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Biodiversité : les chauves-souris, des alliés des cultures à soutenir

Insectivores, les chauves-souris se révèlent être un acteur incontournable dans le contrôle de certains ravageurs en culture. Leur proposer un habitat favorable leur donne les moyens d’agir. Un premier colloque sur ce thème leur était réservé en ce début d’année 2025.

<em class="placeholder">Pipistrelle commune, espèce opportuniste qu’on trouve en milieu ouvert comme les milieux agricoles mais aussi en milieu urbain ou encore en zone boisée. </em>
Pipistrelle commune, espèce opportuniste qu’on trouve en milieu ouvert comme les milieux agricoles mais aussi en milieu urbain ou encore en zone boisée.
© L. Jouve

Le premier colloque sur le thème chauves-souris et agriculture s’est tenu à Paris, le 6 février 2025. Il ne s’agissait pas du premier colloque sur ces mammifères mais bien de la première édition évoquant leur rôle et leur importance en milieu agricole. La France métropolitaine compte 36 espèces de chauves-souris. Plus des trois quarts de ces espèces fréquentent les milieux agricoles.

50 % à 125 % de son poids en insectes

De part leur régime alimentaire, elles apportent ce qu’on appelle un service écosystémique, c’est-à-dire un service gratuit, favorable à une activité humaine, en l’occurrence ici, les productions agricoles. Les chauves-souris se nourrissent en effet d’invertébrés, principalement des insectes. Un individu peut engloutir en une nuit de chasse, entre 50 % et 125 % de son poids en arthropodes.

Une étude conduite en milieu viticole dans le Bordelais à la fin des années 2010, est révélatrice de ce service écosystémique. Grâce à l’utilisation de marqueurs moléculaires permettant d’identifier les proies retrouvées dans les excréments des chauves-souris, l’étude a permis d’identifier dix espèces de ces chiroptères consommant des vers de la grappe, papillons ravageurs en viticulture. La même étude a montré que l’activité des chauves-souris était multipliée par trois lorsque les papillons ravageurs étaient en phase de pics de vol. Cela a été mis en correspondance avec les dégâts en culture avec une diminution de 14 % des dégâts grâce aux chauves-souris. Un impact à rajouter à celui des oiseaux, des pathogènes…

En grandes cultures, il faut aller aux États-Unis pour trouver une étude qui montre que les mammifères ailés sont de véritables alliés. Maine et al. a ainsi montré que lorsque des parcelles de maïs n’étaient pas accessibles aux chauves-souris, les dégâts dus à une noctuelle dont les larves dégradent les épis de maïs, pouvaient augmenter de 50 %.

L’agriculture, deuxième cause de déclin

Alors comment s’assurer de ces services et donc de l’activité des chauves-souris ? Pour rappel, entre 2006 et 2021, leur population a chuté de 43 % en France métropolitaine. Au niveau mondial, l’agriculture est la deuxième cause de ce déclin après la déforestation, du fait de la dégradation et de la suppression des habitats, ainsi que de l’emploi des produits phytosanitaires impactant leur ressource alimentaire (insecticides mais aussi, indirectement, herbicides supprimant la ressource alimentaire des insectes).

S’il est admis de lever le pied sur les insecticides, c’est moins évident côté herbicides… Pour les éleveurs, attention également à l’emploi des antiparasitaires. Certains, en impactant négativement les coléoptères coprophages, insectes vivants aux dépens des excréments, impactent également les espèces de chauves-souris qui s’en nourrissent.

L’arbre un élément central qui offre gîte et couvert

Concernant l’habitat, l’arbre et, d’une manière générale, l’élément arboré, est d’une grande importance pour ces auxiliaires. Important en tant qu’élément du paysage favorisant ses déplacements, en tant que pourvoyeurs de gîtes de repos et, bien sûr, fournisseur de proies. Il est ainsi conseillé, sur sa ferme, de laisser des arbres vieillir. Mais ce qui est encore plus important pour les chauves-souris, notamment pour leurs déplacements, c’est que ces éléments favorables soient organisés en réseaux connectés. Il a, par exemple, été montré que des trouées de plus de 25 mètres dans une haie, pouvaient représenter un frein à la bonne activité de vol de certaines espèces de chauves-souris.

L’ACS, certainement un avantage

Le colloque du 6 février, outre résumer les principales connaissances qu’on a en matière de chauves-souris et d’agriculture, a montré que les études en milieu agricole devaient se développer. Il est vrai que nous n’avons pas connaissance, par exemple, d’études analysant les effets spécifiques de l’agriculture de conservation des sols sur ces alliés. TCS a déjà consacré deux articles sur les chauves-souris, dans ses numéros 97 (mars-avril-mai 2018) et 110 (novembre-décembre 2020). Nous avions notamment relayé les résultats d’une étude du Muséum national d’histoires naturelles de 2015. Ceux-ci avaient comparé l’activité des chauves-souris sur des parcelles labourées, en conventionnel ou en bio, et des parcelles en TCS, toutes, sauf les bios, avec plus ou moins d’applications herbicides. Ainsi, dans l’ordre croissant d’impact négatif sur les chauves-souris, on avait le système bio avec labour et zéro herbicide, les TCS à deux herbicides, les TCS à trois herbicides et le labour avec deux herbicides. Mais il n’y avait pas analyse, dans cette étude, de l’effet des couverts végétaux par exemple. Or, on peut supposer que les couverts et la diversification végétale en général, en permettant d’avoir plus d’insectes, sont un avantage pour les chauves-souris.

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