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La télématique envahit les tracteurs

La télématique équipe de plus en plus de tracteurs sous l’impulsion des constructeurs, qui étoffent ses fonctionnalités, en misant notamment sur l’amélioration du service des concessionnaires.

Appelée aussi télémétrie, la télématique a longtemps été associée à la gestion de flottes de tracteurs et de machines de récolte pour les ETA et les très grandes exploitations employant beaucoup de main-d’œuvre. Mais le développement d’interfaces plus ergonomiques et l’arrivée de nouvelles fonctionnalités, comme le transfert de données ou encore le partage d’écran du terminal du tracteur, rendent cette solution plus facilement valorisable pour les fermes de l’Hexagone. Les tractoristes investissent également dans cette technologie pour améliorer le service des concessionnaires, qui sont désormais capables de diagnostiquer des pannes à distance, voire de les anticiper. Les constructeurs y voient aussi un moyen pour accumuler les données sur leurs matériels, afin d’optimiser leurs performances et leur fiabilité. La crise du Covid-19 a d’ailleurs mis en évidence les avantages de la télématique en période de confinement, en offrant la possibilité d’effectuer des mises en route de nouvelles machines ou des dépannages à distance.

Le tracteur suivi depuis le smartphone

La plupart des tractoristes proposent un équipement de télématique sur leur gamme de tracteurs. Le déploiement est variable selon les marques. Si certains le conservent comme équipement optionnel, d’autres ont décidé de le démocratiser en l’incluant dans la dotation de base du tracteur.

La consultation des systèmes de télémétrie s’effectue généralement de deux manières, soit depuis un portail web avec le PC, soit depuis une application avec le smartphone ou la tablette. Cette seconde solution offre davantage de simplicité pour accéder aux informations de base du tracteur : localisation, niveau de carburant, heures travaillées, codes pannes, indications de maintenance… Le travail depuis le PC permet de valoriser l’historique des données, en analysant et comparant différents chantiers. Les utilisateurs plébiscitent également le transfert de données, qui permet à la fois d’envoyer des réglages, des lignes de guidage ou encore des cartes de préconisations au tracteur, et de récupérer en retour l’ensemble des tâches réellement effectuées. La télématique devient ainsi le meilleur allié de la traçabilité et de l’agriculteur de précision.

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Une assistance pour les réglages

Autre progrès lié à la télématique, la visualisation à distance du terminal du tracteur, sorte de partage d’écran, offre davantage de souplesse lors des mises en route de nouvelles machines ou pour prodiguer des conseils sans se déplacer sur le chantier. Précurseur en la matière avec son dispositif Remote Display Access lancé en 2013, John Deere a été rejoint depuis par Case IH et New Holland, ainsi que par Deutz-Fahr. À noter que ce dernier est le seul à proposer une prise de contrôle du terminal à distance. Les autres constructeurs se contentent d’une visualisation, le chauffeur restant maître des réglages, pour des raisons de sécurité. Cette fonction est très utile pour des exploitations à plusieurs associés ou disposant de salariés. Pour le concessionnaire, c’est aussi un outil d’assistance très efficace pour conseiller rapidement les clients, tout en économisant des déplacements.

Le diagnostic à distance réduit le temps d’intervention

L’accélération du déploiement de la télématique par les constructeurs vise désormais à optimiser les services offerts par les concessionnaires. À partir du moment où l’utilisateur lui donne l’accès au tracteur via le portail web, chose que ce dernier peut toujours refuser par soucis de confidentialité, le concessionnaire peut établir un diagnostic à distance, faire des mises à jour électroniques et assurer le suivi de l’entretien du tracteur. « En cas de panne intermittente très difficile à déceler sur le terrain, le technicien de la concession peut enregistrer toutes les infos du Bus Can pendant 3-4 heures, période pendant laquelle il détectera facilement le code panne incriminé », illustre Julien Saint Laurent, responsable marketing chez John Deere France. Plus le constructeur dispose d’engins connectés, plus il enrichit sa base de données pour optimiser le matériel. Cela peut se traduire chez le concessionnaire par des conseils de réglage plus adaptés aux conditions locales, mais surtout par la mise en place de la maintenance prédictive.

Des concessionnaires mieux organisés

« Avec le dispositif Expert Alert, nous sommes en mesure de détecter les prémices d’une panne et ainsi d’agir de manière très précoce, afin d’éviter une immobilisation du tracteur. Les concessionnaires déjà largement engagés dans cette démarche, disposant de 200 à 300 machines connectées, profitent d’un tableau de contrôle affichant un score de santé pour chacun des matériels et un classement par ordre de priorité dans les interventions », détaille Julien Saint Laurent. La télématique devient ainsi un moyen d’optimiser l’activité des ateliers, en limitant les urgences durant les périodes de pointe et en mettant à profit les périodes habituellement plus calmes. Cette meilleure maîtrise des risques s’accompagne de nouvelles offres en cas de panne, comme la réparation garantie sous 24 ou 48 heures chez New Holland, ou encore l’assurance de disposer d’une machine de remplacement en cas d’immobilisation longue. Mais attention, ce suivi continu ne laisse plus de place aux approximations : impossible de déroger aux préconisations de maintenance durant la période de garantie du tracteur !

