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L’agriculture de conservation, un atout face au stress hydrique

Les propriétés hydriques des sols de l’essai d’Oraison ont fait l’objet de suivis récents et sont complétées par les données du projet Cama. Les résultats démontrent la meilleure infiltration de l'eau en agriculture de conservation et des rendements supérieurs en conditions très sèches.

<em class="placeholder">lombric dans un prélèvement de sol à la bêche sur parcelle menée en non labour et en agriculture biologique dans l&#039;Yonne en hiver</em>
Grâce à l'amélioration du fonctionnement du sol, la conduite en ACS améliore la résistance à la sécheresse et conduit également à une capacité d’intervention au champ plus rapide, une meilleure portance des sols et un moindre risque de ruissellement après des épisodes pluvieux intenses.
© Christian Gloria

Des profils de sols ont montré que le réservoir utile du sol a été peu modifié après dix ans d’agriculture de conservation des sols dans l’essai d’Oraison (Alpes-de-Haute-Provence). Sur 120 cm de profondeur, il est de 116 mm en ACS contre 101 mm pour la parcelle voisine conventionnelle. Cela confirme les données du projet Bagages (TCS 129) montrant que la texture du sol est le premier déterminant du volume d’eau qu’il peut contenir.

Une vitesse d’infiltration de l’eau accrue

L’infiltration de l’eau, mesurée par Beerkan-Test, est en moyenne deux fois plus importante en ACS dans l’essai d’Oraison que dans la parcelle voisine. Cela conduit à une capacité d’intervention au champ plus rapide, une meilleure portance des sols et un moindre risque de ruissellement, notamment après des épisodes pluvieux intenses potentiellement nombreux à l’automne dans la région. Ces ordres de grandeur ont été confirmés dans d’autres parcelles de la région PACA et du bassin Adour-Garonne (TCS 129) ainsi que dans d’autres pays du pourtour méditerranéen avec le projet Cama (Conservation Agriculture in Mediterranean Area). En Italie, un essai a mis en évidence une conductivité hydraulique à saturation, évaluant la vitesse d’infiltration de l’eau dans le sol, deux à trois fois supérieure dans des situations sans travail du sol par rapport à un témoin labouré après vingt-trois ans de différenciation des pratiques.

Une plus-value de l’ACS en termes de rendement dans les environnements les plus séchants

Le projet Cama a quantifié l’impact de l’ACS en termes de rendement en France, Grèce, Italie, Espagne, Maroc et Tunisie. La productivité des céréales de seize couples de parcelles voisines ACS-conventionnel ayant simultanément les mêmes cultures et les mêmes doses d’azote apportées a été analysée. Le rendement est en moyenne 1,3 fois supérieur en ACS lorsque le différentiel pluie-ETP sur le cycle de la céréale est inférieur à 280 mm. Si de telles conditions sont encore très peu communes en France, elles peuvent déjà être rencontrées dans le Sud-Est les années les plus sèches. Dans les situations de stress hydrique moindre, les différences de rendement entre les deux systèmes ne sont plus significatives : la probabilité de plus-value de l’ACS en termes de rendement est surtout visible dans les environnements les plus séchants.

 

 
<em class="placeholder">Sur des cultures d’hiver (blé dur, orge) en fonction de classes de différentiel pluies-ETP du semis à la récolte dans des situations de couples de parcelles obtenues ...</em>
Sur des cultures d’hiver (blé dur, orge) en fonction de classes de différentiel pluies-ETP du semis à la récolte dans des situations de couples de parcelles obtenues dans des essais systèmes ou des parcelles couples avec un antécédent en ACS depuis au moins cinq ans. (16 comparaisons en France, Italie, Espagne, Grèce, Maroc et Tunisie). P-ETP de début octobre à fin juin, moyennes 2003-2023 : Orange -214 mm ; Orléans : -38 mm ; Boigneville 16 mm. © Réussir/Arvalis

Stress azotés et hydriques sont intimement liés

En climat séchant, il faut analyser conjointement les stress hydriques et azotés tant ils sont intimement liés, l’absence de pluie pouvant contraindre l’absorption d’azote par la plante ou les possibilités de fertilisation. Des essais de long terme menés en Tunisie montrent que l’efficience de l’eau n’est pas systématiquement améliorée par la réduction de l’intensité du travail du sol ; dans ce cas, les effets « rotation » prédominent sur les effets « travail du sol ». En réduisant le stress azoté des céréales qui leur succèdent, les légumineuses en précédant cultural améliorent indirectement l’efficience de l’eau par une augmentation de la biomasse produite. Cela est particulièrement vrai dans les situations où la fertilisation est limitante pour des questions climatiques. Après douze ans de différenciation dans l’essai tunisien, il ressort aussi une moindre sensibilité des rendements à la variabilité des précipitations en non-labour.

Si ces résultats ne démontrent pas une meilleure efficience de l’eau en ACS, ils traduisent un fonctionnement hydrique différencié par rapport aux systèmes conventionnels. Les recherches se poursuivent à Oraison comme ailleurs pour mieux caractériser ces phénomènes. L’objectif est également de quantifier l’impact que peuvent avoir les couverts végétaux sur la ressource en eau, notamment avant les cultures de printemps.

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