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L’ABC attire les foules sur la santé des sols

Les Rencontres nationales de l’ABC s’imposent comme le rendez-vous de référence consacré à l’agriculture biologique de conservation des sols, réunissant acteurs du monde agricole, de la recherche, étudiants et citoyens autour des pratiques et des avancées de ce modèle d’agriculture en plein essor. Cette 8e édition s’est tenue du 27 au 29 janvier à Chantonnay en Vendée.

<em class="placeholder">Réunions d&#039;acteurs du monde agricole</em>
Ces 8e Rencontres nationales de l'ABC ont attiré plusieurs centaines de participants. © Les Décompactés de l'ABC

Organisée conjointement par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire et le GAB85, qui animent un groupe sur le territoire, ainsi que par l’association les Décompacté·e·s de l’ABC, cette 8e édition des Rencontres nationales de l’agriculture biologique de conservation des sols (ABC) a été marquée par une affluence record. La première journée a réuni plus de 100 agriculteurs autour d’un format participatif et personnalisé fondé sur les outils de l’intelligence collective. La deuxième journée dédiée aux conférences et aux temps d’inspiration, a rassemblé près de 350 participants. La troisième journée s’est conclue par la visite du Gaec des Jonquilles (Orne), exploitation de Julien Guéneau, coprésident des Décompacté·e·s de l’ABC. Parmi les nouveautés notables de cette édition, figure l’implication des acteurs de l’aval autour d’une table ronde consacrée aux filières ABC, qui a réuni des représentants des coopératives Cavac, Terrena et Océalia.

Le potentiel d’oxydo-réduction pour l’amélioration de la vitalité des sols

Microbiologiste et consultante en régénération des sols, Isabella Tomasi développe une approche centrée sur les microbiomes des sols et la recherche d’un équilibre entre potentiel d’oxydo-réduction (Redox), pH et conductivité électrique des sols. Elle a présenté des exemples concrets, notamment sur la revitalisation de vergers de kiwis en Italie. Le cas des cultures pérennes lui permet de mieux suivre les évolutions du sol d’une année à l’autre. Cette approche s’inscrit dans la continuité des travaux pionniers de Louis-Claude Vincent en bioélectronique dès les années 1950, complétés plus récemment par ceux d’Olivier Husson, chercheur au Cirad, sur la mesure du Redox et ses liens avec la santé des plantes.

Le potentiel Redox correspond à un flux d’électrons (en millivolt) : une réduction traduit un gain d’électrons, une oxydation une perte. Associé au pH, il conditionne la forme et donc la disponibilité des nutriments du sol. En milieu oxydé, les plantes vont mobiliser de l’énergie pour réduire localement leur environnement, via la libération d’électrons par les exsudats racinaires. Cela rend les éléments nutritifs plus assimilables au risque d’une plus grande vulnérabilité aux bioagresseurs.

Les pratiques agricoles influencent directement l’équilibre Redox : le travail du sol et les sols nus favorisent l’oxydation, tandis que les couverts végétaux, les apports de fertilisants organiques et de biostimulants encouragent des conditions plus réductrices, favorables au vivant. Dans cette logique, Isabella Tomasi recourt à des préparations lacto-fermentées, par exemple à base de levain de seigle, farines de seigle et d’épeautre et résidus de choux-raves, ainsi qu’à des macérations d’ortie ou de consoude. Elle est pour la multiplication des expérimentations et plus de lien avec la recherche. La mesure de potentiel Redox d’un sol n’est pas évidente et peut se révéler peu fiable, elle doit donc être conduite dans un cadre strict. « Corrélation n’est pas causalité », la piste est donc fort intéressante mais demande encore bien des investigations avant d’aboutir à des recettes avec des résultats assurés.

Tour d’horizon des activités ABC en Suisse

Au Fibl Suisse, la recherche contribue activement à des avancées en ABC. L’agronome Marina Wendling a présenté le contexte agricole suisse ainsi que plusieurs projets structurants. « Progrès sols » vise à développer un set d’outils adapté aux agriculteurs pour piloter la fertilité de leurs sols. Il propose notamment un calculateur en ligne du Stir (Soil Tillage Intensity Rating), un indice développé par l’USDA (Département de l’agriculture des États-Unis) pour quantifier l’intensité du travail du sol en fonction du type de travail, de la vitesse, de la profondeur et de la surface perturbée. Adapté au contexte suisse, il montre qu’un colza peut voir son indice chuter de 80 à 20 avec des TCS. Pour des cultures très perturbantes comme la pomme de terre ou la betterave, leur Stir élevé (>200) peut être compensé à l’échelle de la parcelle par la mobilisation de cultures peu perturbatrices (__SWYP_INC__ 20) sur plusieurs années, comme des prairies temporaires.

Le projet Remix part du résultat scientifique constatant que, dans 90 % des cas, les mélanges d’espèces produisent plus de biomasse que la moyenne des cultures pures. Il propose la conception de mélanges à partir d’une base commune (phacélie, tournesol, sarrasin, lin, guizotia d’abyssinie - niger), ensuite ajustée selon les objectifs de services agroécologiques et le contexte de rotation. Par exemple, des espèces supplémentaires se voient ajoutées pour la catégorie “entre deux espèces de céréales d’automne” ou bien la proportion de légumineuses dans le mélange varie de 0 à 80 % selon leur présence dans la rotation de base. Ces travaux ont abouti à un guide opérationnel intitulé « De la théorie à la mise en pratique des mélanges d’espèces », pour accompagner les choix des agriculteurs.

Sur le terrain, Christian Forestier a illustré ces dynamiques avec l’exemple de son système en polyculture-élevage dont l’arrêt du labour date de 1989 pour faire face à l’érosion. Converti au bio en 2017, il cultive du colza et de la féverole de printemps en association pour réguler adventices et ravageurs, il produit des pommes de terre de réplication dans un couvert végétal et sans labour et il a introduit jusqu’à un tiers de prairies temporaires dans sa rotation.

Le réel de l’ABC sur le terrain

Plusieurs retours de terrain, portés par des binômes agriculteur-animateur, ont illustré la diversité des pratiques ABC, entre routine et essai. Le groupe TCS Bio, animé par Samuel Oheix (GAB85) et Stéphane Hanquez (chambre d’agriculture des Pays de la Loire), était présent en nombre pour représenter la Vendée. Un de leur levier technique central est l’usage du rotavator un mois avant semis au printemps, calibré en travail superficiel (2 à 3 cm) pour scalper les adventices au collet, à vitesse élevée (300 tour/min) et avec le capot ouvert pour projeter les résidus.

En Bretagne, Jean-Yves Peres suivi par Clarisse Boisselier (chambre d’agriculture de Bretagne) ont testé un semis à la volée de trèfle blanc sous blé pour maintenir un couvert permanent et sans travail du sol après récolte dans une approche « plus de végétal et moins de ferraille ». Si le triticale s’est révélé décevant après un passage de déchaumeur et de rouleau pneu, les résultats ont été plus probants en maïs après broyage du trèfle, passage du rotavator et de la herse rotative. D’autres essais ont porté sur les associations culturales. Romaric Vincent, chercheur indépendant, a partagé des travaux menés en Côte-d’Or chez Émilien Rolet sur différentes modalités d’associations tournesol – soja prometteuses, tandis que des semis de lentilles dans de la luzerne ont été testés dans l’Yonne chez Mélanie Petit.

Dans le Lot-et-Garonne, Florent Ruyer (CA47) a présenté les pratiques de La Ferme sain’biose de la famille Ligneau, combinant associations culturales (maïs popcorn – haricot), corridors solaires, strip-till et Orbis, et les effets du digestat sur les mycorhizes en blé dur et semis direct.

En Belgique, Gautier Aubry d’Agriwiser a montré l’intérêt de bandes de moutarde blanche en bordure de moutarde brune pour baisser la pression méligèthes qui abîment les boutons floraux, ce qui s’est révélé aussi intéressant contre la présence inattendue de tenthrèdes.

Les Décompacté.e.s de l’ABC vous donnent rendez-vous du 19 au 21 janvier 2027 en Normandie.

Charles Pépin : l’échec vu comme moteur de l’action

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Charles Pépin lors de 8e Rencontres nationales de l'ABC. © Les Décompactés de l'ABC

Face aux incertitudes en ABC, la prise de risque et la possibilité d’échouer font partie du processus d’innovation. Invité à nourrir cette réflexion, le philosophe Charles Pépin a proposé une lecture stimulante de l’échec, envisagé non comme un frein mais comme un moteur de l’action. Selon lui, toute démarche audacieuse comporte une part de risque : consentir à l’éventualité de l’échec devient alors une condition pour libérer l’action.

Charles Pépin avance trois principales vertus de l’échec. D’abord, une vertu d’apprentissage : l’échec oblige à analyser, corriger et expérimenter autrement pour progresser, c’est d’ailleurs un principe au cœur de la démarche scientifique. Ensuite, une vertu de persévérance : en se confrontant à l’échec, on apprend à mieux l’accepter et à poursuivre malgré les obstacles. Enfin, une vertu de bifurcation : l’échec ouvre la possibilité d’emprunter une autre voie, parfois plus adaptée.

Pour autant, cette valorisation de l’échec n’exclut pas la responsabilité et l’anticipation. Elle invite au contraire à développer un sens du risque, en prenant toutes les mesures de prévention possible et en acceptant l’incertitude restante. Ainsi en ABC et comme le disait le philosophe Alain, « le secret de l’action, c’est de s’y mettre ». Nous vous recommandons la lecture du livre de Charles Pépin Les Vertus de l’échec paru chez Allary éditions.

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