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« Le digestat stocké en fosse tampon évite d’utiliser une grosse tonne à lisier »

Le stockage du digestat dans des fosses tampons proches des lieux d’épandage permet à la Cuma de la Varenne d’obtenir de bons débits de chantier avec une tonne à lisier de taille limitée.

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© V.Garnier

La Cuma de la Varenne, située à Ambrières-les-Vallées (Mayenne), a renouvelé l’an dernier sa tonne à lisier de 20 500 litres, équipée d’une simple buse à palette, par un modèle de 18 000 litres pourvu d’une rampe à pendillards. Cet investissement a été porté par la volonté de mieux valoriser les unités fertilisantes des effluents et d’abaisser les nuisances olfactives, tout en respectant la réglementation routière en termes de charge à l’essieu. Il a aussi été motivé par la création de l’unité de méthanisation collective Agrimaine, située à Charchigné, dont quatre des 110 exploitations partenaires sont membres de la Cuma présidée par Jean-François Gahéry. Le digestat, riche en unités fertilisantes, mérite en effet d’être apporté avec précision. Comme ce produit est livré dans les fermes tout au long de l’année par des camions-citernes, de nombreux agriculteurs ont dû créer de nouvelles installations de stockage, qui ont parfois amélioré l’organisation des chantiers d’épandage. Certains ont construit des fosses en béton ou en géomembrane. D’autres, comme Jean-François Gahéry, ont retenu une citerne souple Diva en plastique. « Cette solution est assez économique : 25 euros du mètre cube pour une 800 mètres cubes. Ce prix est plutôt compétitif, car un appel d’offres a été réalisé par l’unité de méthanisation pour la réalisation de plus de 60 ouvrages », précise-t-il. Ce tarif ne comprend pas le terrassement, ni les aménagements pour sécuriser la poche.

Les chantiers plus rapides avec les pendillards

« Lors du projet d’achat de la nouvelle tonne à lisier, il a fallu combattre les préjugés, car contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, le débit de chantier avec notre rampe à pendillards de 12 mètres d’envergure est supérieur à celui d’une simple buse », souligne l’éleveur. Le choix d’une citerne de plus petite capacité s’inscrit dans la volonté de respecter le poids total roulant autorisé en charge (PTRA). « En tant que président de la Cuma, j’engage ma responsabilité et je ne peux donc pas cautionner de laisser circuler sur la route un convoi dont le poids total frôle, voire dépasse les 50 tonnes. » Dans les faits, l’acquisition d’une citerne plus petite que la précédente ne se ressent pas sur le débit de chantier. Jean-François Gahéry soulève également les problèmes de tassement des sols rencontrés avec les lourds ensembles agricoles. Il indique aussi que la Cuma souhaitait adapter l’investissement au volume d’activité et à ses capacités de financement. « Nous avons déboursé 110 000 euros pour la tonne avec pendillards et nous y attelons un tracteur de 200 chevaux d’une valeur de 140 000 euros. »

De 1,50 à 3,50 euros par mètre cube épandu

Avec sa citerne de 18 000 litres, la Cuma devrait épandre annuellement 15 000 mètres cubes de digestat et 20 000 mètres cubes de lisier. La conduite de l’ensemble est réalisée dans 90 % des cas par les deux salariés de la coopérative. Le reste du temps, elle est assurée par deux agriculteurs, dont Jean-François Gahéry. « Le coût de la prestation est très dépendant de la distance entre le stockage et le lieu d’épandage, constate le président. Le tarif débute à 1,50 euro par mètre cube pour les parcelles situées à proximité des fosses, et s’élève à 3,50 euros pour celles distantes de 8 à 10 kilomètres. » Pour gagner en performance et réduire leurs coûts, les agriculteurs ont placé les fosses ou les citernes souples au plus près des zones d’épandage. Certains vont même encore plus loin dans l’optimisation en mutualisant leurs stockages tampons et en les utilisant comme des banques. « Pour quelques parcelles, je prends du digestat dans la fosse d’un collègue qui se trouve à proximité et je réduis ainsi le temps perdu sur la route. En contrepartie, cet éleveur fertilise ses champs les plus proches de mon exploitation en se servant dans ma citerne souple », explique Jean-François Gahéry.

Le fond de citerne souple en pointe de diamant

L'installation d'une citerne souple demande au préalable des travaux de terrassement. © P. Forêt

La pose d’une citerne souple pour le stockage de lisier ou de digestat demande un terrassement en pointe de diamant. Pour gérer le phénomène de sédimentation, le remplissage et la vidange de la poche s’effectuent par la partie inférieure. Ce mode de transfert assure ainsi un brassage de l’effluent. La citerne est installée dans une rétention captant le digestat en cas de fuite. Il est conseillé de protéger le stockage des dégradations par les animaux sauvages et du vandalisme. Par ailleurs, l’encaissement autour du stockage tampon doit être correctement réalisé, afin de faciliter les livraisons par camion-citerne.

Avis d'expert : Hervé Masserot, animateur machinisme FDCuma 53

« Transposer l’organisation des chantiers de fumier à ceux de lisier »

Hervé Masserot, animateur machinisme FDCuma 53, indique que les chantiers décomposés pour le lisier présentent un certain intérêt au-delà d'une certaine distance entre la fosse et le lieu d'épandage. © H. Masserot

« Dissocier le transport de l’épandage est une technique courante avec le fumier. Cette pratique garantit de bons débits de chantier et une utilisation optimale des épandeurs. Avec le lisier, une telle organisation est possible, mais elle ne montre d’intérêt économique qu’au-delà de 10 à 15 km entre la fosse et la parcelle. Dans le cas des chantiers décomposés avec les effluents liquides, deux grands modes opératoires se rencontrent sur le terrain : soit le transport est antérieur à l’épandage, soit il est réalisé le jour J. Lorsque le transport est réalisé auparavant, il faut prévoir des stockages de taille conséquente à proximité des zones d’épandage, tels que des citernes souples, des fosses en béton ou en géomembrane. Le remplissage progressif de ces réserves tampons présente l’avantage de lisser les temps de travaux (main-d’œuvre et matériels), sans demander de gros moyens logistiques. À l’inverse, l’organisation d’un chantier alliant le même jour le transfert du lisier et l’épandage se révèle plus exigeante. Elle impose généralement de déplacer des conteneurs tampons ou des poches souples. Elle mobilise aussi plusieurs ensembles routiers (tracteurs et tonnes ou camions-citernes) pour assurer l’alimentation en quasi-flux tendu de l’équipement d’épandage – tonne à lisier ou système sans tonne – capable d’appliquer jusqu’à 100 m3/h, voire plus. »

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