Aller au contenu principal

Auxiliaires des cultures : luzerne et trèfle violet porte-graine en quête de pollinisateurs efficaces

Luzerne et trèfle violet porte-graine ont des rendements insuffisants. La raison principale est liée aux pollinisateurs, et tous n'ont pas la même efficacité en termes de pollinisation.

<em class="placeholder">Abeille sauvage Andrena flavipes</em>
Les abeilles sauvages du genre Andrena (ici Andrena flavipes sur feuille de bourrage), sont les parmi les meilleures pollinisatrices de la luzerne.
© Johanna Villenave-Chasset

Le niveau de rendement d’une culture porte-graines comme la luzerne peut varier de 4 à 10 q/ha selon les variétés, la pression des ravageurs et la pollinisation. De nombreux articles scientifiques le montrent : plus la biodiversité est importante, plus le rendement est important (Tamburini et al., 2020). C’est d’autant plus vrai que la culture a besoin de pollinisateurs pour sa reproduction. La luzerne et le trèfle violet, plantes de la famille des fabacées (légumineuses), sont dans ce cas. Les producteurs de semences de luzerne et de trèfle ont donc besoin d’abeilles et d’autres insectes pollinisateurs.

L’abeille domestique n’est pas une bonne pollinisatrice

La luzerne, produisant une grande quantité de nectar, attire de nombreux pollinisateurs. Mais attention, d’après Lecomte (1959b), les insectes collecteurs de pollen, tels que les abeilles mégachiles ou les bourdons, sont les meilleurs pollinisateurs, ce qui n’est pas le cas de l’abeille domestique (Apis mellifera), qui est pourtant présente en grande quantité dans la luzerne en fleurs. Celle-ci n’est pas une bonne pollinisatrice puisqu’elle déclenche moins de 10 % des plantes. À cause de sa longue langue, elle peut atteindre le nectar mais sans déclencher forcément la fleur. Elle ne collecte pas le pollen. La luzerne est une source de pollen pour cette espèce, seulement s’il n’y a pas d’autres fleurs sources de pollen à proximité. Mais grâce au nectar, la luzerne reste une plante très mellifère pour l’abeille domestique. On obtient avec la luzerne d’excellentes récoltes de miel de haute qualité, 380 kg/ha. Pour donner une idée, le tournesol c’est 34 à 102 kg/ha.

Coévolution entre les légumineuses et les abeilles sauvages

De vieilles études des années 1960 et 1970, époque où les études de biologie des insectes en milieux agricoles débutaient et où les abeilles étaient encore abondantes, montrent que les pollinisateurs de la luzerne, mais aussi du trèfle violet, sont principalement des abeilles sauvages. Celles-ci sont soit avec une langue longue soit de petite taille, pour atteindre le nectar des fleurs profondes. Les différentes espèces des légumineuses ont coévolué avec les insectes pollinisateurs. Elles se sont approfondies pour s’enrichir en nectar, substance sucrée fabriquée par la plante pour seulement attirer les pollinisateurs en leur offrant du carburant les aidant à mieux se déplacer de fleur en fleur, jusque vers leur gîte. Les insectes sont obligés de rentrer dans la fleur pour récupérer le fameux nectar, et ainsi entrer en contact avec l’appareil reproducteur de la fleur et transporter le pollen à l’aide de leurs poils ou brosses ventrales. Par cette action, elles vont déclencher les fleurs. Le déclenchement est l’action d’ouvrir la corolle de la fleur : une fleur non déclenchée ne peut pas être pollinisée car les étamines et les stigmates ne sont pas accessibles.

 

 
<em class="placeholder">Abeille Mégachile</em>
Abeille Mégachile sur fleur de sainfoin © Johanna Villenave-Chasset

Les fabacées et les autres plantes aux fleurs profondes riches en nectar sont le plus souvent de couleur bleue, pourpre ou violette. Les pollinisateurs les reconnaissent ainsi plus facilement en plus de la douce odeur parfumée du nectar émis lors des heures les plus chaudes de la journée. Tout est normalement fait pour que les pollinisateurs arrivent jusque vers les fleurs.

Langue longue et petite taille

Les abeilles à langues longues sont les Megachilidae, Anthophoridae et les Apidae. Les Melittidae ont une langue intermédiaire. Par contre, les Andrenidae, les Colletidae et Halictidae ont la langue courte. Les Andrena spp. font partie des meilleurs agents de reproduction de la luzerne. De même des halictus (Halictidae) ont été souvent collectés dans la luzerne en France.

Les diptères tels que les syrphes mais aussi les chrysopes ont un appareil buccal court mais grâce à leur petite taille, ils peuvent butiner les fleurs de luzerne (Résultats des pollens consommés in Villenave-Chasset & Denis, 2013). Les syrphes aphidiphages au stade larvaire (prédateurs de pucerons) tels que le syrphe ceinturé (Episyrphus balteatus) ou le syrphe porte-plume (Sphaerophoria scripta) sont floricoles au stade adulte. Ils sont très présents en luzerne car c’est une culture riche en pucerons.

Plus la diversité des abeilles et des autres pollinisateurs sera élevée, plus la pollinisation de la culture sera efficace et plus le rendement sera important. Chaque espèce travaillant selon ses facultés, certaines étant spécialisées, d’autres polyphages avec des exigences différentes : de température (faible ou élevée), de conditions météorologiques (soleil, pluie) ou d’heure de butinage (aube, crépuscule, nuit pour les papillons nocturnes).

