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Le pâturage tournant profite aux abeilles

Les prairies sont un espace de nourrissage important pour les insectes pollinisateurs dont l’abeille à miel. Mais du type de gestion des prairies, découle la quantité et la qualité de la nourriture apportées et donc la santé des abeilles. Une étude américaine met en avant l’intérêt du pâturage régénératif ou pâturage tournant dynamique.

<em class="placeholder">Bovins en pâturage tournant dynamique</em>
Le pâturage tournant dynamique fait partie de ces techniques de pâturage régénératif qui, en assurant une régénération complète de la flore entre deux pâturages, profite aux pollinisateurs, à toute la biodiversité et, au final, aux animaux d’élevage.
© Kévin Morel

L’abeille domestique (Apis mellifera) dépend de la présence de fleurs dans son habitat. Son alimentation est en effet composée de pollen, de nectar ou de miellat, selon son stade de développement. En collectant le pollen de fleurs en fleurs, les ouvrières participent en plus à la pollinisation et donc à la régénération des communautés végétales. Comparée à d’autres pollinisateurs, l’abeille domestique est moins regardante sur les espèces butinées, même si elle a des préférences. Une grande diversité de fleurs lui est donc profitable. Les prairies sont l’un des milieux permettant de nourrir les abeilles. Entre prairies temporaires, permanentes, fauchées en vert ou en foin, pâturées en continu ou en pâturage tournant dynamique (PTD), les modes de gestion sont multiples et les conséquences pour l’alimentation des abeilles différentes. Des travaux de recherche ont ainsi montré que la gestion des pâturages encourageant les communautés de fleurs, augmentait l’abondance des pollinisateurs.

Donner le temps à la régénération de la flore

Une étude publiée en mai 2025, avait pour environnement les grandes plaines du nord des États-Unis. Elle a consisté à examiner les effets de la gestion des pâturages sur la santé et la productivité des colonies d’abeilles domestiques. Deux gestions différentes ont été comparées :

- Un pâturage en continu (qu’on appellerait aussi extensif) où les animaux pâturent continuellement la même grande parcelle. C’est un pâturage largement répandu où les animaux vaquent à la recherche de leur nourriture, privilégiant les espèces préférées.

- Un pâturage régénératif qui inclut en fait plusieurs types de gestion. Le point commun est une rotation des animaux. On peut citer le PTD où la parcelle est découpée en paddocks ; les animaux pâturent de manière plus concentrée et très peu de temps. Après un ou deux jours, ils changent de paddock. Plus gourmand en main-d’œuvre, le PTD a cependant des atouts en termes de régénération de la flore. Si chaque paddock est pâturé intensément mais aussi fertilisé naturellement (excréments des animaux concentrés sur une petite surface), il a ensuite le temps nécessaire pour que la végétation se redéveloppe jusqu’au prochain pâturage, contrairement au pâturage continu où la flore finit par s’appauvrir, faute de temps pour se régénérer.

Pâturage tournant dynamique : les pionniers livrent leur expérience | Réussir bovins viande

Des plantes et des abeilles plus robustes en pâturage régénératif

La partie est des plaines du Nord des États-Unis était traditionnellement une prairie à herbes hautes. Bien qu’une grande partie ait été convertie en terres cultivées, plus de la moitié du Dakota du Sud reste en prairies pâturées. Les mesures (compositions florales, évaluations des colonies, de leurs couvées, des taux d’infestation par le varroa…) ont été faites en 2021 et 2022. Les chercheurs se sont arrangés pour que les colonies d’abeilles domestiques soient de même abondance sur chaque site en début de saison. « Les pâturages régénératifs étaient associés à des communautés florales plus riches et abondantes en espèces, comparativement aux pâturages en continu », déclarent les scientifiques. Ils ont constaté que les colonies gagnaient davantage de poids en système régénératif. À mesure que la biomasse végétale sur les sites augmentait, les ruches avaient une plus grande production de couvées et des densités d’organismes nuisibles plus faibles.

Ainsi, les pratiques de pâturage régénératif peuvent accroître l’abondance et la richesse des fleurs par au moins deux mécanismes : d’abord en stimulant directement la reproduction et la repousse des plantes et indirectement, en améliorant la santé du sol (et donc des plantes). « La salive des animaux est un stimulant de croissance pour certaines des espèces végétales et l’intensité du pâturage peut réduire les espèces envahissantes qui abaissent la diversité sur les pâturages », assurent-ils. Le fait de reposer les pâturages permet aux membres de la communauté végétale d’atteindre des stades de floraison qui ne sont souvent pas atteints en pâturage continu. Ces augmentations de l’abondance des fleurs peuvent également améliorer l’état physiologique de la colonie d’abeilles et influencer leur réponse en cas d’exposition aux agents pathogènes. « Bien que nous n’ayons pas évalué les différences nutritionnelles des types de pollen, certaines plantes (par exemple le tournesol) confèrent une résistance et une tolérance à l’acarien Varroa chez les abeilles mellifères », indiquent-ils, en concluant : « la gestion du pâturage régénératif produit une communauté végétale plus robuste qui soutient la santé des abeilles et celles-ci, à leur tour, appuient une communauté végétale plus forte profitable au bétail ».

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