Aller au contenu principal

Biodiversité fonctionnelle : évitons le broyage pour la préserver

Plusieurs techniques existent pour détruire un couvert végétal. Si les destructions par un outil mécanique ont toutes un impact sur la biodiversité présente, le degré n’est pas le même selon le type d’opération choisi.

<em class="placeholder">Le broyage d’un colza associé est une opération aux vertus agronomiques mais impactante sur les espèces animales, vertébrés et invertébrés.</em>
Le broyage d’un colza associé est une opération aux vertus agronomiques mais impactante sur les espèces animales, vertébrés et invertébrés.
© V. Vaccari

Un couvert végétal d’interculture n’a pas vocation à durer. Même un CDI [couvert à durée indéterminé ou encore appelé couvert permanent], dépasse rarement deux ans. Ce couvert doit disparaître pour laisser place à une culture, voire à un autre couvert en relais. Cette opération n’est pas sans impact sur la faune, vertébrée et invertébrée. Cette faune est variable selon la période. Si le couvert présente des fleurs, il y aura des pollinisateurs mais aussi toute une cohorte d’autres invertébrés ayant trouvé nourriture et abri : des araignées, carabes etc. Le couvert peut aussi héberger des espèces de petit gibier ou même d’autres vertébrés, renards ou chevreuils par exemple.

L’impact de la destruction du couvert est direct ou indirect. Direct si l’opération tue l’individu ; indirect parce qu’en quelques heures, l’habitat a disparu. Dès qu’on met en culture une parcelle, il y a un impact sur la biodiversité présente. On ne peut pas faire autrement. Cependant on peut réfléchir l’opération pour qu’elle soit la moins néfaste possible.

Plusieurs techniques permettent de détruire une couverture végétale : le désherbage chimique, le travail du sol (dont on ne parlera pas ici), le gel, le roulage, le broyage, le fauchage et le pâturage. Ce dernier est sans nul doute le mode de destruction qui rassemble le plus d’avantages.

À partir du moment où le couvert végétal est composé d’espèces gélives, il n’y a pas de destruction plus naturelle que le gel et pas impactante sur la biodiversité présente. Elle a, par exemple, l’avantage de laisser les tiges mortes sur pied et donc, potentiellement, les invertébrés qui seraient protégés à l’intérieur.

Fauchage moins impactant à 20 centimètres

Le roulage se fait souvent par des températures sous les 0 °C. Cela accentue son effet. Le rouleau vient coucher la végétation mais aussi pincer et lacérer celle-ci, selon le type d’outil. Ceci amplifie la destruction du couvert mais aussi sa dégradation par la faune du sol. Si le passage d’un rouleau épargne éventuellement les invertébrés à la chitine dure et les « volants », l’opération est délétère pour la biodiversité notamment vertébrée. La largeur d’impact n’est, en général, pas inférieure à 6 mètres et l’opération fait peu de bruit. Le roulage est toutefois moins impactant qu’un broyage.

Pourquoi broie-t-on un couvert ? En premier lieu, pour limiter la gêne créée par les résidus pour les passages d’outils quand on vient semer la culture suivante. L’autre raison est de faciliter la tâche de la faune du sol lorsqu’elle vient dégrader les résidus du couvert et les incorporer au sol : plus les débris sont petits, plus c’est facile et rapide. Cependant le broyage est ce qu’il y a de plus impactant sur la faune des agroécosystèmes. En pulvérisant ainsi la végétation, on laisse peu de chances de survie aux individus présents, même volants, et même pour ceux qui sont à l’intérieur des tiges.

Au final, l’intervention de destruction avec un outil mécanique la moins délétère est le fauchage, à relativiser selon le type d’outil. La fauche permet de couper les tiges à une certaine hauteur. Entre faucher à 20 cm et faucher ras, le moins impactant sera à 20 cm.

Une couverture végétale refuge à proximité

Quand on supprime un couvert, il est bon, par exemple, d’éviter les « heures de pointe » des pollinisateurs et de privilégier une destruction en début ou en fin de journée. Une vitesse lente, à 5-6 kilomètres à l’heure, donne le temps de fuir à un plus grand nombre d’individus. Pour les vertébrés ayant la capacité de s’échapper, on peut équiper le tracteur d’une barre d’effarouchement, sauf si le couvert est de bonne taille. Privilégier également le sens opératoire du centre vers l’extérieur.

La présence d’une zone refuge à proximité est un élément à anticiper. Lorsqu’il y a destruction d’un couvert, une aire d’abri et de nourriture est supprimée. Il est donc vital pour les individus rescapés de pouvoir fuir vers une zone accueillante proche. C’est l’idée première de la parcelle en bandes imaginée par David Guy sur sa ferme de La Conillais en Loire-Atlantique (TCS 126, janvier-février 2024). La parcelle est découpée en bandes de 12 mètres avec deux rotations différentes. Ainsi, lorsqu’une bande est récoltée, il y a toujours du « vert » à moins de 6 mètres !

Les plus lus

<em class="placeholder">Cultiver la pomme de terre suppose un certain impact, disons même un impact certain, sur le sol. Même si on ne peut pas tout éviter, l’ACS apporte de bonnes solutions.</em>
Pomme de terre en ACS : des solutions pour réduire le travail du sol
Légume emblématique, la pomme de terre est aussi la reine en matière de travail du sol. En complément du tamisage et du buttage,…
Didier Bordeau et son fils Alban sur leur exploitation céréalière
Pionniers de l’agriculture de conservation : trente ans de savoir-faire à transmettre en TCS et ACS chez Didier et Alban Bordeau dans la Sarthe

Quand Didier Bordeau se lance dans le non-labour en 1995, il fait partie des pionniers. Essuyant quelques plâtres, il…

<em class="placeholder">Angus en pleine dégustation de tournesol lors d’un pâturage de couvert Biomax. </em>
Franck Baechler, en ACS dans le Loir-et-Cher : « Je suis éleveur de sols et éleveur d’animaux »

Dès son installation en 2018, Franck Baechler, ACSiste et éleveur en Sologne, s’est investi dans le recouplage entre l'élevage…

<em class="placeholder">Les deux ACSistes à la manœuvre de l’EARL de Longueil, Antoine à gauche et son fils Guillaume à droite.</em>
Seine-Maritime : Les « bonnes » terres cauchoises continuent à profiter de l’ACS chez Antoine et Guillaume Chedru

Dix années se sont passées depuis la première visite de « TCS » à Goderville en Normandie chez les Chedru. Si, en 2014, l’ACS…

<em class="placeholder">Profil de sol chez Guillaume Richard : des boulbènes profondes de 70 à 90 cm.</em>
Fertilisation azotée en ACS : un volant d’autofertilité en maïs grain et pop-corn
Les légumineuses présentes dans la rotation, comme cultures ou comme couverts en interculture, enrichissent le sol en azote, au…
<em class="placeholder">Blé semé en direct derrière un maïs ensilage</em>
Le blé précoce associé a de l'avenir

Dans certaines circonstances, un blé peut être semé beaucoup plus tôt que d'habitude, et la meilleure façon de le faire est de…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 72€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière