conservation de nos sols et de nos trésoreries.

Les plus lus

<em class="placeholder">Les chisels, équipés de socs larges n’en deviennent pas des déchaumeurs efficaces. Ils demeurent des outils de pseudo-labour très (trop) polyvalents.</em>
Mulchage salpage : le réglage et le climat comptent plus que l'outil
​​​​​​Lorsque la lutte contre la flore adventice est parfois subie, les machines sont une solution curative et alternative aux…
<em class="placeholder">Tournesol le 11/10/2021, Charente-Maritime en précédent orge,
semis 18/07/2021.</em>
Trois cultures en deux ans : opportunités, faisabilité et multiperformances
Lancé en 2019, le projet 3C2A visait à évaluer les opportunités, la faisabilité et les multiperformances de cultiver trois…
<em class="placeholder">La suppression du couvert n’est pas sans impact sur la biodiversité.
Plusieurs moyens sont à votre disposition et c’est tant mieux. Le choix se fera en fonction de bien ...</em>
Abeilles et glyphosate : entre vérités et leviers pour une meilleure « cohabitation »
Depuis quelques années, sans doute aussi parce que le glyphosate est davantage sous les projecteurs que d’autres produits…
<em class="placeholder">Slake test</em>
Le Slake test objectivé devient le Quanti-Slake-Test
Une vingtaine d’agriculteurs cultivant en Hesbaye brabançonne (Belgique) sont réunis au sein d’un groupement en vue de mieux…
<em class="placeholder">Chardonneret sur tête de tournesol</em>
Passereaux des plaines agricoles : offrir un patchwork de divers couverts végétaux

Les couverts végétaux font leur place dans le paysage agricole, selon bien des techniques : annuels en interculture…

<em class="placeholder">Ver de terre et cocon</em>
Glyphosate et vers de terre : que disent les données ?
À l’occasion des discussions sur le renouvellement d’autorisation du glyphosate pour dix ans fin 2023, de nombreux chercheurs…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 96€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière