« J’ai fabriqué mon propre système d’autoguidage pour 1 500 € »
Romain Lebas, installé en polyculture-élevage en Seine-Maritime, a fabriqué son propre dispositif d’autoguidage.
Romain Lebas, installé en polyculture-élevage en Seine-Maritime, a fabriqué son propre dispositif d’autoguidage.
« Lorsque j’ai réfléchi, il y a trois ans, à m’équiper d’un système d’autoguidage agricole, j’ai trouvé que le prix des systèmes de seconde monte était encore trop élevé. Un ami agriculteur m’a alors proposé de fabriquer mon propre dispositif, étant lui-même sur ce projet », annonce Romain Lebas, installé en polyculture-élevage en Seine-Maritime. Cette solution artisanale, basée sur des logiciels d’autoguidage libre d’accès d’AgOpenGPS (AOG), lui a permis de réaliser le montage pour un coût total d’environ 1 500 euros. AgOpenGPS est aussi une communauté internationale d’agriculteurs, de bricoleurs et de développeurs informatiques, qui font évoluer ensemble cette solution d’autoguidage, initiée par Brian Tischler, un agriculteur de l’Ouest canadien. « Se lancer dans un tel projet requiert tout de même une grande motivation et un accompagnement par une personne compétente dans le domaine ou de solliciter la messagerie instantanée Telegram d’AgOpenGPS. Il faut aussi disposer de connaissances en électronique et en informatique. »
Un montage artisanal
Le collègue de Romain Lebas a fourni certaines pièces imprimées en 3D, comme la couronne du volant et le moteur électrique. L’agriculteur Seinomarin a, quant à lui, acheté un capteur d’angle de braquage de roues, qu’il a fixé sur le boulon de butée de direction de son tracteur. Du côté informatique, il s’est fait aider par des amis pour construire la carte mère à partir d’un PCB (Printed Circuit Board), c’est-à-dire une carte électronique dotée d’un circuit imprimé nu. Il a ainsi réalisé des soudures de divers composants électroniques selon les indications du site internet Aogwiki, détaillant les processus de configuration pour l’autoguidage artisanal. Il a aussi acheté une carte F9P pour la traduction des informations entre l’antenne GPS et la tablette tactile, une carte inclinomètre pour le correcteur de dévers, ainsi qu’une carte Arduino qui est un microcontrôleur capable de lire les capteurs et de commander les fonctions de l’autoguidage. Romain Lebas utilise par ailleurs une tablette tactile fonctionnant sous le système d’exploitation Windows, nécessaire pour profiter de l’application d’autoguidage AgOpenGPS. « J’ai ensuite assemblé tous les composants comme des Lego. Cela a pris une semaine de mon temps libre, puis une seconde pour affiner les réglages et réaliser des ajustements sur mon système d’autoguidage. »
Un autoguidage compatible RTK
« Pour les chantiers demandant une grande précision de guidage, comme le semis, j’utilise la correction RTK cellulaire allant jusqu’à plus ou moins 2 cm. Pour cela, je me connecte à la balise RTK la plus proche appartenant au réseau gratuit Centipède. La connexion s’effectue par Internet à l’aide du partage de connexion de mon téléphone portable. La consommation des données cellulaires reste très faible : moins de 1 Go pour une journée de 10 heures avec l’autoguidage. »
Romain Lebas bénéficie d’une large gamme de modes de guidage, allant de la ligne droite A-B au demi-tour automatique, en passant par la fonction tour de champ (de l’intérieur vers l’extérieur ou inversement). Il reconnaît tout de même que la fonction demi-tour automatique est limitée dans son utilisation, car elle requiert des fourrières très larges. Le logiciel AgOpenGPS est également capable de gérer les différents types d’attelage, le décalage de l’outil ainsi que le chevauchement ou l’écart entre les passages. « L’autoguidage m’a changé la vie ! Je l’utilise presque pour tous les travaux comme au déchaumage, à l’épandage de fumier, au semis, à la pulvérisation, à la faucheuse… Il me permet de gagner en précision de travail et de surveiller mes outils arrière sans que j’aie à me préoccuper constamment de la direction du tracteur. » Depuis la conception de cet autoguidage artisanal, Romain Lebas a tout de même apporté quelques modifications, comme l’ajout d’un module pour mettre le moteur du volant en roue libre lorsque l’autoguidage est désactivé, ainsi que le remplacement de la tablette tactile par un modèle plus performant, l’ancienne provoquant des saccades dans le système d’autoguidage.