Des plantes à fleurs autour des cultures

La principale cause de diminution de la biodiversité et notamment des abeilles, est la dégradation des habitats. Les pollinisateurs ont de moins en moins de gîte et de nourriture. Près de 3 millions de kilomètres de haies ont disparu depuis les années 1960. Quand elles sont restées, elles sont souvent dégradées, n’offrant plus de fleurs au printemps ni de gîte pour les abeilles Mégachiles.

70 % des abeilles font leurs nids dans le sol. Le cycle de vie dure environ un an entre la reproduction des adultes qui se produit lors de la floraison de leurs plantes et l’émergence de nouveaux adultes. Si on veut une belle population d’abeilles, il vaut mieux ne pas toucher au sol comme le long des haies, mais les bandes enherbées peuvent également faire l’affaire, à condition qu’elles aient suffisamment de fleurs.

 

 
<em class="placeholder">liste des espèces pollinisatrices de luzerne</em>
Il existe une grande diversité de pollinisateurs, qui se reflètent dans leurs activités et leurs habitats. © Réussir

Les abeilles sauvages solitaires ont une distance de vol beaucoup plus courte que les abeilles domestiques, 150 m maximum contre 3 km pour Apis mellifera. En effet, ce ne sont pas des ouvrières qui volent mais des femelles solitaires qui ont leur propre nid, qu’elles doivent alimenter en pollen pour leurs larves. Plus elles voleront loin pour trouver de la nourriture, plus elles prendront des risques. Leur mortalité stoppera toute descendance.

Que ce soit pour la pollinisation de la luzerne ou du trèfle violet mais également pour tous types de cultures, il est primordial d’avoir d’autres plantes en fleurs autour des cultures. Plus il y a des fleurs, plus il y aura d’abeilles. Il n’y a pas de concurrence dans les écosystèmes, mais de la synergie. Les autres plantes vont fleurir avant et après la floraison de la culture, ce qui permet de leur apporter à manger tout au long de leur cycle de vie. Pour beaucoup d’espèces d’abeilles, il est important d’avoir une diversité de pollens, pour apporter une diversité de protéines aux larves.

La suite dans un prochain numéro avec la deuxième partie consacrée à la protection des cultures de luzerne et de trèfle violet porte-graine contre les tychius et les apions dont les larves consomment les graines.

Quand le domestique a besoin du sauvage !

 

 
<em class="placeholder">Gite à insectes, ici abeilles mégachiles</em>
Gîte à abeilles Mégachiles. Chaque nid est constitué d'une série de cellules individuelles, autant que l'espace le permet. Chaque cellule est fabriquée à partir de morceaux de feuilles, ou de fleurs plus ou moins découpées en forme de disque. © Johanna Villenave-Chasset

L’abeille domestique (Apis mellifera) est une mauvaise pollinisatrice car elle ne récolte que le nectar, pas le pollen. Cependant, elle a besoin des abeilles sauvages qui ouvriront les fleurs pour aller récupérer le nectar et donc fabriquer son miel. Ainsi, là où la production de miel est importante, la population d’abeilles sauvages est en bonne santé. Aux États-Unis, les producteurs de luzerne porte-graines achètent des hôtels de Megachile rotundata (hôtels à insectes), élevées au Canada, pour la pollinisation.

Les plus lus

<em class="placeholder">Fabrice Guillet, l&#039;un des quatre associés du Gaec Monchemin : « En cumulant l’arrivée du méthaniseur dans notre système et l’introduction de légumineuses dans les ...</em>
Gaec Monchemin en Vendée : des couverts d’interculture pour les sols, les vaches et le méthaniseur
Alimenter 400 bovins, produire du biogaz et nourrir la vie du sol ne sont pas forcément incompatibles. C’est ce que s’efforce de…
<em class="placeholder">Christophe Barois s’est lancé dans l’autoconstruction avec l’aide de ses deux voisins. Leur choix s’est porté sur le modèle à dents JPC Drill.</em>
Agriculture de conservation : des exemples fructueux en bio présentés lors des Rencontres nationales de l’ABC en 2025 dans le Nord
L’édition 2025 des Rencontres nationales de l’ABC, qui se sont tenues dans le Nord, a permis de partager des expériences d’…
<em class="placeholder">Depuis une dizaine d’années, des ACSistes pionniers expérimentent 
et développent le relay cropping aux États-Unis avec principalement un enchaînement blé/soja. Même ...</em>
Relay cropping : comment se lancer dans cette technique ?
Si maximiser la photosynthèse toute l’année grâce aux couverts végétaux est un objectif déjà atteint par de nombreux ACSistes,…
<em class="placeholder">Francis et Isabelle Pestre, en mars 2025. À l’image, les sols de craie typiques, de jeunes linéaires d’arbres plantés par le couple et des champs d’éoliennes chez ...</em>
EARL Pestre-Giraux dans la Marne : des arbres, des truffes et du semis direct en pleine Champagne crayeuse
Les parcelles de l’EARL Pestre-Giraux dénotent dans la plaine de Champagne crayeuse entre Vitry-le-François et Châlons-en-…
<em class="placeholder">Colza associé</em>
Yvan Chollet, en Suisse : « Je suis payé à la biomasse produite par mes couverts »

Quand on pratique le SDSC depuis dix-sept ans et que l’on rêve de biomax, qu’y a-t-il de mieux que d’être…

<em class="placeholder">Semis de couvert végétal en décalé au Minnesota aux États-Unis dans un maïs implanté avec des écartements entre rangs de 1,50 mètre.</em>
Corridor solaire : les avantages d’interrangs larges en maïs

Implanter un couvert, mieux gérer la lumière, introduire et recycler de l’azote sont les objectifs d’un interrang plus grand…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 72€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière