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« Nous avons investi dans un tracteur fonctionnant au biogaz de la ferme »

Les frères Peterschmitt, éleveurs dans le Territoire de Belfort, utilisent un tracteur New Holland T6 Methane Power, fonctionnant au biogaz produit par leur unité de méthanisation. Après le test d’un prototype, ils ont fait le pari d’investir.

« Dès le début de notre projet de méthanisation, qui a vu le jour en 2016, nous avons cherché à valoriser une partie du gaz produit sur la ferme, pour des raisons économiques et écologiques », retrace Christian Peterschmitt, éleveur en Gaec avec son frère David et un troisième associé, à Andelnans dans le Territoire de Belfort. L’autoconsommation ne représente pour l’instant qu’environ 1 % des 170 normo mètres cubes (Nm3) de biogaz épuré que produit par heure le méthaniseur, le reste étant injecté dans le réseau. « Nous utilisons le gaz pour chauffer la porcherie et les fermenteurs, mais aussi pour faire le plein d’une voiture de l’exploitation compatible GNV et du tracteur New Holland T6.180 Methane Power. Avec l’augmentation du prix des énergies, l’économie est devenue substantielle. Nous avons calculé que le coût du gaz correspondait à un prix de GNR de 0,680 euro par litre. »

Des réservoirs mieux intégrés

 

 
Le tracteur New Holland T6.180 Methane Power intègre dix réservoirs de gaz, dont trois sont implantés dans un coffre à l’avant du moteur. © M. Portier
Ayant profité d’aides pour installer leur propre station GNV à moindre coût, le Gaec a pu accueillir en test dès 2017 le premier prototype de tracteur de la marque italienne fonctionnant au méthane. « On a été rapidement rassurés par les performances et la conception très proche d’un tracteur de série fonctionnant au GNR. Les deux gros points d’amélioration concernaient l’autonomie en gaz et la visibilité. » Depuis quatre mois, les éleveurs profitent de la nouvelle version désormais commercialisée du T6.180 Methane Power, avant de recevoir prochainement le tracteur qu’ils ont commandé. « Après une centaine d’heures d’utilisation, j’apprécie les progrès réalisés en termes d’intégration des réservoirs de gaz, dont certains ont migré de l’arrière de la cabine vers l’avant du tracteur. Le coffre les renfermant a une forme plongeante en alignement avec le capot. Il n’y a guère qu’en largeur qu’il impacte un peu la visibilité », analyse Christian Peterschmitt. Revers de la médaille, ce positionnement de trois des dix réservoirs de gaz que compte le tracteur, impacte le porte-à-faux et donc la maniabilité. « La contrainte d’espace dans les couloirs d’alimentation ne permet pas de l’utiliser avec la mélangeuse. L’idéal serait d’avoir un module amovible fixé sur le relevage avant, un montage actuellement impossible pour des questions de normalisation », regrette l’agriculteur.

 

Une autonomie améliorée mais encore limitante

Cette solution aurait aussi un second intérêt, celui de prolonger l’autonomie du tracteur en disposant d’un second jeu de réservoir pour les travaux au champ les plus gourmands en puissance. « L’autonomie a été améliorée par rapport au prototype. Elle atteint désormais cinq heures en moyenne, avec des écarts importants selon les travaux. Notre parcellaire étant assez éloigné de l’exploitation, un plein ne nous permet pas de valoriser le tracteur au travail du sol ou au semis. Mais ce serait différent pour une ferme aux parcelles bien regroupées, donnant la possibilité de refaire le plein à la mi-journée. Le remplissage des réservoirs ne prend que dix minutes. »

Un objectif de 400 à 500 heures par an

Le T6 Methane Power a pour l’instant été principalement utilisé au transport, avec une benne chargée de 15 à 16 tonnes de fumier alimentant le méthaniseur et une remorque surélévatrice remplie de 20 tonnes d’engrais pour ravitailler les chantiers d’épandage. Il assure aussi le déplacement de bovins avec une bétaillère et il a passé la herse de prairie. « Le modèle que l’on a commandé sera équipé d’une transmission à double embrayage Dynamic Command, beaucoup plus précise que la vieillissante semi-powershift utilisée actuellement. Elle devrait permettre de mieux valoriser la puissance du New Holland annoncée à 180 chevaux avec le boost. Dans les faits, il a plutôt un comportement de tracteur de 150 chevaux, sa puissance sans boost. En l’équipant d’un GPS, nous prévoyons de faire les traitements avec un pulvérisateur traîné et l’épandage d’engrais. Dans tous les cas, compte tenu de son autonomie, ce tracteur restera en appoint. Il ne fera pas plus de 400 à 500 heures par an », estime Christian Peterschmitt.

Un investissement en leasing

Les associés ont sécurisé leur investissement en faisant appel au leasing, le prix du tracteur, 20 % plus élevé que l’équivalent en diesel, étant difficilement amortissable, selon lui. « Il y a encore pas mal d’inconnues sur le potentiel d’évolution de la technologie, sur l’extension à des modèles plus puissants et sur une commercialisation à grande échelle chez les concessionnaires, mais nous souhaitons soutenir le développement de cette initiative. À terme, notre idéal serait de changer tout le parc de tracteurs de l’exploitation. »

Chiffres clés

Gaec Bellerive

•3 associés

•450 ha (maïs, orge, soja, blé, prairie, seigle en interculture)

•100 mères limousines

SCEA des Longchamps

•2 associés issus du Gaec

•1,5 salarié

•3 000 porcs à l’engraissement (IGP « Porcs comtois de petit lait »)

•170 Nm3/h de biogaz produit par le méthaniseur

Dix réservoirs de gaz sur le tracteur

 

 
Le coffre avant renfermant trois réservoirs de gaz est fixe. Mais il est possible de commander le tracteur sans cette réserve additionnelle au détriment de l'autonomie. © M. Portier
Le New Holland T6 Methane Power est équipé d’un moteur FPT 6 cylindres 6,7 l reprenant la même base que celui des tracteurs fonctionnant au GNR. Il est spécialement adapté pour fonctionner au GNV (gaz naturel pour véhicule), le motoriste Fiat Power Train ayant déjà un savoir-faire significatif dans la conversion de moteurs destinés aux poids lourds de la marque Iveco. Ce bloc répond à la norme antipollution Stage V à l’aide d’un simple catalyseur trois voies, permettant de faire l’impasse sur le FAP et le SCR. La combustion du gaz a en effet l’avantage de produire très peu de particules, et en utilisant du biogaz, le bilan des émissions de CO2 est quasiment nul. Le moteur est alimenté par dix réservoirs de gaz, dont sept sont implantés à l’emplacement habituel du réservoir de GNR et des éléments de dépollution, sous et devant la cabine. Les trois autres sont intégrés dans un coffre à l’avant du moteur. La station BioGNV de la ferme, reliée à un stockage tampon constitué de dix réservoirs de gaz (remplis en une heure par le biogaz issu de l’épurateur), permet de faire le plein du tracteur en dix minutes. « La pression dans les réservoirs du tracteur monte à 200 bars quand le plein est fait. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons déclaré le tracteur au SDIS, afin que les pompiers puissent intervenir en sécurité en cas d’incendie », souligne Christian Peterschmitt. Pour le reste, le tracteur est identique à un T6 standard fonctionnant au GNR. « En cabine, rien ne change, hormis la jauge à carburant qui manque sérieusement de précision. Elle baisse très rapidement et peut rester longtemps sur la réserve. On s’y est habitués. »

 

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