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[VIDEO] - « Une ration mélangée sans faire démarrer un tracteur »

Éleveurs en Gaec dans le Doubs, Denis Pilloud et Thierry Barbier se sont équipés d’un original bol mélangeur à entraînement électrique filaire pour mieux valoriser leur ration à base de foin et regain, sans utiliser d’engin thermique.

« Étant producteurs en zone à Comté et Mont d’Or, la ration de nos 40 montbéliardes est un savant mélange de foin et regain de différentes qualités, expliquent Denis Pilloud et Thierry Barbier, associés en Gaec à Saint-Gorgon-Main dans le Doubs. Avant l’arrivée de la mélangeuse, nous déposions avec la griffe les différentes balles rondes dans le couloir d’alimentation et la distribution se faisait à la fourche. C’était devenu usant physiquement, les vaches avaient tendance à trier les fourrages et les quantités distribuées n’étaient pas précises. » Une fois l’intérêt du bol mélangeur validé, les éleveurs se sont mis en quête d’une solution sans tracteur, le chargement étant assuré par une griffe sur pont roulant. « Nous avons aussi une contrainte d’espace, notre couloir de 2,90 mètres de large étant bordé d’un mur d’un côté et d’une profonde auge de l’autre. » Cette configuration aurait pu justifier l’utilisation d’un bol à poste fixe avec un wagon de distribution, « une option rapidement écartée, du fait de son coût impossible à rentabiliser au regard de la taille de l’exploitation », assure Denis Pilloud.

Un bol transformé en automotrice électrique

Les deux éleveurs se sont rapprochés fin 2019 du constructeur suisse Kurmann, qui conçoit des mélangeuses à vis verticale à entraînement électrique, sur la base d’une machine traînée fournie par l’Allemand BVL. La transformation en automoteur consiste à implanter, à la place du timon, un module composé d’une plateforme de commande reposant sur une roue motrice et directrice. Un moteur électrique de 30 kW entraîne les deux vis du bol de 20 m3. Un second moteur électrique anime la centrale hydraulique alimentant le vérin de la trappe de distribution et ceux du couvercle fermant la cuve de mélange. Pour faire face aux surcharges lors des démarrages avec le bol plein, un moteur hydraulique autorise la mise en rotation des vis à très faible régime, l’entraînement électrique principal prenant le relais dès que l’effort sur les vis diminue. « Un bouton permet de sélectionner trois vitesses de vis : lente pendant le chargement, moyenne pour le mélange et rapide en fin de distribution », apprécient les éleveurs. Utilisée environ sept mois par an, d’octobre à avril, quand les vaches ne pâturent pas, la mélangeuse ne sort pas du bâtiment.

Le poste de conduite est très simple avec un tableau pour la partie électrique, un volant et une manette pour l'avancement et un petit boîtier pour les fonctions hydrauliques (trappe et couvercle). Une pédale de sécurité au sol permet également de débloquer le frein.
Le poste de conduite est très simple avec un tableau pour la partie électrique, un volant et une manette pour l'avancement et un petit boîtier pour les fonctions hydrauliques (trappe et couvercle). Une pédale de sécurité au sol permet également de débloquer le frein.
© M. Portier

Pas de batterie, mais un câble sur enrouleur

L’alimentation électrique est fournie par un câble monté sur enrouleur, directement branché sur le réseau. Une solution qui permet de se passer d’encombrantes et coûteuses batteries. La machine se déplace le long du couloir d’alimentation des laitières, sur environ 35 mètres, mais le câble est prévu pour aller jusqu’au bout du bâtiment de 53 mètres. « L’été, nous faisons de l’affouragement en vert. La mélangeuse est sortie du bâtiment en fixant simplement un timon pour l’atteler à un tracteur. »

Les deux associés apprécient le confort de travail remarquable de cet automoteur électrique. « L’accès à la plateforme de conduite est à ras du sol, on a une vue directe sur les côtés de la machine, grâce un poste de pilotage coulissant à droite ou à gauche. Il pourrait même encore être plus déporté pour moins se pencher, détaille Denis Pilloud. Mais le plus marquant, c’est l’entraînement électrique qui est beaucoup moins bruyant que le moteur d’un tracteur et qui n’émet aucun polluant dans le bâtiment. »

800 kg de foin mélangés sous un couvercle

Détail voulu par les deux associés, le couvercle refermant le bol pendant le mélange et la distribution évite le dégagement de poussière, habituellement très marqué avec une ration sèche. La machine dispose aussi d’un système de pesée qui indique aux éleveurs la quantité exacte de chaque fourrage incorporé avec la griffe. « Le bol est rempli avec 800 kg pour les deux distributions réalisées matin et soir, avant et après la traite. Les balles de foin pressées avec une machine à chambre fixe sont peu serrées et se défont assez rapidement. On compte environ une demi-heure pour le chargement et le mélange, puis un quart d’heure pour la distribution sur la journée. »

Le temps accordé à l’entretien est relativement réduit. « Il y a deux graisseurs sur les vis à faire deux à trois fois par an. Le constructeur préconise aussi d’affûter les couteaux toutes les six semaines. Et à 250 heures, il y aura une vidange des boîtiers, ainsi qu’un contrôle du variateur de fréquence et du système de freinage », liste Denis Pilloud.

En chiffres

40 VL

306 000 l de lait

82 ha de SAU

72 000 euros HT pour l’achat de la mélangeuse électrique de 20 m3 (début 2020)

12 ans d’amortissement

8 000 euros HT pour le raccordement électrique

7 euros d’électricité par jour

La mélangeuse a impliqué un renforcement de la ligne électrique avec une prise de 80 A et un compteur de 53 kVA.
La mélangeuse a impliqué un renforcement de la ligne électrique avec une prise de 80 A et un compteur de 53 kVA.
© M. Portier

La mélangeuse affiche 220 heures de fonctionnement en deux ans. En comparant leurs factures d’électricité et en intégrant notamment la très nette hausse du prix de l’abonnement en passant de l’ancien EJP à un tarif industriel, les éleveurs estiment à environ 7 euros par jour (sur 7 mois par an) la consommation électrique liée à la mélangeuse et à la griffe. « On considère que le surcoût de 33 000 euros par rapport au prix de la mélangeuse traînée seule, auquel s’ajoutent 8 000 euros pour le raccordement électrique et le renforcement de la ligne (prise de 80 A et compteur de 53 kVA), peut se rentabiliser en faisant l’économie d’un tracteur », argumentent-ils.

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