Jean-Hilaire Renaudat, Berry : du millet contre le ray-grass
Dans le centre du pays, proche de Châteauroux, Jean-Hilaire Renaudat fait partie des précurseurs de la simplification du travail du sol. Avec ses collègues, il a beaucoup travaillé en groupe afin d’avancer sur la suppression du travail du sol, le bas volume, la réduction de dose et toutes les approches possibles pour réduire les coûts de production afin de maintenir les marges dans cette zone céréalière intermédiaire. Comme beaucoup d’agriculteurs de la région, où les opportunités de rotation sont limitées par l’épaisseur des sols, les soucis de ray-grass montent et la recherche de solutions s’impose.
Sur l’exploitation qui s’étend entre Boischaut et Champagne, Jean-Hilaire Renaudat constate le développement de deux types de ray-grass. Un premier préfère les argilo-calcaires. Il reste discret et ne monte pas au-dessus des céréales mais arrive à faire beaucoup de graines. Le second est le ray-grass plus commun qui tend à narguer les producteurs à partir de début juin. Finalement, il ne fait pas de distinction de mode de lutte entre ces deux ray-grass qui sont tout aussi problématiques et progressivement envahissants.
Une rotation déjà bien ouverte
Conscient que la diversité des cultures est un levier important, l’agriculteur a déjà bien ouvert sa rotation. Si les 2/3 restent en céréales (blé/orge/colza), sur le tiers restant il cultive, en fonction des opportunités et des contrats, du pois (hiver et printemps), du tournesol, de la luzerne, des lentilles, de la coriandre et même 5 ha de soja cette année. En moyenne, c’est entre douze et treize cultures qui se côtoient sur l’exploitation. Malgré cet effort, les ray-grass peuvent rester présents, d’autant qu’ils ne sont pratiquement plus gérables dans les pois comme dans le tournesol.
Le millet comme dernier atout
Comme le maïs est difficilement envisageable à cause des faibles réserves hydriques des sols, il s’est orienté depuis quelques années sur le millet avec une réussite intéressante. Cette culture est positionnée après une céréale, dans des parcelles qui pourraient échapper au contrôle. Après un couvert détruit dans l’hiver et une légère reprise de printemps agissant également comme un dernier faux semis pour les ray-grass mais aussi les quelques graminées estivales, le millet est implanté en direct assez tardivement, entre le 15 et 25 mai avec un Horsch Avatar et un peu d’engrais localisé. « En bougeant peu de terre au semis on arrive à se passer de désherbage sur cette culture, assure l’exploitant. Ainsi et avec un peu d’azote en culture, on arrive à produire 35 q/ha avec seulement 150 € de charges opérationnelles. »
Le blé est ensuite semé en direct dans le chaume. Jean-Hilaire Renaudat va jusqu’à parler d’allélopathie potentielle tellement l’effet sur les ray-grass est impressionnant. « Les blés derrière millet sont les meilleures céréales même en 2024 qui était une année compliquée. On n’a aussi curieusement pas d’attaque de septoriose ni vraiment de soucis de fusariose », complète-t-il.
Dans une parcelle où le ray-grass commençait à être problématique, il a complété l’effet « millet » par une orge de printemps en direct dans les chaumes de millet, suivie d’un colza. Depuis la mise en place de cette stratégie il y a quatre ans, la parcelle a retrouvé un statut salissement assez facile à gérer.
Un marché restreint
Le talon d’Achille de cette stratégie est le marché très restreint du millet. Lorsque les prix étaient de 350 à 450 €/t, la culture était rentable ; elle l’est beaucoup moins aujourd’hui à 210 €/t. Cependant sa capacité de reprise après la forte période de sec de l’année dernière en comparaison à du tournesol, est un atout. Il faut encore plus capitaliser sur ce qu’il apporte globalement sur la ferme en matière de gestion des ray-grass et du salissement mais aussi d’étalement des périodes de semis et de récolte, comme la réduction des phytos. Ainsi et malgré tout, il conserve sa place afin de préserver l’équilibre de la ferme.
Cet exemple nous montre que les graminées sont de puissants outils pour lutter contre les autres graminées. Elles occupent non seulement leur « niche écologique » et consomment l’azote libre qu’apprécient les ray-grass. La densité de plante/m2 est également un élément déterminant qu’il ne faut pas négliger. Enfin, le caractère très estival du millet ne laisse aucune chance au ray-grass. Il va peut-être falloir de nouveau considérer cette plante et son cousin le moha comme couvert !