 

Un modem intégré au tracteur

Le principe de fonctionnement des dispositifs de télématique repose sur la transmission des données entre le tracteur et une plateforme numérique par l’intermédiaire d’un modem intégré au tracteur, utilisant le réseau de téléphonie mobile. Outre les informations issues du Bus Can du tracteur, cette liaison sans fil sert également chez certains tractoristes au transfert de données en remplacement de la clef USB du terminal. Ils l’utilisent par ailleurs pour recevoir le signal de correction RTK diffusé via le réseau mobile. D’autres marques font le choix d’un second modem pour la partie documentation et GPS, de manière à avoir un ensemble télématique plus abordable.

 

Un à trois ans d’abonnement gratuit

Afin de fidéliser l’utilisateur, les marques proposent un abonnement gratuit, au minimum d’un an et qui va jusqu’à trois ans chez John Deere, Fendt, Massey Ferguson, New Holland (pour les T8), Valtra… Au-delà, le service de télématique est facturé entre 150 et 250 euros/an, selon les marques et le nombre d’années souscrites. Lorsque l’équipement est optionnel, il s’affiche aux alentours de 1 000 euros au prix tarif. Selon les modèles, les tracteurs récents peuvent être équipés a posteriori. Par exemple, Fendt peut installer la télématique sur des tracteurs de la génération S4 postérieurs à 2014, pour un coût de 1 975 euros (hors main-d’œuvre). Valtra peut aussi équiper ses modèles N et T depuis 2012, à un tarif de 700 euros.

 

Jean-Michel Duthou : « J'aurais du mal à me passer de la télématique pour la gestion des chantiers. » © M. Portier

« Un suivi précis du matériel et des chantiers »

« Quand j’ai découvert la télémétrie sur ma nouvelle moissonneuse-batteuse il y a trois ans, je ne m’attendais pas à autant l’utiliser », s’étonne Jean-Michel Duthou, agriculteur à Crézancy-en-Sancerre (Cher) sur 270 hectares avec un associé. Employant deux salariés, il valorise également son matériel au travers d’une SARL qui assure des prestations – de la moisson à la gestion complète – pour une quinzaine d’exploitations dans un rayon de 40 km. Le dispositif de télémétrie JDLink de John Deere équipe deux tracteurs (7230R et 6175R), en plus de la moissonneuse-batteuse (S770) qui a été renouvelée cette année. « Désormais, j’aurais du mal à m’en passer pour le suivi des chantiers. C’est très pratique pour voir en temps réel où en est l’avancement des travaux. C’est par exemple appréciable pour optimiser le ravitaillement en GNR. » En utilisant l’application MyOperations sur son smartphone, Jean-Michel Duthou accède directement au statut des matériels et à leur positionnement GPS. « La vue Google Maps permet de situer facilement les parcelles et de guider les salariés sur les chantiers. »

Assistance et traçabilité

Autre avantage mis en avant par l’agriculteur, la visualisation du terminal à distance lui a facilité la tâche lors de la mise en route de la moissonneuse-batteuse. « J’ai utilisé à plusieurs reprises l’assistance de mon concessionnaire, sans qu’il ait à se déplacer. De la même manière, cette fonction me sera très utile pour guider mon associé et un salarié, qui me relayeront à partir de cette année à la moisson. »

De retour au bureau, le chef d’entreprise apprécie de récupérer l’ensemble des données qui sont automatiquement enregistrées sur le portail MyJohndeere. « La transmission des données à distance est beaucoup plus simple que la clef USB. La traçabilité des chantiers me facilite la facturation. C’est aussi appréciable pour les travaux de pulvérisation, qui peuvent être décrits avec une grande précision. » Lorsqu’il aura suffisamment d’historique, Jean-Michel Duthou compte valoriser les cartes de rendement pour se lancer dans la modulation au semis et à l’épandage d’engrais. « Il ne manque plus qu’une connexion entre le portail John Deere et mon logiciel de gestion MesParcelles pour me simplifier encore la saisie. »

Un concessionnaire plus réactif

L’agriculteur n’a pas hésité à autoriser à son concessionnaire l’accès aux données de ses machines. « J’ai déjà pu en mesurer les bénéfices. Une panne sur la première moissonneuse-batteuse équipée du JDLink a pu être diagnostiquée à distance. Le technicien a été en mesure de commander immédiatement la bonne pièce et d’intervenir rapidement, en une seule fois. Le partage des réglages et des performances de la moiss’batt’permet aussi au concessionnaire de comparer plusieurs machines de la région en début de campagne, pour ensuite nous communiquer des préconisations. »

Jean-Michel Duthou exploite le portail MyJohndeere pour deux autres tracteurs Deutz-Fahr équipés d’un terminal John Deere utilisé à l’autoguidage et au pilotage des outils. « Ils ne disposent pas du JDLink, mais leur console se connecte en wifi dès que le tracteur est à proximité de la ferme. J’ai même pu réaliser au champ une mise à jour de la console pour la rendre compatible avec le pilotage Isobus d’un nouveau semoir, simplement en partageant la connexion de mon smartphone. »

 

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