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Peut-on lutter contre l’obsolescence des robots de traite ?

La longévité des robots de traite repose sur la bonne réalisation des opérations de maintenance et le soin apporté au quotidien par l’éleveur. Elle dépend aussi de la politique du constructeur quant à l'évolution de ses produits.

Les robots sont aujourd’hui les équipements de traite les plus plébiscités, et représentent plus de 60 % des installations neuves. Ces automates fonctionnent jusqu’à 7 000 heures par an et sont particulièrement exigeants en termes de maintenance. Ils travaillent en effet dans des conditions les plus hostiles, loin des environnements à l’ambiance contrôlée de leurs cousins opérant dans les usines automobiles ou d’autres industries. Dans les bâtiments d’élevage, ils sont parfois exposés à tous vents, subissent d’importantes différences de température et sont soumis aux agressions de l’acide et de l’ammoniac. Leur longévité passe déjà par l’aménagement de locaux adaptés et bien isolés pour éviter les dommages liés au gel, par exemple. Les interventions quotidiennes de l’éleveur sont incontournables, afin de nettoyer la stalle et les caméras ou autres dispositifs de détection des trayons. Elle permet aussi de détecter des anomalies, comme le débranchement accidentel d’un tuyau. Les tâches à réaliser sont généralement précisées dans une check-list établie par le constructeur. Pour les produits de lavage, toutes les marques tiennent le même discours en préconisant d’utiliser les consommables qu’elles commercialisent. Elles argumentent notamment que les formulations d’autres distributeurs peuvent engendrer des soucis de qualité de nettoyage et d’usure prématurée des composants, comme les pièces en caoutchouc. « Nous recommandons pour désinfecter du péroxyde d’hydrogène à 15 %, mais si l’éleveur utilise un produit dosé à 5 %, dont l’efficacité est trois fois moindre, il s’expose à des risques de montées en cellules et de mammites », remarque Jonathan Plantive, responsable traite automatisée chez GEA.

Renouveler ou faire évoluer

Les robots de traite ont, ces vingt dernières années, connu de grandes avancées en termes de performances. « Au début des années 2000, une stalle avait la capacité de traire 60 à 65 vaches laitières par jour, alors que celles de dernière génération en acceptent 75 à 80 », remarque Édouard Alix, responsable traite robotisée (AMS) pour l’Europe chez DeLaval. En parallèle, ces automates ont vu leur tarif baisser en raison de la concurrence et du développement des volumes de vente. Leur coût d’utilisation a été réduit, en limitant leur consommation d’eau et d’électricité. Pour intégrer les évolutions, les constructeurs n’appliquent pas la même politique. Avec 25 ans d’expérience, Lely en est aujourd’hui, avec l’Astronaut A5, à sa cinquième génération. Chacun de ses nouveaux robots profite des dernières technologies et partage plus ou moins de composants avec ses prédécesseurs. Par exemple, lors du passage du A3 au A4, beaucoup d’éléments ont été revus, car la stalle a complètement été repensée avec l’adoption de l’entrée et de la sortie en ligne droite de la vache (I-Flow). Le récent A5 reprend la stalle du A4, mais bénéficie d’une version renforcée. Son bras est différent, car il combine des animations électriques et pneumatiques. En revanche, la partie au plus près de la mamelle et la plupart des éléments sont restés identiques entre un A4 et A5, à l’exception des composants électroniques, de la pompe à lait et de la pompe à vide. Le système de brossage, les gobelets, l’auge, les distributeurs d’aliments et toutes les options sont en effet les mêmes. Certaines technologies peuvent par ailleurs bénéficier aux robots plus anciens, comme le laser du A5 qui est aussi disponible sur les A4, A3 et A3 Next. « Nous prenons soin de toujours faire évoluer la partie software (logiciel), afin d’améliorer les performances et surtout la fiabilité des machines, même d’ancienne génération », indique Antoine Perrudin, responsable robots de traite chez Lely. Les Astronaut A2, dont les premiers ont plus de 20 ans, font face aujourd’hui à l’obsolescence de certains composants électroniques et Lely a déjà averti leurs utilisateurs que l’approvisionnement en pièces neuves ne serait pas garanti. « Les distributeurs continuent d’assurer le dépannage et l’entretien de ces robots et à fournir les consommables. Les modèles A2 que nous reprenons nous servent aujourd’hui à constituer un stock de composants de rechange, afin de servir nos clients le plus longtemps possible », précise Antoine Perrudin.

Les dernières générations plus économiques à l’usage

L’investissement dans un nouveau robot est conséquent, mais l’agriculteur pourra se rassurer en bénéficiant d’un équipement moins onéreux à l’usage. « Avec l’intégration du nouveau bras sur l’Astronaut A5, nous avons pu abaisser significativement la facture d’électricité. Ce nouvel automate s’avère également moins coûteux en termes de maintenance, grâce à sa conception donnant un accès direct aux composants, une meilleure fiabilité et à l’adoption d’un nouvel outil de diagnostic des pannes », souligne le responsable robots de traite Lely.

Autre acteur majeur de la traite robotisée, DeLaval est présent sur le marché depuis 1998 avec le VMS. La firme suédoise garantit la compatibilité entre ses anciennes et nouvelles générations de robots, avec l’accès pour toutes au logiciel de gestion du troupeau DelPro. Elle annonce aussi qu’il est possible pour les éleveurs d’améliorer leurs anciens équipements en intégrant certaines évolutions techniques, telles que des capteurs plus performants. Toutefois, les derniers robots VMS V300, commercialisés depuis 2018, adoptent des solutions non applicables aux modèles antérieurs, comme le nouveau bras. Ces automates de dernière génération sont moins coûteux en maintenance avec trois interventions annuelles, contre quatre pour les précédents VMS. DeLaval n’échappe pas à l’obsolescence de certaines technologies et ne remet pas sur le marché de l’occasion des robots antérieurs à 2005, dont le système d’exploitation Windows 98 est dépassé.

Limiter les temps d’arrêt

Chez GEA Farm Technologies, le robot MIone utilisant un seul bras pour gérer jusqu’à cinq box n’est désormais plus commercialisé depuis 2016, mais le constructeur annonce continuer de fabriquer des pièces détachées pour assurer le service après-vente. La firme allemande se concentre désormais sur le Dairyrobot R9500 sorti en 2015. « Cet automate, développé à 100 % par GEA, partage plusieurs composants avec les salles de traite, tels que le compteur à lait, la pulsation, la pompe à vide… Il reprend également la technologie des rotos robotisés DairyProQ », souligne Jonathan Plantive. Depuis son lancement, le Dairyrobot R9500 a bénéficié de mises à jour techniques souvent gratuites. Par exemple, pour simplifier la maintenance, le module Dip gérant le trempage a été upgradé et déplacé sur tous les robots en service. L’objectif de GEA, comme celui des autres firmes, est de limiter le temps d’arrêt lors des entretiens périodiques, afin de ne pas pénaliser la capacité de traite quotidienne. La marque dispose notamment d’un module de traite de substitution permettant au robot de continuer à fonctionner pendant que le technicien effectue la maintenance.

BouMatic en est à sa troisième génération de robots de traite. Après le monostalle MR-S1 et le double stalle MR-D1 à simple bras, commercialisés depuis le début des années 2010, puis leurs évolutions MR-S2 et MR-D2 sorties en 2018, la firme vient de dévoiler le Gemini, qui reprend de nombreux composants de ses prédécesseurs et notamment le bras à double prise. « Nos modèles de première génération peuvent bénéficier des dernières évolutions et présenter les mêmes niveaux de performance que les robots récents. Par exemple, il est possible d’adapter simultanément le bras à double branchement, la caméra 3D et le nouvel écran tactile sur les MR-S1 et MR-D1 », précise Arnaud Dubosc, responsable formation et ventes robots chez BouMatic. Cette marque est par ailleurs la seule à ne proposer qu’un seul niveau de contrat de maintenance, le plus complet. Elle cale les interventions périodiques en fonction du nombre de traites, afin que le coût de maintenance soit en adéquation avec le niveau d’activité.

 

Sur la même thématique : témoignage du Gaec MacMahon

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